‹ Douze journées de la révolutionChapitre 22 sur 53 · POR»ET · texte numérisé non relu

POR»ET

PARIS

PERROTIN, ÉDITEUR

RUE DES FILLES-SAINT-THOMAS, N° 1, ET RUE NEUVE-DES-MATHURI.NS, N° 54 (CHAUSSÉE DANTIN).

M. DCCC. XXXII

(|>(|>(|)(p(lK|)(|)

Les Girondins formaient le parti modéré dans la Convention nationale; le talent de leurs chefs domina cette assemblée, tant que la République n'eut que des périls ordinaires à braver. Sans la crainte toujours renaissante de l'invasion étrangère , sans la tourmente et la ténacité des complots intérieurs, sans l'insurrection vendéenne, les Girondins eussent mené à bien les affaires de la République. Il y avait chez eux, patriotisme, lumières, dévouement, abnégation, courage, tout ce qu'il fallait pour traverser avec bonheur les orages qui naissent avec les nouvelles constitutions d'un pays; mais il leur répugna de donner leur sanction à ce caractère d'atrocité où des dangers inouXs semblaient pousser les Montagnards. Il est des époques heureusement fort rares où la vertu timide, celle qui a foi aux lois inaliénables de l'humanité , la vertu qui aime mieux se faire un échafaud pour elle que pour les autres , peut être présentée comme crime et trahison, aux peuples étourdis de calamités; c'est ce qui arriva aux Girondins; ils furent les victimes des circonstances plutôt que des hommes. Ils croyaient, eux, avec toute la bonne foi de leur patriotisme,

que les mesures ordinaires de répression suffisaient en des cas extraordinaires; l'événement les aurait justifiés peut-être, s'il leur eût été donné d'attendre l'événement; mais leurs formidables ennemis les Montagnards, qui n'avaient foi qu'aux échafauds, les perdirent facilement dans l'esprit du peuple; l car le peuple, lui, voulait être sauvé à tout prix, et, le bandeau du péril sur les yeux, il n'entrevoyait son salut que dans la terreur. Les Girondins furent sacrifiés.

Ils tombèrent ces hommes forts et généreux, non pas victimes des Montagnards, comme le disent les appréciateurs superficiels , mais victimes de la Vendée follement insurgée par des nobles qui se servaient de stupides paysans pour recouvrer leurs titres perdus; victimes de rémigration armée qui embauchait à l'ennemi; victimes de cette inexplicable fatalité, de ce désolant vertige, qui pèsent sur un peuple aux jours des grands désastres, et lui donnent une raison spéciale, qu'on appelle folie dès que les jours calmes sont revenus.

' Par peuple j'entends ici, comme en d'autres passages antérieurs, cette masse énergique, orageuse, incessamment active, qui prenait une part directe aux affaires législatives, quoique sa tribune fût dans la rue; elle influençait l'Assemblée, et, par contre-coup, ejle était à la disposition des chefs jacobins les plus audacieux.

Page 1