DU NEUF THERMIDOR
1 « L'État battait monnaie avec ce balancier. »
Allusion au mot de Barrèrc : Nous battons monnaie sur la place île la Révolution.
2 ■ Ce fut toi, doux rapsode, harmonieux Chénier ! »
La veille même du 3 thermidor la Terreur dévora Roucher l'auteur des Mois y et André Chénier, qui le premier tenta de ramener la poésie française à la simplicité antique. On sait que dans ses vers il ne cessait de célébrer sa Camille, comme Tibulle sa Lesbie, et Parny son Éléonore. Au moment de son supplice, il se frappa vivement le front avec la main en prononçant ces paroles : Et pourtant f avais quelque chose, là.
3 « Il s'y rend aujourd'hui, solitaire et rêveur, h
Depuis trente-six jours Robespierre avait cessé de paraître au Comité de salut public ; il affectait de s'isoler de la Convention , et se rendait chaque soir aux séances des Jacobins. C'est là qu'il commençait à semer ses accusations : il dénonçait comme les plus dangereux ennemis de la patrie, Fouché, Bourdon de l'Oise, Fréron, Merlin de Thionvillc, Legendrfe, Lecointre de Versailles, Bar-
ras, Dubois-Crancé , Dumont , Rovère , et sur-tout Tallien. Il embrassait, dans ces sourdes proscriptions, les principaux chefs de la Montagne et les membres des deux Comités.
Enfin le 8 thermidor il se détermina à ouvrir son attaque à la tribune de la Convention , où il n'était pas monté depuis longtemps. Le but de son discours est de prouver qu'on l'a calomnié en lui attribuant le système de la terreur ; il cherche à séparer sa cause de celle de ses collègues, et termine par une violente catilinaire contre les ambitieux, les intrigans et les fripons qui ne s'étaient fait des cadavres qu'un marchepied pour arriver à la tyrannie.
L'impression de ce discours est d'abord décrétée; mais, sur la proposition de Billaud-Varennes et autres députés , ce décret est rapporté à une grande majorité, et aux cris de Vive la République ! Ainsi finit la séance du 8 thermidor.
4 « Tallien fait jaillir sa parole de lave. »
A peine la séance du 9 thermidor est-elle ouverte, que Saint- Just commence la discussion ; il est interrompu par Billaud-Varennes. Celui-ci donne des détails sur la séance des Jacobins du 8, et affirme qu'ils ont résolu d'égorger la Convention en masse ; il ajoute que la force armée est confiée à des mains parricides , et dénonce Hcnriot, avec son état-major, Fleuriot, Payan, et toute la Commune de Paris.
En ce moment, Tallien s'élance à la tribune : « Les conspirateurs ««sont démasqués, dit-il; ils seront bientôt anéantis, et la vérité « triomphera... L'ennemi de la Convention tombera... J'ai vu hier « la séance des Jacobins , j'ai frémi pour la patrie ; j'ai vu se for- « mer l'armée du nouveau Cromwell , et je me suis armé d'un «poignard pour lui percer le sein, si la Convention n'a pas le
« courage de le décréter d'accusation. >• Il termine en demandant la permanence des séances et l'arrestation d'Henriot. Ces propositions sont adoptées.
Billaud-Varennes, Barrère, Vadier, Bourdon de l'Oise, prirent successivement la parole pour élever de nouveaux chefs d'accusation contre Bobespierre, et chaque fois que ce dernier se levait pour se défendre , il était interrompu par des cris unanimes : A bas le tyran ! Tantôt il escaladait le fauteuil du président , tantôt il se cramponnait à la tribune; un combat restait engagé entre sa voix et celle des conventionnels qui lui criaient de se taire. «Pour la dernière fois, s'écria-t-il , je te demande la pa- « rôle , président des assassins ! » On refuse de l'entendre ; il est décrété d'accusation.
Alors le jeune Bobespierre s'écrie : « Je suis aussi coupable « que mon frère; je partage ses vertus , je demande aussi le décret « d'accusation contre moi. » Sa demande est accueillie. Le même décret est ensuite lancé , aux cris de Vive la liberté ! Vive la République ! contre Saint-Just, Couthon , et Lebas, qui ont réclamé le même privilège. Ils sont amenés à la barre, puis, sur l'ordre de l'assemblée, conduits par des gendarmes au Comité de sûreté générale.
5 « Nulle prison ne veut ouvrir sa porte immonde « A celui qui voulait emprisonner le monde. »
Quand les gendarmes se présentèrent à la prison du Luxembourg avec Bobespierre et ses compagnons , le geôlier refusa de les recevoir, déclarant qu'il loi fallait un ordre de la Commune; il fallut chercher une autre prison. Pendant ce temos, Henriot à cheval, parcourait les rues en proclamant l'insurrection ,
et répandait des troupes dans tous les environs des Tuileries ; les prisonniers furent délivrés ; eux-mêmes marchaient à la tête des gendarmes chargés de les conduire.
6 « Tallien a frémi »
A la nouvelle de la délivrance de Robespierre, la Convention déjà triomphante tomba dans l'étonnement et la stupeur. Collot-d'Herbois , président , s'écrie : « Jurons tous de mourir sur « nos chaises curules. » C'est alors que Tallien monte à la tribune : « Tout conspire pour le salut de la Convention et la liberté « de la France ; Robespierre par sa révolte et celle de ses com- « plices vient de nous conduire à la seule mesure qui fût prati- « cable envers un tyran. Grâce au ciel , pour en délivrer la « patrie , nous n'avons plus à attewdre la décision peu sûre d'un « tribunal formé par lui-même. Jl aie premier porté son jugement: « mettons-le hors la loi avec tous ses complices. Frappons du « même décret la Commune rebelle, que sur l'heure elle soit in-
« vestic que le soleil ne se lève pas avant que la tête des con-
« spirateurs ne soit tombée. »
Tous ces décrets sont à l'instant portés. Rarras, escorté de dixhuit cents hommes et de canons , s'avance vers la place de Grève sur deux colonnes ; l'une investit l'Hôtcl-dc-Ville, et l'autre, précédée par deux Députés et les huissiers de la Convention , portant des torches allumées , se range sur la place; les décrets de mise hors la loi sont lus à haute voix. Ce grand événement se passait dans la nuit du 9 au 10 thermidor. L'Ilôtcl-de-Ville est envahi : Robespierre et ses partisans sont arrêtés, à l'exception de Lebas qui se brûle courageusement la cervelle; à neuf heures du matin ils sont conduits à la Conciergerie , et, le même jour, à quatre heures du soir, sur la place de la Révolution.
31 MAI 1793l
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