‹ Double règneChapitre 90 sur 137 · CHAPITRE VU. 2f · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. 2f

Qi^il était beau dans sa splendeur, le sire Enguerraiid de Coucy ! Son front , où rayonnait la gloire , dominait Tillustre assemblée; son regard d^iigie , au milieu d'elle , perçant les paroles flatteuses , pénétrait les secrets calculs. Tandis qu'autour dcî lui chacun révélait par son langage ou ses armoiries le nom que lui laissèrent ses aïeux, le rang que lui assignait la fortune, lui, comme tous les êtres supérieurs , semblait appartenir ici-bas , non à telle ou telle famille , non à telle ou telle province , mais au geiu^e humain, mais au monde.

Raymond , à Tentrée de la salle , n\Hait remarqué de personne : mille intérêts , pr€ssans et divers , absorbaient toutes les pensées. Là , imitant le grondement lointain d'une mer orageuse , les voix bruis-

saient sourdement ; là , sous les noms de gloire et d'honneur , bouillonnaient la haine et Torgueil ; là , en façon de dieu patriotique , planait le génie des révoltes.

Une cérémonie imposante , une scène à grand appareil , venait d'avoir lieu dans cette même galerie, un instant avant Tarrivée du comte de Toulouse. Hugues de Lusignan , neveu du roi de Jérusalem et comte de la Marche, levant hautement, le premier , Pétendard de la rébellion , s'était présenté tout à coup à la tête des grands vassaux du royaume devant Enguerrand de^ Coucy , et là , au nom de la nation , Tavait salué roi des Français. Une acclamation générale avait sanctionné l'élection ; toutes les bannières s'étaient agitées, tous les glaives étaient sortis du fourreau. Une couronne d'or massif et un sceptre enrichi de pierre-

Page 1