‹ Douze conférences d'hygiène, rédigées conformément au plan d'études du 12 août 1890Chapitre 3 sur 22 · RIQUE · texte numérisé non relu

RIQUE

Os',003 à 0«',0:>(i

['lus de 0>.',030

Plusde0",0o0

Oxygène emprunté au iiermanga nate en solulion alcaline.

Moins

de Oe',001 soit

moins de 10"

de liqueur.

Moins

de0^',002soit

moins de 20"

de liqueur.

De 0«',003 à 0«%004

PlusdeO«',OOi

Perte DE PotDs du dépôt par la chaleur rouge.

Moins de Oi>",01a

Moins de o^',OiO

De 08',0i0 à 08',070

PlusdeOe'.lOU

Degré hydroti métrique total.

Au-dessus de 50

Au-dessus de 100

Degré hydrotimétriquo persistant apn-sl'ébullition.

Au-dessus de 20

L'analyse chimique ne nous révèle pas d'ime manière absolue la véritable composition des eaux.

D'un, antre côté, l'eau renferme des éléments dont la chimie ne peut pas facileinent nous rendre compte ; elle contient des matières organiques extrêmement mobiles, des organismes vivants et d'antres causes d'impuretés. Il faut donc tenir compte non seulement de la composition chimique des eaux, mais aussi de leurs caractèiTS physiques, ainsi que des plantes et des animaux qu'elles renferment.

14 l'REMIÈRE CONFÉBENCE.

Di's que les eaux s'allt'rent, dit M. Géranlin, les poissons qui peuplent les cours (l'eau éprouvent un malaise évident; ils remontent à la surface, s'engourdissent, et si l'altération persiste, ils ne tardent pas à i)érir... La distinction entre les eaux saines et les eaux infectées ne peut reposer ni sur la couleur, ni sur l'odeur, ni sur la saveur, ni sur l'analyse chimique.... Une eau est saine lorsque les animaux et les végétaux doués d'une organisation supérieure peuvent y vivre. Au contraire, une eau est infectée lorsqu'elle fait périr les animaux et les végétaux doués d'une organisation supérieure, et qu'elle ne peut

nourrir que des infusoires ou des cryptogames Toutes les

herbes vertes ne sont pas également sensibles à l'action de l'eau ; le cresson de fontaine semble la plus délicate des plantes aquatiques, sa présence caractérise les eaux excellentes; les épis d'eau et les véroniques ne poussent que dans les eaux de bonne qualité; les roseaux, les patiences, les ciguës, les menthes, les salicaires, les scirpes, les joncs, les nénuphars, s'accordent des eaux médiocres; les carets vivent dans les eaux très médiocres; enfin X'arundo pliragmites est la plus robuste des plantes aquatiques, elle survit la dernière, et continue à croître et à se développer dans les eaux les plus infectes.

Parmi les mollusques, h physa fontinalis ne vit que dans des eaux très pures, la valvata piscinalis dans les eaux saines, le planorbis marcjilalus dans les eaux ordinaires, la cycla cornea, la biihijnia impnra et le planorbis corneus dans les eaux médiocres. Aucun mollusque ne vit dans les eaux infectées, ou du moins, jamais ils n'ont été observés vivants dans les eaux complètement corrompues. On voit, par ce qui précède, que les végétaux phanérogames et les mollusques esquissent à grands traits les caractères des difïérentes eaux.

En d'autres termes, le meilleur réactif de l'eau, c'est l'être vivant.

11 serait certes fort désirable que l'examen de l'eau fût toujours complété par une recherche microscopique pouvant éclairer sur la nature des organismes vivants existant dans ce liquide. Mais, outre que les méthodes d'analyse biologique ne sont praticables que par des hommes rompus aux délicatesses de la

L'EAU. ' 15

technique microscopique, il faut reconnaître que les résultats obtenus jusqu'à ce jour sont encore bien peu probants; d'autre part, cet examen parait absolument inutile pour les eaux de sources qui sont filtrées presque à stérilisation par les couches du sol qu'elles traversent.

L'examen bactériologique de l'eau, qui prend néanmoins de jour en jour plus d'importance, comporte trois opérations : 1" la numération des microorganismes ou germes; 2° la distinction des organismes pathogènes de ceux qui ne le sont pas ; 5° les expériences d'injection ou d'inoculation de ces microorgani^es à des animaux. Pour cela, on ensemence une goutte de l'eau recueillie sur un milieu liquide ou sur une matière nourricière solide et l'on cultive les organismes qui s'y sont développés. L'inoculation aux animaux constitue alors le procédé de contrôle le plus sur.

Quelles sont donc les qualités que doit posséder une eau pour être potable ?

Une bonne eau potable diffère sensiblement de l'eau pure ou distillée; en elTet, les gaz dissous dans l'eau., et surtout les principes minéraux dont elle est chargée lui donnent une saveur agréable et jouent un rôle des plus importants dans la nutrition.

Une bonne eau potable doit être limpide, incolore, sans odeur, fraiche, d'une saveur légère et agréable, aérée, le plus possible exempte de substances organiques et de germes vivants. Elle doit tenir en dissolution une petite quantité de matières salines, spécialement du bicarbonate de chaux, un peu de silice et de sel marin, en proportions telles que cette eau ne soit ni saumàtre, ni salée, ni douceâtre, et qu'elle permette la cuisson parfaite des aliments.

