CHAPITRE I
stamment salué. L\imour de ses vassaux pour lui était en quelque sorte un culte. La confiance qu'il inspirait allait jusques au fanatisme. On lui attribuait tant de hauts faits qu'on eût pu les juger fabuleux. La Providence avait imprimé sur son front le sceau d'une mystérieuse grandeur. En lui resplendissait cette fleur de loyauté chevaleresque , cette vieille fidélité des temps antiques dont les âges modernes ont perdu jusqu'à la souvenance. C'était un cœur à grands sacrifices , une existence à hauts destins. Ses armes portaient pour devise :
fl Je ne suis roi , ni prince aussi; » Je suis le sire de Coucy '. »
' Les seigneurs de Coucy, au temps de Louis-le- Jeune et de Philippe-Auguste , avaient refusé les titres de comte et de duc, plaçant au-dessus de tout le nom de sires de Coucy ; de là leur fameuse devise. (Lallouette, lUstovc de Coucy, 1. 2 , p. 81 , ei 1. 3 , p. 158-139. )
Enguerrand III , guerrier sans rival , avait porté sa gloire si haut , qu^aux alentours de ses domaines, le peuple des champs et des villes , rien qu^à ouïr prononcer son nom , croyait devoir plier le genou. Le sire Enguerrand de Coiicy ! Oh ! que ces mots avaient de prestige ! nulle puissance, à celte époque , quelque royale qu^elle fût , nVût pu rivaliser d^éclat et de grandeur avec celui qui , sur son armure , offrait ces simples caractères : Je suis le sire de CoucY.
Et pourtant ceux qui portaient scepète et diadème étaient alors de véritables majestés sur la terre : les souverains n'avaient point encore imaginé de rabaisser eux- ï^.mêmes leurs droits et d'aplatir eux-mêmes leurs trônes, afin qu'un jour ou l'autre, sans doute , à la face du peuple maître , ils pussent tomber de moins haut.