CHAPITRE V
La captive , pâle et tremblante , épouvantée des moindres bruits , s"'appuyait sur le bras du comte. Son sang s'arrêtait ou circulait selon que le cœur lui battait d'espoir ou de crainte. Oh ! pour une vierge timide , quelle affreuse position ! Seule , errant au hasard , la nuit , à la merci d'un jeune inconnu , que de périls Tenvironnaient !
Raymond la voyait chanceler; et, la pressant contre son sein , il lui semblait que, fort et robuste , il lui communiquait sa vigueur. Mais plus il l'exhortait au courage , et plus la jeune fille avait peur. Elle échappait à la vengeance, échappera -t- elle à l'amour?
Oh ! les premiers signes d'une flamme naissante, qu'ils sont faciles à saisir! Le rayon troublé du regard , la vague émotion
de Paccent, le léger tremblement des lèvres, Finvisible soupir du cœur, tout s'exprime, tout sHnterprète ; le silence même trahit.
Tout à coup , avec une inquiète vivacité , la belle inconnue dégage son bras de celui du comte de Toulouse ; et Raymond , trop novice en amour pour être capable d'analyser à la hâte un visage de femme en le regardant à la dérobée , trop ignorant en douces sciences pour saisir la pensée dans le geste , et Tattendrissement dans la brusquerie , Raymond s'est alarmé de son trouble : un autre s'en fût réjoui ; mais lui, débutant dans la carrière , il ignorait encore ces magies de séduction qui préparent au sentiment, et ces riens qui, tout en charmant l'innocence, ne blessent jamais la pudeur. Semblable àl'être inexpérimenté qui n'a point usé les sensations de l'ame, il était, s'oubliant lui-