>'ous aAons vu, au cours de cette conférence, comment les eaux peuvent être contaminées et quelles sont les principaux mode de contamination des eaux. Nous les étudierons plus complètement à propos des moyens de purification qu'il nous reste à examiner dans une prochaine conférence.

Filtration, ébuUition.

La purification des eaux se fait par épuration, par ôbullition et par filtration

Chez les Romains, il y avait, au commencement et à la fin des aqueducs, une piscina I hnaria àeslinée à opérer une décantation.

Uépuralion de l'eau par le repos a été appliquée à Marseille. Les eaux de la Durance étant toujours limoneuses, on a dû, pour remédier à .cet inconvénient, disposer sur le parcours du canal quatre grands bassins d'épuration où, la pente étant insignifiante, l'eau s'écoule lentement et se débarrasse de la majeure partie du limon.

Ce procédé a le grave défaut d'exiger une superficie considérable et de ne point toujours réussir, car « pendant les jours d'orage, de pluie et de tempête, moment où la décantation est surtout utile, l'eau n'abandonne pas dans les bassins d'épuration les matières qu'elle tient en suspension ». De plus, si les eaux restent trop longtemps stagnantes, elles peuvent s'altérer.

On a imaginé, d'autre part, un nombre considérable de procédés d'épuration pour les eaux impures ou malsaines, telles que les eaux d'égout, les eaux industrielles, les eaux de marais.

Les eaux qui traversent les égouts sont en effet dérivées d'une multitude de sources diverses et qui sont loin d'être les mêmes dans les différentes localités qui sont pourvues d'un réseau plus ou moins régulier de canaux souterrains. Les égouts reçoivent la pluie qui vient inonder les rues en temps d'orage, les eaux

ménagères provenant des habitalions privées, les résidus des opérations industrielles, enfui, dans la plupart des cas, les excréments solides et liquides des hommes et des animaux.

L'eau des égouts est visiblement impure. Elle contient non seulement des matières en solution, mais surtout une quantité énorme de corps flottants.

Aussi a-t-on cherché à épurer les eaux d'égout par des procédés mécaniques, par des procédés chimiques et par des procédés agricoles.

Les procédés mécaniques sont surtout le barrage, la fillraiion et la décantation.

Mais le liquide qui s'écoule des bassins collecteurs est encore chargé de rnalières organiques fermentescibles et putrides en dissolution. Et la formation de bassins aussi considérables que ceux que nécessiterait l'épuration d'une rivière infectée par une grande capitale donnerait lieu à un foyer de maladies pestilentielles qui pourrait exercer l'influence la plus fâcheuse sur la santé de la population environnante.

Les procédés chimiques sont extrêmement nombreux; ils onl pour but de précipiter les matières organiques dissoutes, ce qui permet alors de laisser écouler les eaux sur la voie publique, tandis que le précipité recueilli au fond des bassins est employé comme engrais. Mais on a constaté que ce procédé ne faisait disparaître qu'un tiers des produits nuisibles renfermés dans l'eau d'égout, laissant subsister les deux autres tiers qui vont empoisonner les rivières. De p'us, les usines où l'on applique ces procédés répandent toujours dans le voisinage des émanations incommodes et insalubres.

Il est donc évident que ce n'est point encore Là qu'il faut chercher la solution du problème; on l'a trouvée dans l'action du sot.

Il est aujourd'hui démontré que les eaux d'égout, distribuées par l'irrigation sur un sol perméable et suffisamment cultivé, abandonnent leurs principes fermentescibles aux couches qu'elles traversent et deviennent ainsi l'un des engrais les plus puissants. Les eaux qui s'écoulent, après avoir traversé les terrains cultivés, présentent un état de pureté comparable à celui des bonnes eaux

potables. Pour ohlenir ce rôsullal, on dispose le sol en larges sillons, appelés billons, st'parés par des rigoles par lesquelles l'eau est inlroiluile de temps en temps. Celle-ci se disperse ainsi à travers le sol où l'air brùlc les matières organiques (fig. 5).

Nous citerons les expériences si concluantes pratiquées dans la plaine de Gennevilliers qui constitue un immense filtre naturel, éminemment propre à absorber et à purifier les eau.\ impures.

Couche perméable

Cheminement de l'air dans le sol -

Dispersion de l'eau dégoût dans le sol .

Fis;, ô.

Schéma explicatif du mode d'épuration de l'eau d'égout aans le sol, d'après M. Emile Trclat iRevue d'hygiène).

L'eau des puits ou des drains ([ui provient de la nappe souterraine est plus pure que celle de la Seine en amont des collecteurs.

L'épuration a été aussi satisfaisante que possible. Quant aux résultais donnés par la culture, on reconnaît à l'unanimité qu'ils sont excellents.

Les ]ilaintes qui se sont élevées au sujet de cette grande opération paraissent aujourd'hui bien peu fondées et, d'ailleurs, le principe étant démontré, tout se réduit à une question de proportion. Il est évident qu'un terrain quelconque, surtout s'il n'est pas perméable et qu'il ne soit pas drainé, ne peut absorber et détruire dans un temps donné, qu'une quantité donnée de matières organiques.

