‹ Douze conférences d'hygiène, rédigées conformément au plan d'études du 12 août 1890Chapitre 2 sur 22 · PROGRAMME · texte numérisé non relu

PROGRAMME

PRESCRIT POUR LA CLASSE DE PIIILOSOPIUE DE l'eSSEIGXEMENT SECONDAIRE CLASSIQUE PAR ARRÊTE DU 12 AOUT 1890.

(Douze conférences d'une heure chacune.)

L'Eau. — Les diverses eaux potables : eau de source, eau de rivière, eau de puits. — L'eau de source seule est pure; toutes les eaux peuvent être contaminées; modes de contamination.

Les moyens de purifier l'eau potable : liltration, ébullition.

L'Air. — De la quantité d'air nécessaire dans les habitations, etc. — Dangers de l'air confiné. — Renouvellement de l'air. — Ventilation. Altération de l'air par les poussières, les gaz.

Voisinage des marais.

Les Aliments. — Falsifications principales des aliments usuels,

solides et liquides.

Viandes dangereuses : parasitisme et germes infectieu.K [trichinose.

ladrerie, charbon, tuberculose) ; viandes putréfiées [inlo.\ication par

la viande du porc, les saucisses).

Des boissons alcooliques. — L'alcoolisme.

Les Maladies contagieuses. — Qu'est-ce qu'une maladie contagieuse ou transmissible? Exemple : une maladie type dont la transmission est expérimentalement facile. Le charbon, expériences de M. l'asteur.

Indication rapide des principales maladies contagieuses de l'Jioinme

voies de transmission : l'air, l'eau, l'appareil respi ratoirc, l'appareil digestif.

Teigne, gale, fièvres éruptives, variole, rougeole, scarlatine, tuberculose.

Vaccination. Revaccination. — Mortalité par variole.

Mesures de préservation. — Prophylaxie. — Désinfection. — Propreté

corporelle.

Conditions de salubrité d'une maison. — La maison salubre, la maison

insalubre.

Les maladies transmises par les déjections humaines : fièvre typhoïde,

choléra.

Notions de police sanitaire des animaux. — Maladies transniissibles à l'homme. La rage, la morve, le charbon, la tuberculose.

.\l)atage, enfouissement. (Loi du '21 juillet 1881 sur la police sanitaire des animaux).

L'EAU

Les diverses eaux potables : eau de source, eau de rivière, eau de puits. — L'eau de source seule est pure ; toutes les autres peuvent être contaminées; modes de contamination.

La pluie, tombant sur le sol, est l'origine de différentes espèces d'eaux dont l'ensemble peut être réuni sous la désignation d'eaux douces ou d'eaux potables. L'eau de mer n'est pas une eau potable, en raison de la grande quantité de sels, notamment de chlorure de sodium, qu'elle renferme.

Les eaux de sources ont ordinairement l'avantage d'être toujours limpides, d'être exemptes de germes vivants et d'offrir une température constante. Certaines d'entre elles présentent même une température plus élevée; c'est ce qui a lieu surtout pour les puits artésiens.

En donnant la préférence aux sources dont la composition chimique ne laisse rien à désirer, on obtient une boisson qui est préférable aux eaux de rivières, presque toujours empoi sonnées par des matières organiques dans un état de décoraposition plus ou moins avancé, des parasites de diverses sortes, et par des micro-organismes.

Il est donc généralement admis que les villes, les établissements publics et les simples particuliers peuvent user sans scrupule des eaux de sources qui se trouvent à leur portée, à la condition que celles-ci ne présentent pas une richesse trop grande en matières minérales. Une bonne eau de source ne doit pas renfermer une proportion trop forte de sels calcaires et magnésiens, ni surtout de sulfate de chaux, ainsi que nous le verrons

6 PREMlKIiF, CONTF.nENr.F..

tout à l'houre en indiquant les qualiti's qun doivent avoir les eaux potables.

Les puits arlésiens sont des sonrees artificielles d'où l'eau s'élève à inie certaine hauteur au-dessus du sol.

