CHAPITRE II
» — Erreur! Il est, dans Tordre social, des règles que , parmi les hommes , je regarde comme sacrées. Je plie devant certaines lois de la terre dont Tutilité n^est prouvée , je me redresse contre celles des cieux dont la vérité mVst douteuse. Si l'église, elle seule, m'eût imposé mon serment , et mWit contraint de le proférer devant un crucifix, à Tautel, sur un missel ou des reliques, je me rirais de ma promesse : mais j^ai fait mon vœu librement, j^ai juré sans livre et sans prêtre, sur ma conscience et Thonneur , Thonnem% mon seul dieu , mon seul culte : un pareil serment m'est sacré. Raymond !
quoique je doute ici-bas de la création tout entière , j\'ù une foi , je crois à moimême^ ou, pour nVexprimer mieux, à moi seul. )> L^orgueil dans toute sa pompe satanique
couronnait le front du châtelain d'une sorte de cercle funèbre. Roger, au printemps de la vie, avait du être un des plus beaux chevaliers du royaume, un des plus hardis chefs de Tépoque : ses traits le constataient encore; on retrouvait, par intervalles, dans le vieillard morose et glacé, le héros brillant et fougueux : hélas ! il n'offrait plus néanmoins, à Texemple du premier génie de la révolte, qu'une gloire à clartés éteintes, un reste de trône brisé.
Le comte , inquiet et pensif , contemplait son hôte en silence. Tombé dans de vagues rêveries, dans un état singulier entre le trouble et le repos, Pagitation et l'inertie, il restait debout sans parole et les pieds
cloués sur le sol. Tout-à-coup était-ce
une nouvelle illusion de ses sens?... La lyre de la ffalerie résonne encore à son oreille :