Au reste les tentatives de ce genre se multiplient autour de

LES MOYENS DE PURIFIEP. L'EAT l'OTAIil.E H)

lontes les grandes villes; à Edimbouri;, à Reims, à Milan, à Hreslau, à Dantzick, à Berlin, des domaines étendus et stériles ont été soumis à Taclion lerlilisante des eaux d'égout, et partout les résultats ont répondu à l'attente de l'administration qui a entrepris ces travaux.

La composition des eaux d'étangs et de marais est fortement altérée, leur goût fade et marécageux, et leur action nuisible à la santé. Il est donc évidemment dangereux de les utiliser pour les usages alimentaires. C'est là pourtant ce qui arrive dans un grand nombre de pays et même dans le nôtre. Non seulement les habitants de plusieurs petites localités rustiques font usage de l'eau des étangs qu'ils ont à leur portée, mais à Versailles, aux portes mêmes de Paris, une partie de la population boit les eaux des étangs destinées par Louis XIV à fournir de l'eau aux jardins du palais.

Il est bien entendu qu'on ne doit jamais confondre un marais, quelle que soit son étendue, avec un lac. Ce dernier, traversé par un ou plusieurs fleuves, n'est pas composé d'eaux stagnantes.

Lorsqu'on est réduit par la nécessité à faire usage des eaur stagnantes, il est bon d'imiter l'exemple des Chinois et de m s'en servir que sous forme d'infusions de thé, de café ou de plantes aromatiques. En portant le liquide à l'ébullition, on détruit les infusoires microscopiques et les germes vivants qu'il renferme; en masquant sa saveur désagréable, on le rend plus facile à consommer.

En etTet Vébullition purifie l'eau ; la température de 100° détruit en particulier la plupart des germes, au moins tous ceux que nous connaissons comme appartenant à des maladies assez fréquemment transmises par l'eau. Aussi doit-elle être pratiquée d'une manière générale en temps d'épidémie de fièvre typhoïde ou de choléra; il serait bon de l'utiliser également pour toutes les eaux dont on soupçonne la contamination. Malheureusement l'ébullition a l'inconvénient d'enlever à l'eau une partie de son oxygène ; aussi est-il nécessaire d'agiter l'eau à l'air pendant qu'on la fait bouillir afin de la rendre aussi digestible que l'eau pure.

On a enfin recours, pour purifier l'eau, à la fillration soit naturelle, soit artificielle. Les tiltres naturels peuvent donner des

masses d'oau destinées à toute nue ville, mais nne configuration spéciale du sol est encore nécessaire; il faut que celui-ci soit perméable sur une épaisseur suffisante. On établit des tranchées en contre-bas de l'étiagc, et l'eau s'y rend en traversant un terrain sablonneux perméable. Exemples : Toulouse, Lyon, Glasgow.

L'eau qui est distribuée aux particuliers doit subir une seconde épuration plus complète. Telle est Tutililé des filtres de ménage. Il en existe de dilTérenles espèces. Les uns se composent essentiellement de plusieurs compartiments mobiles, formés par des couches de laine, de charbon et de sable; dans quelques appareils, l'eau est reçue sur une éponge qui la laisse tomber goutte à goutte sur les compartiments inférieurs. D'autres filtres, formés principalement de charbon préparé avec ou sans toile d'amiante, sont surtout destinés à débarrasser le liquide des éléments putrides qu'il peut renfermer. On a construit enfin, dans ces derniers temps, des filtres à bougie de porcelaine ayant pour but de retenir les germes vivants contenus dans les eaux potables.

Les découvertes de M. Pasteur concernant l'influence des microorganismes spécifiques sur la genèse, le développement et la propagation d'un grand nombre de maladies transmissibles, les nombreuses constatations faites sur la présence de ces microorganismes dans les eaux servant à l'alimentation des populations éprouvées par ces maladies ont fait très justement accorder une importance de premier ordre à la filtration des germes contenus dans ces eaux.

Les filtres jusqu'ici construits parviennent à retenir les sels et matières solubles renfermés dans les eaux; même les matières organiques ne peuvent également les traverser, mais aucun d'eux n'est capable de former une barrière infranchissable contre les microbes. Avec de la pierre poreuse assez fine on obtient ce résultat, mais surtout avec les filtres à porcelaine, parmi lesquels celui de M. Chamberland est infiniment supérieur. Qu'importe de donner à l'eau une transparence plus ou moins parfaite, de la débarrasser de ses sels et de ses matières organicjues, de ses impuretés grossières, pour ainsi dire, si l'on y conserve les germes vivants des afTections les plus éminemment transmissibles !

Le principe du filtre de M. Chamberlaiid consiste à faire passer "eau par aspiration à travers un tube de porcelaine dégourdie;

Fig. i. — Filtre Chamberlaiid, à bougie de porcelaine.

les pores de cette porcelaine empêchent les germes de passer et le liquide recueilli au sortir du filtre est entièrement pur (fig. 4).

L'inconvénient do tous les filtres, et celui de M. Chamberland n'en est pas plus exempl (pie tous les autres, c'est d'exiger une surveillance fréquente. 11 n'est pas de (litre qui puisse inspirer une confiance absolue, si son l'onctionneinent n'est pas l'objet d'un contrôle constant.