Ils fournissent un appoint très utile aux eaux d'inie ville, mais ne [)euvent cependant pas servir de base à la distiibutiou des eaux. En elïet, leur débit est variable et les conduits qui amènent l'eau à la surface sont sujets à des obstructions fréquentes. En outre, des commotions souterraines et d'autres causes inconnues peuvent faire varier la quantité d'eau qu'ils fournissent. C'est ainsi qu'à Tours il puits artésiens ayant été forés de 1850 à 1857, l'un d'eux a complètement cessé de fournir de l'eau, les autres ont vu successivement abaisser leur débit. Sur 17 puils artésiens creusés à Venise, 9 sont taris et le débit des autres a notablement diminué.

Les puits artésiens peuvent cependant rendre de grands services. A Paris, le puits de Grenelle donne uneeauqui estulilisée pour la consommation.

Les eaux de montagnes sont mauvaises prés de leur source; on leur attribue certaines maladies endémiques dans les localités où les habitants en font usage (goitre, crélinisme), mais l'eau des lacs formés par les torrents est en général minéralisée dans des proportions qui en font une excellente boisson, surtout quand il se trouve un déversoir naturel qui permet au trop-plein des eaux de s'échapper.

Il n'en est pas de même lorsqu'il n'existe point d'écoulement. Dans les grands lacs de l'Asie centrale, de l'Afrique et dos ftnys chauds, on trouve des eaux chargées de sels alcalins, au point d'être éminmiment dangereuses : la mer Morte en offre l'exemple le plus célèbre. On sait.que, pendant l'expédition d'Ibrahim-Pacha en Syrie, les troupes égyptiennes qui, après de longues marches dans le désert, arrivèrent sur les bords de ce lac, aux eaux fortement minéralisées, furent frappées des accidents les plus graves pour avoir voulu s'y désaltérer; un grand nombre de soldats y trouvèrent la mort.

Les rivières et les fleuves ont pour origine principale les eaux de sources, qui gagnent directement leur lit sans pénétrer le

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sol, et les eaux qui proviennent de la fonte des neiges et des sources des montagnes.

Les rivières sont donc formées à leur origine par de l'eau de source, mais elles subissent de nombreuses modifications pendant leur cours. La proportion des gaz que l'eau tient en dissolution n'est plus la même ; l'acide carbonique se dégage, tandis qu'une quantité plus considérable d'air atmosphérique se trouve dissoute. Leseauxde rivières sont donc plus oxygénées et moins carbonatées que celles des sources qui leur ont donné naissance. Mais ce n'est pas tout ; les terrains qu'elles traversent, la végétation qu'elles renferment, et surtout les impuretés sans nombre que les villes y déversent altèrent très sérieusement leur composition.

Le résidu solide que donne 1 litre d'eau de la Tamise varie de 0,26 à 0,28 par litre; la Garonne, 0,5; le Rhône, 0,18; le Ooubs, 0,23; la Seine, 0,25; la Marne, 0,5H, ce qui donne une moyenne de 0,24 par litre.

Mais ces chiffres ne sauraient indiquer, même approximativement, le degré de pollution auquel arrivent les rivières qui traversent les grandes villes. C'est surtout par l'abondance des matières organiques et des germes vivants et par leur nature éminemment suspecte que ces eaux se distinguent des sources pures qui présentent, sous ce rapport du moins, une immense supériorité comme boisson.

On trouve dans le sédiment des eaux des grandes villes des conferves, des diatomées, des paramécies, des vorticelles, des leucophrys, des anguillules, etc., en un mot, tout un monde animé qui indique un immense travail de fermentation putride. Les figures 1 et 2, que nous empruntons à un mémoire de M. J. Poisson publié dans la Nature, montrent l'aspect d'une goutte d'eau de la Seine prise à Chaillot, presque à la fin de sa traversée dans Paris, et comparativement à une goutte d'eau de l'une des sources les plus pures qui alimentent la capitale, celle de la Vanne.

