‹ Douze journées de la révolutionChapitre 35 sur 53 · DU TREIZE VENDÉMIAIRE · texte numérisé non relu

DU TREIZE VENDÉMIAIRE

BONAPARTE

1 « La reine de la France.

Au moment de déposer ses pouvoirs, la Convention voulut garantir par ses décrets la durée de la Constitution nouvelle. Ce qui suit est extrait de M. Thiers , dans son Histoire de la Révolution française.

« Chez un peuple mobile, qui , après avoir vécu quatorze siècles sous la monarchie, l'avait renversée dans un moment d'enthousiasme , la République n'était pas tellement dans les mœurs , qu'il fallût en abandonner l'établissement au seul cours des choses. La révolution ne pouvait être bien défendue que par ses auteurs. La Convention était composée en grande partie de constituans et de membres de la Législative ; elle réunissait les hommes qui avaient aboli l'ancienne constitution féodale , le 1 4 juillet et le 4 août 1789, qui avaient renversé le trône au io août, qui avaient, le 21 janvier, immolé le chef de la dynastie des Bourbons, et qui , pendant trois ans , avaient fait contre l'Europe des efforts inouïs pour soutenir leur ouvrage. Eux seuls étaient capables de bien défendre la révolution consacrée dans la Constitution directoriale. Aussi, ne se targuant pas d'un vain désintéressement , ils décrétèrent , le 5 fructidor (22 août), que le nouveau corps législatif se compose-

rait des deux tiers de la Convention, et qu'il ne serait nommé qu'un nouveau tiers. La question était de savoir si la Convention désignerait elle-même les deux tiers à conserver, ou si elle en laisserait le soin aux assemblées électorales. Après une dispute épouvantable, il fut convenu , le 1 3 fructidor (3o août) , que les assemblées électorales seraient chargées de ce choix

« A peine ces résolutions furent-elles prises, que les ennemis si nombreux et si divers de la Convention en furent désolés. Peu importait la Constitution àla plupart d'entre eux , toute Constitution leur convenait , pourvu qu'elle donnât lieu à un renouvellement général de tous les membres du gouvernement. Les royalistes voulaient ce renouvellement pour amener des troubles , pour réunir le plus grand nombre possible d'hommes de leur choix , et pour se servir de la République même au profit de la royauté ; ils le voulaient surtout pour écarter les conventionnels , si intéressés à combattre la contre-révolution , et pour appeler des hommes nouveaux, inexpérimentés, non compromis, et plus aisés à séduire. »

La Convention et les armées acceptèrent avec enthousiasme la Constitution et les décrets. Paris seul , foyer d'ambition , d'intrigue et de royalisme, se montra rebelle à la Convention. De toutes les sections, celle des Quinze-Vingts fut la seule qui demeura fidèle ; les autres se préparèrent à une vigoureuse résistance, et arrêtèrent un vaste plan d'insurrection , dont le centre commun était au couvent des Filles-Saint-Thomas , dans la section Lepelletier.

2 « Le faible Menou,

« Aux pieds de la révolte a ployé le genou. »

Mcnou avait le courage des camps , mais il manquait de ce sangfroid, de cette décision prompte, si nécessaires dans les crises

civiles. Le 12 vendémiaire, à quatre heures du soir, il marcha sur la section Lepelleticr, à la tête d'un corps nombreux de troupes, et suivi des Représentans du peuple nommés commissaires près l'armée de l'intérieur. Il entra dans le couvent, accompagné de Laporte, et somma les insurgés de rendre leurs armes et de se dissoudre. Les sectionnaires répondirent avec fermeté, et, après quelques vagues promesses d'obéir, ils forcèrent Menou à faire retirer ses troupes. La Convention , indignée de la faiblesse de son général , se hâta de le remplacer ; elle donna surle-champ le commandement des forces à Barras , qui le g thermidor avait exercé ces fonctions avec la plus grande énergie. Celui-ci eut assez de prudence pour craindre d'accepter seul cet immense fardeau , et assez de courage pour en faire l'aveu ; il demanda et obtint pour commandant en second, Bonaparte.

3 « Lafond et Danican »

A ces deux chefs de l'insurrection, il faut joindre encore le comte de Maulevrier et le général Duhoux. La Vendée était à la tête des sections rebelles. Danican, après avoir servi dans l'armée républicaine, sous Hoche, fut destitué et vint se cacher à Paris, où il pratiqua long - temps de sourdes machinations. Dans la journée du i3 vendémiaire , il fut un des premiers à fuir devant le feu de la Convention. Lafond était un émigré rentré clandestinement ; après la déroute des sections , il fut le seul des chefs qu'on mit en jugement. Son obstination à avouer son crime et à déclarer sa qualité d'émigré empêcha le tribunal de lui faire grâce. Il fut condamné à mort et fusillé.