Pour tous les filtres autres que le filtre à bougie de porcelaine il faut les nettoyer fréqueiinneiit et changer la malière filtrante à intervalles aussi rapprochés (pie possible, car celle-ci ne tarde pas à se saturer et par suite à ne plus arrêter les impuretés ; les filtres à charbon, matiiire organique, ne tardent pas, grâce à la présence du charbon, à former comme un bouillon de culture pour les microbes contenus dans les eaux qui les traversent. Les filtres à bougie de porcelaine ont besoin d'être essuyés de temps en temps, de façon à enlever la couche d'impuretés qui les recouvre; cette couche pourrait à la longue en diminuer considérablement le débit et faciliter le passage d'impuretés par entraînement mécanique à travers les pores de la porcelaine.

Lorsqu'on ne possède pas de filtre et que les eaux dont on peut disposer sont impures, le mieux, ou le voit, si l'on est absolument forcé de faire usage de telles eaux, est de les faire bouillir.

II est évident que la quantité d'eau indispensable pour l'usage journalier ne peut pas être appréciée avec une rigueur mathématique. L'eau, en effet, n'est pas seulement nécessaire comme boisson, mais elle sert à divers usages et joue un rôle capital au point de vue de la propreté dont on ne saurait exagérer l'importance en hygiène. S'il existe quelque incertitude à l'égard du chiffre qu'il convient d'établir, on doit certainement interpréter ce doute dans le sens le plus libéral. Dans les grandes villes, et plus encore dans les campagnes, la partie pauvre de la population ne se sert d'eau que pour boire. Des habitudes de malpropreté héréditaires, qui se transmettent de génération en génération, réduisent notablement la quantité d'eau nécessaire à chaque famille. Mais il importe, au point de vue hygiénique, de réagir le plus possible contre ces tendances fâcheuses. Il faut

LES MOYENS DE l'I lilElEIl LEAU l'UTAULE. -1?^

largement interpréter los données de l'expérience à cet égard ; il faut qu'il y ait trop d'eau pour qu'on en ait assez.

Le professeur Rankine adopte le chiffre de 45 litres et demi par tète pour les usages personnels, 45 autres litres pour les usages publics et industriels, enfin les villes manufacturières réclameraient 45 litres de plus, ce qui ferait en tout 155 litres par habitant. Parkes arrive au chiffre de 150 litres, ainsi décomposés : service domestique, 54 lilre>; bains, 15; cabinets, 27; pertes, 15. Total, 112 litres; service municipal, 22 litres; eau supplémentaire pour les villes manufacturières, 22.

Avant 1870, les habitants de Paris recevaient déjà 125 litres par tête et par jour; lorsque les travaux actuellement en cours pour l'adduction des eaux des sources de la vallée de l'.Ure seront achevés, la distribution sera de 250 litres par jour et par habitant. Plusieurs villes d'Europe et même de France sont beaucoup plus favorisées. Rome donne à chacun de ses habitants 1100 litres par jour, ce qui s'explique par les énormes travaux exécutés par les anciens pour une ville qui contenait peut-être 4 millions d'habitants et qui n'en compte pas 500,000 aujourd'hui. En France, c'est Marseille, avec 470 litres d'eau par tète et par jour, qui est la ville la mieux partagée.

Les progrès que réalisent les villes au point de vue de l'arrosage des rues et des places, de l'aménagement des égouts et de la propreté générale, tendent évidemment à augmenter de jour en jour la quantité d'eau dont elles font usage. Au reste dans les pays chauds, la quantité requise est certainement beaucoup plus grande que dans les pays tempérés ou froids, d'autant plus qu'une partie de cette eau sert uniquement à rafraîchir l'atmosphère.

Rassembler les eaux sur un point cential d'où elles puissent se répandre dans les réservoirs qui alimentent les habitations privées et sur tous les points où leur présence est nécessaire, tel est le problème qui se présente aux administrateurs chargés de distribuer l'eau dans une ville. La solution a varié suivant les lieux, suivant les époques et suivant les procédés en vigueur. Les anciens, et par ce mot il faut surtout entendre les Romains, dont les travaux à cet égard ont dépassé de beaucoup tout ce

qui s'était fait avant eux, les anciens employaient de préférence dos aqueducs pour transporter dans les villes les eaux des sources lointaines. Ou a supposé (|ue ces travaux dispendieux reposaient sur l'ignorance des lois de l'hydrostatique. Cependant les fouilles de Pompéi, en nous révélant l'aniénagemeut intérieur des maisons antiques, et en particulier le service des bains, ont démontré que les anciens connaissaient parfaitement le principe en vertu duquel l'eau remonte, dans un tube fermé, juscpi'au niveau de son point de départ. Il faut donc supposer que c'était dans le but d'obtenir des eaux mieux aérées, plus fraîches et plussalubres. qu'ils s'abstenaient de les faire couler dans des canaux souterrains. Au reste à cette époque, le travail de l'homme était loin d'avoir la même valeur qu'aujourd'hui.

Les modernes ont construit des aqueducs sur le plan des anciens; tel est, par exemple, l'aqueduc de Roquefavour, qui amène à Marseille l'eau puisée dans la Durance, celui de Montpellier, qui transporte dans cette ville les sources de la rivière Croton, celui qui sert à l'alimentation de New-York, etc. Rappelons enfin les travaux si considérables qui sont venus et ceux qui viennent encore en ce moment compléter le système des eaux de Paris.