Mais ce qui est encore plus grave, c'est la présence d'éléments visiblement tirés de l'organisme humain ou des vêtements à l'usage de l'homme. On y voit des poils, des cellules d'épi-

Iliélinm pavimenteux, des filaments de laine, de lin, de coton, et l'on comprend sans peine comment des ferments pathogéniqiies peuvent être charriés et répandus par cette voie.

D'ailleurs, les usines qui versent leurs résidus dans les fleuves peuvent les empoisonner au point de les rendre impropres à tout

Fig. 1. — Eau de la Seine à Chaillot.

usage. L'eau de la Bièvre, à Paris, qui dégage pendant l'été des gaz d'une odeur intolérable, est tellement altérée qu'à partir d'Antony les herbes vertes, abondantes jusqu'alors, disparaissent complètement au-dessous de cette locahté. Ce n'est là d'ailleurs qu'un faible échantillon de l'impureté à laquelle peuvent atteindre les rivières empoisonnées par l'industrie : plusieurs villes françaises, Lille, Reims, les grandes villes manufacturières de l'Angleterre, Leeds, Scheffield, Halifax, en offrent des exemples bien plus marqués.

L'E.vr. 9

Au point de vue chimique, ces modifications se traduisent surtout par la présence d'une grande quantité de sels ammoniacaux et par la disparition de l'oxygène, mais il est évident qu'au point de vue de l'hygiène, les matières organiques ou

Eau de la Vanne.

organisées, ainsi que les germes vivants, peuvent avoir une importance bien plus grande encore.

Enfin, on reproche à l'eau de rivière ses fréquents changements de température; chaude l'été, froide l'hiver, elle offre un contraste désagréable avec l'eau de source, qui se maintient habituellement à une température constante.

Mais si l'eau des rivières subit, comme on le voit, des causes d'infections très nombreuses, il n'en est pas moins vrai que ces causes sont au nombre de celles qu'une administration bien inspirée peut le plus facilement combattre. Les grandes villes ne pouvant pas se suffire avec les eaux de sources devront donc

10 l'REMlÈRE CONFÉRENCE.

•Miiployor aussi los eaux de rivières en les fillrant, comme nous le verrons dans la conlércnce suivante.

Les citernes sont des réservoirs destinés à conserver les eaux pluviales. Dans certaines localités mal partagées sous le rapport des eaux, comme Venise autrefois, les citernes l'ournissent exclusivement à l'alimentation des liabilants. Des travaux récents ont amené à Venise des eaux de sources. 11 est incontestable que, faute de mieux, on peut boire Veau pluviale, mais il ne faut pas en exagérer la valeur.

La minéralisation de l'eau de citerne est très inférieure en nioyeiHie à celle des sources et des rivières. C'est là tni inconvénient au point de vue hygiéni(iue, mais il en est un plus grand encore, c'est que la pluie, en tombant sur les toits et en coulant sur les gouttières, peut entraîner des substances métalliques et, en particulier, du plomb. Enfin les matières organiques que la pluie rencontre, soit dans l'atmosphère, soit surtout à la surface des toits, en altère la composition; lorsqu'elle est alors captée dans des réservoirs, on voit s'y développer un commencement d'odeur putride et ces eaux donnent même quelquefois naissance à certaines maladies.

Quelles que soient les objections qui s'élèvent contre l'usage de l'eau de pluie au point de vue alimentaire, rien ne s'oppose à ce qu'elle soit largement employée pour le nettoyage des rues et l'assainissement des égouts. On a évalué à 5 millions de mètres cubes la quantité d'eau que pourrait fournir annuellement la pluie dans une seule ville comme Paris.

Lorsqu'on creuse le sol à une certaine profondeur, on rencontre nécessairement une nappe d'eau : si, lorsqu'elle obéit aux lois de l'équilibre, cette eau se maintient au-dessous du sol, on a un puits.

La pluie, en tombant sur le sol, traverse les terres voisines des puits et vient se mêlera l'eau qu'elles renferment. Elle y arrivera saturée de toutes les substances qu'elle aura rencontrées sur son passage. A la campagne, elle sera pure et bienfaisante; mais dans les villes, où le sol est imprégné de matières organiques et pénétrée par les eaux industrielles, qui charrient souvent des matières toxiques, il est loin d'en être ainsi.

