CHAPITRE V
Raymond demeure un instant indécis ; tant de choses inconcevables s'étaient passées autour de lui depuis son entrée à la maison forte , qu'il commençait à ne plus savoir y discerner le vrai du faux , le bon du mauvais, et la sûreté du péril. Se fîerat-il à l'Africain ? sa phy^onomie , bien que noire , lui paraît pleine de franchise : il ne tenait qu'à lui de le tromper par des mensonges , il s'est refusé aux détours. La droiture de ses réponses garantit la pureté de ses intentions. Mais où Hakem le mène-t-il? Quel est ce mystère nouveau ? Le pèlerin hésite encore.
L'esclave au regard pénétrant a ^^ , compris et entendu les secrètes appréhensions du comte de Toulouse; il a conçu ses méfiances ; et la peur de ne pouvoir en
Iriompluer se peint sur ses traits expressifs. 1. It
La main posée sur sa poitrine , et les yeux levés vers le ciel , il semble prononcer ces mots : '
« — C'est un noble espoir qui m'anime : » Dieu m'en est témoin : suivez -moi. n
Sa figure était a^ente de prière : le jeu de ses muscles était palpitant de douleur, d'espoir et de crainte ; son visage était tendu, son cou raide, sa respiration oppressée ; et, dans le langage muet de toutes ces agitations physiques , on pouvait remarquer à quel point il s'indignait d'un outra geux soupçon. Tout en lui criait : Loyauté !
Le pèlerin a pris son parti.
« — Hakem, lui dit-il, je te crois. »
Un preux s'en remet avec confiance à la bonne foi d'un esclave! le fils des Maures en a