‹ Double règneChapitre 97 sur 137 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

» parce que tu es le plus vaillant de nos » guerriers, parce que nous sommes les » arbitres de la France, et parce que, nous » devant la couronne , tu nVseras empiéter » sur nos privilèges. Tu régneras , non par y ton droit , mais bien par notre bon vou- )• loir. Paris ne fera plus la loi aux provinw ces. Malheur à la terre des preux, si Paris, )> se croyant la France , venait un jour à » fouler dédaigneusement aux pieds, comme )» choses misérables et serviles , les grandes )> capitales du pays! Que le très-redouté sei- » gneur mmisieur le rot mette une selle au dos )> du manant, mais qu'on le tienne aussi par M la bride! Décide-toi donc , Enguerrand; )• surtout point dWrière- pensées. A ta )) place , en cas de refus , nous savons qui » prendra la pourpre'. »

' « Le comlede Boulogne passa même juscjn a vouloir

La physionomie du sire de Coucy a totalement changé d^expression.

« — Mon parti est pris , répond-il. Mes

» observations étaient une nouvelle preuve

» de Taffection que je vous porte. Vous les

)) rejetez, j"'y renonce. Votre choix m''ho-

)> nore, messires. Vous pouvez d^autant plus

» compter sur mon dévouement à vos

)i véritables intérêts que j'ai long -temps

» hésité à me consacrer à vous. On ne s'ap-

)) puie solidement que sur ce qui résiste.

» Chevaliers ! marchons ! je suis prêt ; mais

') rappelez-vous , si la fortune nous trahit ^

« ôter la couronne à son neveu , comme les ligués le lui 'faisaient espérer. » nist. de saint Louis , par de Sacy, in-4, t. 1, p, 8i. tt Beaucoup de conjurés faisaient enn tendre au comte de Boulogne qu'ils travaillaient pour n lui. » Chroniques de Flandre, Denis Sauvage, in-fol. Lyon , J5()2, p. 49.

CHAPlTRli VII 1. 237

)• que]'!!! pris malgré moi le sceptre. L\ir- )i bre d'une nouvelle dynastie , sur le sol » des guerres civiles, bien qu^on arrose » son pied de sang , prend difficilement des )» racines : il sèche, et parfois, lorsqu'il » tombe , malheur à ceux qui Font planté !

» — Vive Enguerrand, roi des Français ! )» s^écrie une foule de voix, »

Et cette clameur unanime étouffe les dernières paroles de Coucy. Il a dit : Marchons ^ je suis pi'èt. Les suzerains l'entourent de leurs félicitations ; ils peuvent compter sur son dévouement à leurs véntahles intérêts ^ ce sont ses propres expressions, et le chef n'a jamais trompé. Cen est fait: la ligue a son roi .

). — Sire Eng'uerrand ! reprend Boulo- » gne; proclamé souverain, vous n'aurez,

» pas plus de dangers à combattre que nous )) de renversemens à craindre. Redouteriez- )) vous rétranger? La France , aujourd'hui » hérissée de châteaux et de forteresses, » peut être parcourue, c'est faisable: mais » conquise, c'est impossible. Grâce aux » seigneurs suzerains qui défendent son » territoire sacré , la prise même de la ca- » pitale ne saurait entraîner la destruction » de la monarchie. Rassurez-vous donc , ). noble chef! La couronne, comme le cas- » que , a besoin d'un front courageux. Le- » vez la tête , et gouvernez. Le saint ponn tife , courroucé , nous lancera ses foudres » peut-être ; mais Rome décroit chaque )) jour , et son pouvoir n'est plus invinci- )) ble : cette Babel religieuse est si haut » montée vers la nue , que , de sa base à » son sommet , on commence h ne plus s'en- » tendre.

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» — Amis! s'écrie le duc de Bretagne, )• n^attaquez pas la ville éternelle ; elle a » encore un bras dans les cieux. Certes, » Textermination des Albigeois , prêchée )» par des ministres de paix , est chose » horrible à ma pensée ; le pieux mas- » sacre de sept mille personnes dans une » église de Béziers est tache ineffaçable 1» à mes yeux'; mais que Dieu seul juge le ) pape ; nous ! portons ailleurs nos ven- )' geances.

» Le chef suprême du royaume aurait-il ' dû souffrir parmi nous les atrocités de » Simon^? Le descendant de Hugues Capet » n'a-t-il point trahi ses devoirs de mo-

* Fleuiy , Histoire ecclésiastique , t. 16 , p, 254. — €li. Simon. Coin. Duchesiie, t, 5, p. 7(î4. ' Simon de Montfort.

» narque, en autorisant le ravage des pro-

» vinces quHl aurait dû défendre , et en

» laissant, honteusement, le prêtre du Vati-

» can disposer d*'elles à sa guise? J''en ap-

» pelle à rhéritier ici présent de Raymond

» Pexcommunié , n^est-ce point par dé-

)» cret du concile de Latran qu'Amaury

» de Montfort est aujourd'hui comte de

)) Toulouse '?

)» Honte éternelle è Louis VIII î la maison

)• de Philippe-Auguste a pour jamais cessé

» de réoner. Nous sommes fatioTiés de son

» joug; le temps delà patience est fini. No-

» blés représentans du royaume! à toutes

» les concessions que pourrait maintenant

). nous faire la régente, à tous les traités

)) que pourrait nous proposer Penfant royal ,

Fleury, Hist. ecc, t. 16, p. 570.

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