‹ Double règneChapitre 89 sur 137 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

» promet ainsi ni son opinion ni son avey> nir. Le vaincu tombe, on le renie; le » vainqueur passe, on le salue.

» — C'est infôme ! interrompt Raymond.

» — Autre expression vague et dou- » teuse selon la bouche qui Temploie ! dit ) Robert d'un ton ricaneur ; je vais répon- » dre à ta manière : Infâme I . . . . /> ne com- )) "prends yas. »

Cette manière leste et moqueuse de traiter les hautes questions sociales a courroucé le comte de Toulouse; mais leur entretien a été interrompu par une foule de cavaliers bretons qui , nouvellement entrés au castel , en obstruaient les cours intérieures.

« — Se pourrait-il ! s'écrie Raymond ; » le duc de Breta £i ne ! . . . .

» — Lui-même ; il est un des chefs de la » ligue.

» — Lui , petit-fils de Louis VI , attaquer » la maison régnante ! Maisc^st sa famille,

» son sang

» — Raison déplus, réplique Brienne; » se détrôner les uns les autres est le bon- » heur suprême des princes quand ils res- » semblent à Maiiclerc ' , ou , pour parler » plus clairement, quand ils sont envieux et » traîtres, quand ils sont lâches et sordides.

» — Serait-ce là, demande Raymond, )) le portrait de Pierre de Dreux? — Ah! » ne l'admettons point dans nos rangs !

' Voyez son portrait fait par les historiens du temps. u Le surnom de Maudcrc lui fut donné par opposition » au nom de clerc, qu'il affectait. Maucierc signifiait » mauvais clerc. » Anquetil , Histoire de France, in-12, t. 2 , p. 144. Beaucoup d'iîistoriens l'appellent duc de Bretagne, d'autres disent tout simplement comte de Bretagne.

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» Qu^Enguerrand se garde des traîtres ! »

Brienne a éclaté de rire.

« — Es-tu fou, seigneur toulousain?

» Repousser de nos rangs les traîtres ! eh ! » qui donc s^armera pour nous? Point » d'illusion ! camarade : ici , sous les dra- » peaux d'Enguerrand , les grands princi- )) pes surannés de droit, de justice et de » morale, sont étalages d^Iijpocrisieouma- » nifestations de démence. Ne fy trompe » pas , bel ami ! nous sommes tous félons » plus ou moins. »

Encore un nouveau cri de Raymond.

Encore une nouvelle surprise.

« — Eps gens du comfe de Champa-

En effet, le fameux Thibaut, guerrier,

troubadour , souverain , Thibaut faisait partie de la ligue '.

Raymond continue à voix basse.

(( — Ne nous fions pas à ce chef! Epris » des charmes de la reine , il était jadis tout )» à Blanche ^.

» — Il est aujourdliui tout à nous. On y) peut , cVst du moins mon avis , se fier à )> lui comme aux autres : mêmes vœux , » mêmes garanties. Il a, de plus, un double )) mérite en fait de hautes mutations ;

' \oyet Histoire de xaint Lonis , in-4, |>ar de Sacy , t. 1, p. 64. — Du Chesnc , 527 , et les auteurs déjà cités.

' Mêmes auteurs. — Anqueûi, Hisloirc de France , 111-12, t. 2, p. 140. — Sismondi , Hist. des Français, t. 7.

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)• t'iU', à lii fois, (lu nièine coup, Thibaut )) trahit sa dame et son roi. »

En ce moment , une multitude de chevahers, d'écuyers, de pages et de varlets, encombrant les abords de la haute tour de Coucy, séparent Raymond de Robert.

SVuvTÏr un passage à travers cette cohue était chose difficile ; le comte de Toulouse nVst parvenu qu^uec une peine extrême au grand perron de la citadelle.

Là, nouvelles difficultés. Débarrassé de son cheval , il ne sait où porter ses pas. Les hommes d^armes qui Tentourent ne peuvent répondre à aucune de ses questions : les uns sont des bords de la Loire , les autres des champs de la Bourgogne; ceux-ci des rives de la Somme, ceux-là des montagnes de l'Auvergne. Le (lis deTOccitanie traverse au

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hasard de hauts portiques et de vastes salles : partout affluence et désordre.

Un des officiers du manoir, auquel il sVst fait connaître , lui sert eniîn dMntroducteur. Une immense galerie à riches colonnes s'*est déployée à ses regards '. Au fond s"'élevait une estrade : c''est là qu'*est Enguerrand de CoucY.

Quelle magnificence royale! ...... Ces

grands dignitaires de France , ces costumes étincelans , cette pompeuse réception , ce trône , ce roi , cette cour , tant de destinées en balance I le spectacle était solennel.

» Voyez les Descriptions du château de Couctj , par M. le chevalier de Lépinois, avec dessins, lexte , etc. Paris, '1854, chez Engehnann , cité Bergère, n. 1. — Voyez aussi Lallouettc, Histoire de Coucij . Paris, 1577, t. 2, p. 79.

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