‹ Double règneChapitre 87 sur 137 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

„ — Vieillard perfide!.... interrompt le » comte de Toulouse indigné. Le cheva- )> lier.... sans doute — revint?

)) — Je ne pouvais m^ opposer. Ses » traits néanmoins , lorsqu'il leva sa visière, » me rendirent un peu de calme. C'était le » visage d'un brave: une ame loyale était » là. Il me semblait, en l'observant , que, » du moment où je pourrais l'entretenir sans » témoins, je trouverais en lui grandeur » d'ame et générosité. Mais Roger, tou- » jours présent à nos entretiens, arrêtait » ma pensée sur mes lèvres. Ses horribles » menaces , quand jVtais seule avec lui , )) m'imposaient la soumission et m'interdi- » salent les refus. En présence de l'étran- » ger , il me fallait ou feindre ou me taire : » je me condamnai au silence. J'attendis . )> tout du ciel et du temps; je fis bien — v NOUS tievie/. \enir.

202 rX)UBLE RÈGNE.

» — Et le chef", a repris Raymond , vous » parlait-il de son amour?

" — On lui avait promis ma main; il » m''appelait sa fiancée.

» — Etait-il jeune et beau, Tinconnu?

)» — Il était de haute stature ; Roger van- )' lait souvent sa personne.

)) — Son nom ?

» — Je ne Tai pas demandé.

» — Et vous ne songiez. . .?

» — Qu^à la fuite. »

Que de candeur et de simplicité dans les réponses de Marie ! Aucune parole d'amour, avant la venue de Raymond, n'avait troublé la paix de son cœur.

Mais il faut partir : Fheure sonne. Hakem, l'Africain dévoué , ne quittera point sa

(IIAPITRE VJ. 2(13

maitresse. Le pèlerin du Val des Ombres s'est engagé solennellement à revenir au moulin vers la fin du jour, plutôt même, s'il est possible; et, déjà monté à cheval , il fend les airs comme une flèche.

Les tours du castel d'Enguerrand se sont déployées devant lui. Oh ! le comte plus que jamais a soif de gloire et de triomphes. Proscrit, dépouillé, sans asile, il n'aurait à offrir présentement à sa compagne que Terrant abri d'une tente et le farouche éclat d'une épée : il lui faut vengeance et victoires, il lui faut palais et couronnes ; sera-ce encore' assez pour Marie ?

La haine implacable qu'il a vouée au comte Amaury de Montfort s'est rallumée au feu de l'amour avec une énergie nouvelle. Montfort, en possession de ses Etals,

règne paisiblement à Toulouse. Tant que

Montfort existera , Raymond n'a nuls beaux

jours à attendre. Guerre à mort à Tusurpa-

teur ! point de pardon I point de traités ! ni

trêve ni miséricorde ! à tout jamais il Fa

juré.

vu

Raymond est sous les murs de Coucy.

Au l)out d^un chemin montueux , une des premières portes du fort , que i^arde un essaim de nuerriers , se présente en face

de lui. Sa monture , peu élégante , } a excité une surprise générale. Un guerrier à éperons dVr sur un traquenard ' de moulin ! plus d^un rire s^est fait entendre.

Un banneret de haut parage, ayant aussi gravi la montagne , arrivait à la même porte.

« — Que vois - je ! s'est - il écrié. Le )> comte Raymond de Toulouse ! »

A ce nom d'illustre mémoire, tout rire înoqueur a cessé. Les gardes de la citadelle inclinent respectueusement leurs fronts devant le paladin méconnu. Le nouvel arrivant au castel était le comte Robert de

' Tnuinvnard , ni;iuv;iise lossc , haridelle.

Page 1