HENRI LAURENS, ÉDITEUR
6, RUE DE TOIIRNON (vl'=)
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DOURIS
ET
Comment les dessins de vases représentent l'histoire
DE LA peinture GRECQUE.
Je n'ai pas écrit ce livre pour les professionnels de l'archéologie. En parlant de Douris, je me suis proposé de donner au grand public une idée des qualités maîtresses de la peinture grecque.
On se demandera alors pourquoi ce petit livre n'est pas intitulé Pohjgnote ou Parrhasios'l Puisqu'il s'agit de la peinture antique, comment ne pas choisir l'étude d'un homme célèbre dont les œuvres caractériseraient l'art de son temps?
La réponse est simple. Nous n'avons conservé aucune peinture originale des maîtres qui, à côté des sculpteurs Phidias, Polyclôte, Praxitèle et Lysippe, ont illustré les siècles de Périclès et d'Alexandre. Pas un morceau de leurs tableaux, pas un coin de leurs fresques n'a échappé
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à la destruction. Par un hasard malheureux, la période la plus glorieuse de la peinture grecque reste obstinément close à nos regards. Les récentes découvertes de Mycènes, de Tyrinthe, de Crète et de Milo, nous ont révélé les surprenantes compositions de Fàge préhellénique ; elles nous ont rendu des fresques contemporaines de Minos et d Agamemnon. D'autre part, depuis plus d'un siècle, les fouilles de Pompéi et d'Herculanum ont fait connaître en détail la décoration des maisons romaines au temps d'Auguste et de Titus. Entre ces deux époques, séparées par quinze ou vingt siècles, c'est la nuit, un trou noir que ne suffisent pas à combler quelques dalles conservées au musée d'Athènes, pâles vestiges des monuments funéraires qui, dans la nécropole du Céramique, retraçaient la vie et la physionomie des défunts sous forme de fresques peintes sur marbre.
Restent les textes. Pausanias, Pline, Lucien et d'autres ont énuméré ou décrit les œuvres célèbres de la peinture antique et marqué en quelques traits les qualités distinctives des maîtres. La technique même est mentionnée et analysée en certains passages. On peut donc, à l'aide de cette littérature, retracer d'une façon générale l'histoire de la peinture antique, et c'est surtout d'après ces documents que sont écrits des livres classiques comme la Geschichte der Kûnstler de Brunn et la Geschichle der Malerei de Woltmann. L'utilité de ces ouvrages est incontestable pour connaître les données fondamentales du sujet.
Mais est-il besoin d'ajouter que l'histoire faite sur des
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textes, mêmeappuycefleqnelquesilliistrationsemprimtées à Pompéi et à Hcrculanum, pèche par une sécheresse excessive? Que serait la lecture d'un livre sur Raphaël ou sur Michel-Ange pour qui n'aurait jamais vu une seule œuvre de ces deux artistes ?
De plus, les rensi'ignements des auteurs anciens, loin d'être précis et complets, sont d'une hrièveté désespérante : le plus souvent, le sujet du tableau, le nom de l'auteur, sont mentionnés en trois mots. Supposons que dans deux mille ans nos arrière-neveux, retrouvant un Guide de voyageurs, y lisent : le Boif> sacré des Muses, par Puvis de Chavannes. Que tireront-ils de là sur la composition du tableau ou sur le latent de l'auteur? Telle est notre situation pour quantité d'œuvres antiques. Et si, dans certains cas, la description est abondante, comme dans le passage oii Pausanias énumère tous les personnages des deux fresques de Polygnote à Delphes, \ Evocation des Morts et la Prise de Troie, l'obscurité n'en reste pas moins profonde pour la disposition des hgures, leur physionomie, leurs attitudes, la technique des couleurs, etc.
Grâce à l'attention donnée aux vases peints, on a pu aujourd'hui orienter l'histoire de la peinture vers une voie nouvelle et éclairer d'un jour un peu plus vif le style et la composition des tableaux grecs. Le livre de M. Paul Girard, la Peinture antique, en est un exemple : presque toute l'illustration des chapitres consacrés à la Grèce classique est tirée du (h'^cor des vases. En elfet,
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pour reprendre la comparaison faite plus haut, celui qui ne connaîtrait rien de Raphaël, mais qui aurait vu des faïences d'Urbino reproduisant certaines œuvres de son temps, serait déjà beaucoup plus capable de comprendre sa composition et son style. Il lui manquerait, sans doute, beaucoup de choses encore. 11 ne se représenterait ni l'harmonie des couleurs, ni la noblesse et la pureté du dessin. C'est aussi, hélas ! ce que nous devons nous dire en comparant une peinture de vase grec aux œuvres perdues d'un Polygnote ou d'un Zeuxis. Nous n'avons que le reflet d'un art disparu.
J'ajouterai cependant que la diflerence devait être moins grande entre les industriels grecs et leurs modèles. Je n'en puis pas donner des preuves matérielles, mais cette conviction résulte de tous les détails que nous allons e"xposer. D'une part, l'industriel attique a été doué, pour l'art du dessin et le sens du style, comme rarement personne le fut. D'autre part, la fresque antique, surtout au v" siècle, n'était qu'un dessin enluminé, exécuté en teintes plates, sans modelé. Par conséquent, entre l'imitation industrielle et l'original, il n'y avait pas l'abîme qui, dans les temps modernes, sépare une reproduction due à des moyens mécaniques et la peinture faite avec toutes les nuances des tonalités savantes et du clair-obscur. En Grèce, peintre de grands tableaux ou peintre de vases, l'artiste est avant tout un dessinateur. 11 y a là une commune mesure qui rapproche les distances.
Ainsi, dans la pénurie où nous sommes des originaux.