CHAPITRE If
ses doux accords, bien que lointains, s^étendent, suaves et frais, comme les brises d'un beau soir ; ils se succèdent, par flots purs, comme de magiques nuées. Glissant leur invincible charme, à travers les murs et les voûtes, on les dirait portés par les sylphes. Léchant, demi éteint suf la route, n'est plus, il est vrai, qu'un soupir; mais, tout chargé de mélodies, il semble en parfumer les airs. 11 vibre à Pâme qui l'écoute, s'y repose... et s'évanouit.
Roger a trahi son dépit par un geste d'impatience. Il porte un œil furtif sur Raymond. Puis, saisissant un sifflet d'or posé sur un trépied près de lui, il en tire un son prolongé.
A cette aigre réponse à l'harmonie la plus touchante, Raymond sort de son engourdis-
sèment léthargique. Sa question va être indiscrète.
« — Est-ce ici la salle du roc} »
Le vieillard fronce le sourcil.
« — Que t"*importe ! » a-t-il répondu. Sa lèvre tremblait de colère.
'( — On t'*aura parlé, je le vois, continue- )• t-il d'un ton railleur , des revenans du » Val des Ombres ;e.\. déjà, plongeant au » chaos, ton imagination les évoque. Cela, » du reste, m'*étonne peu d"'une ame à pré- » jugés religieux et à superstitions catho- » liques. Qui croit au Christ doit croire aux » fantômes. »
A Tinstant une porte s'ouvre. Le sifflet du châtelain s'était fait entendre à celui qu'il appelait. Un esclave s'est présenté : c'est uii
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Africain , c^est un maure. Sa figure , (l\ni noir luisant, est froide, impassible et lugugre. On dirait une statue d'airain, que, par quelque effet mécanique, d'habiles ressorts font mouvoir. Ses cheveux sont courts et crépus ; son nez, applati comme celui des enfans deTAbyssinie, n'a cependant rien de difforme. Ses yeux roux ont un vif éclat, mais, au fond d'un orbite étroit, ils semblent craindre de briller ; ses regards, baissés, sont muets.
« — Hakem ! dit Roger à l'esclave : ce » voyageur, ce chevalier, passera la nuit » sous mon toit. II lui faut !a chambre )► d'honneur; prends un flambeau, tu vas » Ty conduire. »
L'Africain, en signe de soumission et d'obéissance, a porté la main à sou front. Il
courbe la tête humblement ; et pas un mot ne sort de sa bouche.
Raymond a reculé d'un pas.
)> — Aurais-tu peur du castel aux ap- )' parilions? et de son hospitalité? lui dit le !• vieillard : tu es libre. Entre ou sors à » ta volonté ! je ne retiens personne de » force.
„ — Pewr/ répète le pèlerin, ce mot seul » est une violence; il me retient de force : je » reste.
■» — Adieu ! reprend le châtelain. Lors- » que minuit sera sonné , j'aurai rempli X mon engagement. Une voix forte , si tu )' dors, t'aura réveillé par ces mots : Lève- » toi! Raymond de Toulouse !