CHAPITRE I
A peu de dislance du formidable manoir de Coucy, une habitation isolée captivait Tattention publique : c'était une demeure de noble , une maison forte ' à vieux créneaux , avec fossés , donjon , girouettes et tourelles. Construit depuis nombre d'années, avec permission du suzerain de la contrée , ce diminutif de castel tombait à cette époque en ruines. Ses fossés étaient en partie comblés ; les créneaux mousseux qui couronnaient ses murs de clôture avaient presque tous disparu. Ses girouettes rouillées et penchées cessaient de marquer la direction des vents ; et , sur le plateau du donjon , Farcher ne faisait plus sa ronde.
Ce singulier séjour, appartenant au sire
' Voyez sur les maisons fortes, résidences nobles qui relevaient des castels suzerains , Monteil , Histoire des Français an XI\'^ siècle, t. 1 , p. 467 et t. 2. p. 402.
de Coucy, était resté long-temps vide et désert. Tout à coup un vieillard étranger, venu, dit-on, de rives lointaines, s^établit à la maison forte : Enguerrand lui a généreusement offert cet asile. Quel est ce nouvel hôte? on Fignore : le seul nom quMl porte est lloger. Parle-t-il de son rang? jamais. En tous cas , le protégé du sire de Coucy ne saurait être un aventurier : c'est quelque noble proscrit sans doute.
Le don momentané de la maison forte ^ fait à Roger par Enguerrand , avec ses droits et revenus , est loin d'être de peu d'importance. Le fief a terres et redevances. Les paysans des deux hameaux qui en dépendent peuvent être taillés haut et bas '. Le maître de la ferme voisine est tenu à la prestation d'une paire d'éperons d'un métal
' (ilossaire de Laurière, au mot taillables.