Lorsqu'il est possible d'établir une prise d'eau à une hauteur telle qu'elle puisse couler naturellement jusqu'à l'un des points culminants de la ville qu'elle doit alimenter, la question se trouve notablement simplifiée. Mais il n'en est pas toujours ainsi : souvent il faut recourir à d'autres moyens pour amener les eaux sur les points où l'on veut les utiliser. Aujourd'hui, l'usage des tuyaux de fonte permet de faire franchir les vallées en siphon, et les machines élévatoires permettent aux villes d'employer des eaux qui coulent à un niveau plus bas que le leur. Arrivées à leur destination, les eaux sont concentrées dans des réservoirs ou châteaux d'eau.

Il faut que l'eau atteigne par sa hauteur le niveau des maisons les plus élevées, afin qu'elle puisse être distribuée à tous les étages, à moins qu'on ne préfère suppléer à cette condition par le travail des pompes.

Le procédé le plus imparfait est celui des porteurs d'eau, qui fonctionne encore dans plusieurs villes.

Mais rim des points qui intéressent le pins directement l'hygiéniste est celni de l'action des eaux sur les conduits qui servent à les transporter. Jusqu'à ces derniers temps, ce sont des tuyaux en plomb qui ont presque exclusivement rempli cet office. Jlais il est aujourd'hui démontré que l'eau dissout ce métal on quantité appréciable, et cela avec d'autant plus d'énergie qu'elle est plus pure et plus oxygénée. Par contre, les eaux riches en acide carbonique, en carbonate et en sulfate de chaux, paraissent agir beaucoup moins sur les tuyaux de plomb. Des observations nombreuses attribuent une action protectrice très considérable à l'acide carbonique dissous; il se forme, en effet, en présence de ce gaz, du carbonate de plomb, sel éminemment insoluble. Il parait aussi que le plomb, au contact d'un autre métal, fer, zinc, étain, se dissout beaucoup plus rapidement en présence de l'eau; dans ces conditions, en effet, il se forme un courant galvanique. A'oihà pourquoi les tuyaux en zinc, qu'on a cherché quelquefois à substituer aux tuyaux en plomb, abandonnent une quantité considérable de ce dernier métal aux eaux qui les traversent, car le zinc employé pour les travaux de ce genre renferme presque toujours une proportion plus ou moins forte de plomb.

La proportion de ce métal qui suffit pour déterminer des accidents toxiques a été diversement estimée, mais il est certain iiu'elle est très faible. Dans le cas célèbre de la famille de Louisl'hilippe à Claremont, la quantité de plomb trouvée dans les eaux dont elle se servait s'élevait à 7 dixièmes de grain par gallon (le gallon représente environ 4 litres et demi). Cette quantité de plomb produisit des accidents chez un tiers des personnes qui faisaient usage de ces eaux insalubres.

Dans certains pays, l'eau traverse des conduits en bois (Genève), mais elle y contracte invariablement une saveur désagréable due à la présence de matières organiques en décomposition. En somme, le procédé le plus irréprochable parait consister à employer des tubes en fonte ou en fer, revêtus intérieurement d'un enduit protecteur.

TROISIÈME GOFÉRENCE.

De la quantité d'air nécessaire dans les habitations, etc. — Dangers de l'air continé. — Renouvellement de l'air. — Ventilation. — Altération de l'air par les poussières, les gaz. — Voisinage des marais.

Si le père de la physiologie moderne a défini la vie : une lutte perpétuelle contre les niilieu.x qui nous entourent, nous ne saurions accepter aujourd'hui ce point de vue essentiellement erroné. Non, les milieux dans lesquels nous sommes plongés ne sont pas des adversaires contre lesquels nous luttons, ainsi que le voulait Bichat; ce sont, au contraire, les soutiens indispensables de la vie, sans lesquels nous ne pourrions exister une minute.

C'est surtout de Vair atmosphérique qu'il est juste dédire qu'il est J'alimentde la vie, le premier, le plus indispensable de tous les aliments. Et cela est vrai, non seulement de l'oxygène qu'il renferme, mais de tous les élémenls qui le composent à l'état normal. Toute variation, tout changement dans sa composition, lorsqu'ils dépassent certaines limites, deviennent une cause de moi t. L'oxygène en excès devient lui-même un poison, comme l'ont si bien démontré les travaux remarquables de P. Bert.

L'air atmosphérique réagit sur l'économie aussi bien par ses propriétés physiques que par sa composition chimique. En effet, s'il fournit au sang, milieu intérieur, une partie importante des éléments de rénovation de nos tissus, s'il est indispensable à

l'accomplissement des conibiiiaisons et des dédoublements qui s'accomplissent dans i'infimité de l'économie, il imprime aussi à nos fonctions des modalités différentes, suivant qu'il est plus chaud ou plus froid, plus dense ou plus raréfié.

Nous aurons donc à envisager l'air atmosphérique et son action sur l'organisme au doulilc point de vue de ses propriétés physiques et de sa composition.