4 « L'espoir luit-il encor sur les Représentans?»

Au moment où les sections rebelles s'avancèrent pour assaillir la

Convention, une sorte de crainte et d'incertitude se manifesta dans la salle. Des fusils et des cartouches furent apportés pour être distribués à tous les membres , comme dernier moyen de salut. On délibéra même si la .Convention en masse ne sortirait pas pour aller se réfugier sur les hauteurs de Montmartre.

5 « Toulon? A ce nom seul vous avez tous frémi. »

L'incapacité militaire avait présidé aux premières opérations du siège de Toulon ; aussi ce siège traînait-il en longueur. On sait que ce fut Bonaparte qui suggéra l'idée d'attaquer le Petit-Gibraltar, formidable redoute que l'armée anglo-espagnole avait construite sur un mamelon, au fond de la rade. Le Petit-Gibraltar, une fois au pouvoir des Français , la flotte ennemie , ancrée dans la rade, était nécessairement perdue, et Toulon pris.

6 « Et son fort de Faron »

Le fort de Faron est bâti sur une montagne au pied de laquelle est Toulon. Toute cette montagne est défendue par une ligne de fortification qui aboutit à ce fort. Les Français le prirent d'assaut.

7 « Lamalgue »

Un des plus beaux forts de l'Europe, bâti par Vauban , situé sur une colline , dominant la ville, la campagne, la rade et la mer.

« L'horizon s'alluma »

Cet orage est historique ; il est resté comme point de comparaison dans la mémoire des Toulonnais. Les histoires, qui négligent ordinairement les accessoires poétiques , ont pourtant enregistré l'orage épouvantable qui servit d'accompagnement à la prise du Petit-Gibraltar.

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? « Il fallait au héros , digne de cette fête, « Son baptême de sang, sa blessure à la tête. »

C'est à tort qu'on prétend que Bonaparte reçut sa première blessure à Ratisbonne ; ce fut à Toulon , où il fut blessé à la tête par un éclat de rocher.

10 « Paris lui confia sa dernière bataille. »

Il était quatre heures et demie; Bonaparte, accompagne de Barras , monte à cheval dans la cour des Tuileries , et court au poste du cul-de-sac Dauphin , faisant face à l'église Saint-Roch. Les bataillons sectionnaires remplissaient la rue Saint-Honoré , et venaient aboutir jusqu'à l'entrée du cul-de-sac. Un de leurs meilleurs bataillons s'était posté sur les degrés de l'église Saint-Roch, et il était placé là d'une manière avantageuse pour tirailler sur les canonniers conventionnels. Bonaparte, qui savait apprécier la puissance des premiers coups , fait sur-le-champ avancer ses pièces , et ordonne une première décharge. Les sectionnaires répondent par un feu de mousqueterie très vif; mais Bonaparte les couvrant de mitraille , les obligea à se replier sur les degrés de l'église Saint- Roch. Il débouche sur-le-champ dans la rue Saint-Honoré, et lance sur l'église même une troupe de patriotes qui se battaient à ses côtés avec la plus grande valeur, et qui avaient de cruelles injures à venger. Les sectionnaires , après une vive résistance , sont délogés. Bonaparte , tournant aussitôt ses pièces à droite et à gauche , fait tirer dans toute la longueur de la rue Saint-Honoré. Les assaillans fuient aussitôt de toutes parts, et se retirent dans le plus grand désordre. Bonaparte laisse alors à un officier le soin de continuer le feu et d'achever la défaite. Il remonte vers le Carrou-

sel et court aux autres postes. Partout il fait tirera mitraille, et voit partout fuir ces malheureux sectionnaires..... Bonaparte place plusieurs batteries sur le quai des Tuileries , qui est parallèle au quai Voltaire ; il fait avancer les canons placés à la tété du Pont- Royal , et les fait pointer de manière à enfiler le quai par lequel arrivent les assaillans. Ces mesures prises , il laisse approcher les sectionnaires; puis, tout-à-coup, il ordonne le feu. La mitraille part du pont, et prend les sectionnaires de front ; elle part du quai des Tuileries, et les prend en écharpe : elle porte la terreur et la

mort dans les rangs A six heures, le combat, commencé à

quatre heures et^demie, était achevé. ( Thieri.)

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