L'EAU. i i

En sommfi, à la campagne, les ptiifs ponrront, si l'on a pr,s les précautions nécessaires contre leur infection, donner une enii potable; mais à la ville, ils seront saturés de toutes les impuretés des terres voisines.

On ne saurait trop attacher d'importance à la composition et aux qualités physiques des eaux, qui servent à l'alimentation. Ilippocrate avait depuis longtemps signalé l'immense importance des eaux sur la santé, et tous les observateurs qui se sont occupés de ces questions sont d'accord pour reconnaître que l'eau que l'on ingère exerce une influence des plus sérieuses sur l'état des fondions digestives, sur la conqtosition des tissus et sur la santé générale.

En effet, l'eau est un aliment; elle fait partie de tous nos organes et, comme le dit Bordeu, « nous ne sommes qu'un amas, une espèce de brouillard épais renfermé dans quelques vessies )>. On sait, d'ailleurs, que le corps des sujets brûlés se rapetisse dans des proportions ridicules, et Chaussier a démontré qu'un cadavre, complètement desséché, se réduit au poids de quelques livres.

Mais ce n'est pas seulement à titre de liquide que l'eau vient apporter à nos tissus un élément indispensable ; elle est le véhicule des matières minérales absolument nécessaires à l'organisme, et qui ne se rencontrent pas toujours en quantité suffisante dans nos aliments solides.

Non seulement le squelette réclame des sels calcaires, mais les autres tissus ont besoin de chlorure de sodium, de silice, etc. L'introduction de ces substances dans l'alimentation est d'une nécessité journalière, cnr nous excrétons une quantité notable de chaux, de silice et de chlorure de sodium, qui ne se retrouve pas en quantité équivalente dans nos aliments azotés et farineux.

Un adulte ordinaire en bonne santé excrète, en vingt- quatre heures, 2 gr. OU de chaux et 0 gr. 1C9 de silice.

La ration ordinaire d'entretien fixée à 850 grammes de pain blanc et 240 grammes de viande fraîche, ne renferme que 0 gr. 777 de chaux et 0 gr. 0975 de silice.

Il faut donc, pour maintenir l'équilibre, que le vin, les légumes

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cl l'eau fournissent au moins 1 gr. 2i7 de chaux et 0 pr. 061 de silice. Or, c'est incontestablement à l'eau que revient ici le rôle principal, les légumes et le vin n'étant pas d'un usage constant, ni en proportion toujours égale.

Au reste, il est démontré que l'usage de l'eau distillée entrave les progrès de l'ossification chez les jeunes animaux, et les régions peu favorisées, dans lesciuelles les habitants font usage d'eau presque pure, sont sujettes à des maladies endémiques, caractérisées surtout par l'arrêt du développement.

Nous avons démontré l'utilité des sels minéraux; quant aux gaz dissous dans l'eau, ils servent à lui donner une saveur agréable et à faciliter la digeslion.il esta peine nécessaire de rappeler que l'excès des principes minéraux devicMidrait un inconvénient plus grand encore que leur absence complète.

L'analyse des eaux se fait principalement au point de vue chimique et au point de vue bactériologique.

Aujourd'hui l'on cherche surtout à obtenir des indications précises sur : 1° la quantité du résidu solide laissé par l'eau, 2* la quantité des produits volatils au rouge, 5° le degré hydrotimétrique, 4° la quantité des chlorures, 5» la quantité des sulfates, 6° la quantité d'oxygène enlevé au permanganate qui, ainsi que l'ont montré de nombreuses recherches, est proportionnelle à la quantité de matière organique dosée par pesée directe après la combustion.

Le Comité consultatif d'hygiène publique de France a, sur le rapport de M. le D' Gabriel Pouchet, résumé dans le tableau ciaprès les limites dans lesquelles ces divers éléments doivent être contenus :

L'EAU

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Chlore. . . .

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