L'air qui nous entoure est retenu à la surface du globe par la pesanteur et entraîné avec lui dans ses révolutions. Bien que les calculs qui ont été faits pour évaluer la hauteur de l'atmosphère soient sujets à contestation, on est généralement d'accord pour admettre que cette hauteur est d'environ 60000 mètres. On sait, depuis les expériences célèbres de Torricelli et de Pascal, que la pression atmosphérique équivaut, en moyenne, à une colonne de mercure de 70 centimètres. Cette pression se modifie d'ailleurs avec les lieux suivant différentes conditions, et elle entre comme un élément important dans la détermination des climats.

Enadmettantcomme chiffre moyen do la pression barométrique 76 centimètres, on peut évaluer à '20 000 kilogrammes environ la pression que supporte le corps de l'homme. Cette pression, également répartie dans tous les sens, fait équilibre à celle qu'exercent de dedans en dehors les gaz et les liquides de l'économie. On conçoit donc que l'intégrité dans la distribution, comme aussi à un certain degré dans la composition de ces derniers, sera étroitement liée au maintien de la pression atmosphérique au taux normal.

Quand l'organisme est soumis à des pressions qui descendent sensiblement au-dessous de la normale, on observe les effets suivants : les mouvements s'exécutent avec plus de difQculté, l'anhélation et la fatigue se produisent plus facilement; le pouls devient plus fréquent, d'autant plus fréquent que la pression barométrique baisse davantage, la respiration enfin s'accélère; on peut même voir se produire des hémorragies par la muqueuse respiratoire, si la diminution de la respiration est très grande; l'asphyxie survient, on le sait, dans le vide. Tous ces phénomènes qui sont le résultat de la diminution brusque de la près-

sion, s'ohsorvcnt surtout dans los ascensions et constituent ce qu'on appelle le mal des monluçjncs.

Lorsque les individus habitent les lieux où l'air est habituellement raréfié, les hautes «lontagnes, par exemple, on n'obsene plus les symptômes que nous venons de signaler, et qui sont dus au passage brusque d'une atmosphère à pression normale dans une atmosphère à pression moindre. Mais l'organisme s'adapte, en quelque sorte, aux conditions spéciales du milieu dans lequel il doit fonctionner : de là dans la con.stitulion, les habitudes, dans le mode des différentes fonctions physiologiques des différences bien nettes. Les habitants des hautes montagnes, comme ceux des plateaux de l'Anahuac, obligés de respirer un air moins dense, par conséquent à volume égal moins chargé d'oxygène, condamnés, d'autre part, à gravir des pentes rapides, à exercer un travail musculaire assez considérable, et obligés d'absorber pour suffire à ce travail une grande quantité d'oxygène, ont la poitrine plus large, très ample, avec une taille peu élevée; la respiration est plus fréquente, la circulation plus active, comme pour amener plus fréquemment le sang au contact de l'air dans l'intérieur des poumons. Il y a là une sorte de fonctionnement tout spécial des organes respiratoires et circulatoires tenant à la conformation particulière du thorax et à une habitude transmise par hérédité chez les indigènes, ce qui explique la difficulté que les Européens ont à s'acclimater, ne pouvant du jour au lendemain adapter le fonctionnement de leur organisme aux conditions nouvelles dans lesquelles ils se trouvent placés.

Activité plus grande de la respiration et de la circulation, si telles sont les conditions qui résultent de la diminution de la pression atmosphérique , on comprendra que les régions où cette pression est peu élevée ne sauraient convenir aux malades atteints d'affections confirmées du cœur. En revanche, les tempéraments lymphatiques, les individus à constitution faible, sans prédisposition marquée, toutefois, aux affections cardiaques, peuvent tirer un grand avantage du séjour dans les lieux secs et élevés ou dans certains de ces appareils en usage aujourd'hui dans nos climats d'altitude peu élevée, telles que les chambres à flir où l'on peut faire varier la pression.

Les effets que produit sur l'organisme l'augnicntation de la pression atmosphérique ont été bien étudiés, surtout dans ces dernières années, et les expériences de P. Bert ont jeté un -rand jour sur la question; c'est ainsi qu'il a montré qu'en dila- Uint de plus en plus l'atmosphère d'une cloche où est placé un oiseau, à l'aide de la décomposition graduée de cette atmosphère, on peut, en introduisant en même temps de plus en plus d'oxygène, permettre h celui-ci de pénétrer dans le sang et par suite dans' les tissus en quantité suffisante pour entretenir les combustions vitales à leur degré d'énergie normale.

La compression rend l'air plus chaud, plus hygrométrique, plus comburant. Dès qu'on pénètre dans une cloche à air comprimé on éprouve, au niveau des oreilles, une sensation plus ou moins pénible, quelquefois des douleurs excessivement vives, accompagnées de tintements aigus. Ces phénomènes s'expliquent par la distension que subit la membrane du tympan, par suite de la brusque rupture de l'équilibre entre la pression de l'air contenu dans l'oreille moyenne et celui du conduit auditif externe. Ces sensations pénibles ne durent d'ailleurs qu'un instant et, dès que l'équilibre est rétabli, elles disparaissent. Les ouvriers qui pénètrent journellement dans les tubes à air comprimé, par exemple, pour faire les fondations des piles de pont, suivant l'application qu'en a le premier faite M. Triger (fig. 5), s'y habituent à la longue, et bientôt ces sensations douloureuses cessent d'être perçues. Cependant on a maintes fois signalé chez ces ouvriers des surdités temporaires ou même permanentes.

Lorsque la pression augmente d'une ou deux atmosphères seulement, les respirations deviennent moins fréquentes, plus profondes; la circulation se ralentit, la peau delà face pâlit, les mouvements musculaires sont moins faciles. Des accidents graves peuvent survenir lorsque la pression atteint un degré élevé. cinq atmosphères, par exemple, et dans ce cas ils se produisent non pendant que le sujet est soumis à l'influence de la pression mais au moment de la décompression. Chez les ouvriers qui travaillent dans les tubes, on peut observer des douleurs musculaires ou articulaires parfois intensts, des congestions céré-

Fig. 3. — Schéma représentant le torage d'une pile de pont par les tubes à air comprimé (procédé Triger).

i;air. 51

braies, des hémorrlingies, qui sont dues au passage rapide d'une atmosphère plus dense dans une atmosphère moins dense. La décompression brusque peut amener la mort.

Si la pression augmente jusqu'à "10 atmosphères, la mort arrive avec des convulsions.

Les bains d'air comprimé ont été préconisés dans ces dernières années contre un grand nombre dafTections, surtout contre les atTections des poumons; bien que leurs bons effets aient peutêtre été systématiquement exagérés, ils n'en doivent pas moins être considérés comme une précieuse ressource, grâce à la propriété qu'ils possèdent de l'acihter l'hématose et les fonctions respiratoires.

La température de l'atmosphère est soumise à des influences nombreuses qui la modifient dans des limites étendues. L'air s'échauffant aux dépens de la terre, sa température est d'autant plus élevée que les rayons solaires tombent à la surface de notre sol, sous une incidence moins oblique.

Voici pourquoi les régions équatoriales sont beaucoup plus chaudes que les régions polaires, les premières recevant les rayons du soleil à peu près verticalement, tandis que les secondes les reçoivent au contraire très obliquement. De même, en hiver, les rayons solaires arrivant sous une incidence plus oblique, la température baisse, bien que la terre soit plus rapprochée du soleil qu'en été. D'autre part, les couches de l'atmosphère empruntant directement à la surface du globe leur calorique, elles seront d'autant moins chaudes qu'elles seront plus élevées, c'est-à-dire plus distantes du sol. Les modifications de la température sont donc soumises à l'induence de ces trois éléments principaux : la latitude, les saisons, l'altitude. Les écarts entre les températures maxima et les températures minima peuvent être d'ailleurs considérables. On a cité une température observée à l'ombre de — 47°, 4 à Esne dans la Haute-Egypte; la température de — 56°, 7 a été constatée par le capitaine Back, dans l'Amérique du >'ord. X Paris le maximum de température s'est élevé à 58°4 le 8 juillet 1793, et le minimum est tombé à — 25°, 6 le 26 décembre 1778 >'ous avons subi à Paris, en décembre

1879, des froids aussi rigoureux; à l'observatoire de Monlsouns, le thermomèlre s'est abaisse à — 24", 5.

Ces modilicatious dans la teinpéralure de l'almosphère ont sur l'organisme de grandes influences. L'homme, comme tous les animaux à sang chaud, possède, on le sait, la propriété de maintenir sa température intérieure à un chiflre qui est sensiblement toujours le même, 57'' à 57°, 5 (température axillaire). l'ourvu d'un système nerveux (pii, comme l'a montré Cl. Bernard, joue le rôle de régulateur, notre organisme réagit contre les températures trop élevées ou contre les températures trop basses, soit en labriquant plus ou moins de chaleur, soit en en consommant davantage.

Lorsque l'organisme est exposé à la chaleur, la circulation s'accélère, le pouls bat plus vile, la peau se couvre d'une sueur abondante, la respiration devient plus fréquente et l'exhalation pulmonaire plus active; grâce à cette perspiration cutanée et pulmonaire, l'équilibre de la température, que la chaleur extérieure tendait à rompre, est rétabli. Aussi dans les pays les plus chauds, la température intérieure de l'homme ne s'élève-t-elle (|ue dans une proportion restreinte.

J. Davy a observé que la température des habitants de l'île de Ceylan -dépassait à peine de 1 degré celle des habitants des régions tempérées. La température des matelots, prise après le passage de la ligne, a été trouvée supérieure de l",! à ce qu'elle était au moment du départ.

Sous l'influence des températures élevées, les mouvements volontaires sont moins énergiques, le système nerveux est plus excitable ; les statistiques ont établi que les crimes et les suicides étaient plus fréquents en été qu'en hiver.

La chaleur est plus difficilement supportée dans une atmosphère humide que dans un air sec. C'est qu'en effet, dans ces conditions nouvelles, la sécrétion de la peau et l'exhalation pidmonaire qui tendent, par leur exagération, à rétablir l'équilibre, sont entravées ou même empêchées. M. Delaroche n'a pu supporter que dix minutes un bain de vapeur porté de 57 à 51 degrés. Les expériences ont d'ailleurs démontré que la température du corps n'est susceptible de s'é-

LAIU. 35

lever que de peu de degrés. A 45 degrés, la mort arrive infailliblement.

Lorsque l'organisme est exposé à une basse température, l'hématose devient plus active, la quantité de chaleur produite est plus considérable et ainsi est rétabli l'équilibre. L'homme, d'ailleurs, ne peut résister aux températures basses qu'à la condition de se couvrir do vêtements, de se ménager des abris, de faire usage d'aliments appropriés aux circonstances, d'exécuter des mouvements suffisants, enfin d'être doué d'une certaine énergie morale et d'une bonne constitution. La température du corps peut descendre assez loin au-dessous de la normale, sans (jue la mort s'ensuive fatalement. Currie admet que le terme de '25 degrés est déjà menaçant pour la santé, et qu'au-dessous de iJo degrés, la mort serait inévitable si l'on n'était prompteraent soustrait à l'influence réfrigérante et réchauffé énergiquement.

Au point de vue de l'hygiène, l'air, comme le dit Aniould. « est à la fois un milieu et un ensemble de modificateurs d. Et ici il faut entendre cette définition de l'air dans le sens général du mot, et non dans un sens chimique ou physique. Il est à tous égards le premier élément de la vie; son intégrité est indispensable à nos fonctions essentielles et l'on pourrait faire reposer l'étude de l'hygiène presque tout entière sur l'énumération de l'examen des modifications qu'apportent à la vie de l'homme les variations de constitution qu'il subit. C'est surtout d'ailleurs par les substances étrangères qu'il renferme et transporte, que l'air importe à l'existence des êtres qui y respirent. Il convient donc de considérer, d'une part, les éléments normaux et, d'autre part, les éléments accidentels de l'air, ou, si nous voulons être plus exacts, de l'atmosphère. Force nous est de confondre, au point de vue de l'hygiène, celle-ci, milieu complexe, avec le composé d'oxygène et d'azote, ou air proprement dit, qui en forme l'indissoluble et principale partie.

Les éléments normaux que nous avons à envisager sont : ou essentiels, tels que l'oxygène et l'azote, ou accessoires, tels que la vapeur d'eau et l'acide carbonique ; quant aux éléments accidentels, ils comprennent les gaz, tels que l'oxyde de carbone,

54 TROISIÈME CONFÉRENCK.

rainnioiii:i(|iic, l'hydrogène sulfuiô, les hydrogènes carbonés, etc., et des solides tels que les poussières inorganiques et organiques et les germes à proprement parler.

Les variations des |)ropriêtés physiques et chimiques de l'air, (juî ont également une influence mar(|nt''e sur i'éipiilihre des fonctions de la vie, se rapportent aussi à la météorologie et aux climats qui sont plus parliculièrement étudiés dans les cours de physique et ne font pas partie des programmes de ces conférences.

On sait (pie l'air est un mélange d'oxygène et d'azote dans la proportion de 21 volumes du prenner pour 7*J du second.

La composition de l'air atmosphérique ne peut pas être considérée connue constante. Nous ajouterons que la proportion d'oxygène peut varier dans des limites assez étendues. D'après Morren, l'air recueilli à la surface des llaques d'eau, recouvertes d'une végétation abondante, peut contenir 2.5,67 d'oxygène pour 100. Cette énorme augmentation est évidemment due à la décomposition de l'acide carbonique par les végétaux. D'autre part, les recherches de Moyle et de Leblanc ont démontré que l'air des mines peut souvent contenir nne quantité d'oxygène très inférieure à la moyenne. D'après Théodore de Saussure, l'air des montagnes confient un peu plus d'acide carbonique que celui de la plaine.

L'air contient aussi de la vapeur d'eau, 5 à 16 millièmes, et de l'acide carbonique, de 5 à 6 dix-millièmes. Il renferme, en outre, de l'ammoniaque, de l'acide nitrique, des nitrites et des nitrates, des poussières inorganiques, des sels, des traces d'iode, de l'ozone, enfin, des corps organiques et même des êtres organisés, qui jouent un très grand rôle au point de vue de l'hygiène. L'une des premières questions qui s'imposent à l'attention de l'hygiéniste, est celle de la quantité d'air nécessaire pour l'entretien de la vie chez un adulte en bonne santé. On admet généralement qu'un homme adulte absorbe par heure de 10 à 25 litres d'oxygène et qu'il exhale de 15 à 20 litres d'acide carbonique. Il fait pénétrer dans ses poumons 10 000 litres d'air par jour, soif, par'conséquent, 417 litres d'air par heure. 11 faut donc qu'une cliambre dans laquelle l'air n'est point renouvelé pendant la

miil, c'esl-à-dire environ luiit henres, ait un cubage d'au moins 50 métrés par tête.

Il n'est pas impossible de vivre dans des conditions inférieures; mais il y a toujours là un danger pour la santé, car il est démontré que l'acide carbonique, à la dose d'un 7 millième, produit déjà des etTets toxiques appréciables. Xu reste la ventilation, l'aération et les autres moyens de renouveler l'air atténuent dans une certaine mesure les inconvénients des appartements trop étroits.

La moyenne ordinaire de proportion de l'oxygène dans l'air est de 20,96; c'est celle que Regnault a trouvée à Paris sur cent analyses. Angus Smith déclare que l'air commence à être mauvais quand il n'a que 20,6 d'oxygène. D'après ses recherches, on Irouve ;

Page 1