‹ Douze journées de la révolutionChapitre 37 sur 53 · P0B«ET · texte numérisé non relu

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PARIS

PERROTIN, ÉDITEUR

RUE DES FILLE S-SAINT-THOM AS, N« I, KT RUE NEUVE-DES-MATHURINS, N° 54 (CHAUSSÉE D'ANTIN).

M. DCCC. XXXII

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Les bornes étroites de ces introductions nous empêchent de tracer le chaînon des événemens depuis le i3 vendémiaire an IV jusqu'à cette dernière journée, et de suivre la République dans ses innombrables phases de triomphes et de revers. A l'époque du retour d'Egypte, la France avait perdu tout le fruit de ses anciennes conquêtes en Italie, et son territoire était menacé par la frontière du Var. En même temps un malaise général se manifestait à l'intérieur; une immense inquiétude agitait toutes les classes des citoyens, lassés de la stagnante Constitution de Tan III et du gouvernement pourri des Directeurs.

Au milieu des sables du désert, Bonaparte épiait avec attention les événemens de l'Europe, les fautes du Directoire, et la maturité d'un changement dans la République. L'Egypte n'était plus pour lui qu'une terre de bannissement; il était affamé de retour.

Le malheureux succès de son expédition eût peutêtre effacé les souvenirs de sa première gloire , si , au lieu de l'Egypte, elle eût eu pour théâtre l'Italie ou l'Allemagne; mais il pensait que sa dernière campagne

était comme un épisode à part, détaché de l'histoire générale; que le Directoire n'aurait pas oublié ses services au i3 vendémiaire, et tous les citoyens ses victoires en Italie. Il ne se trompait pas : une sorte de prestige merveilleux s'attachait à son grand pèlerinage militaire; quand il posa le pied sur le rivage de Fréjus, on oublia sans peine et la destruction totale d'une superbe flotte et le délaissement d'une armée en Afrique. La France entière battit des mains à sa venue , elle ne vit plus en lui que l'homme capable d'amener une crise salutaire , en refondant sans retard l'organisation politique.

Peu de jours suffirent à Bonaparte pour connaître à fond la disposition des esprits, et pour arrêter tous les détails de son gigantesque plan : calme et insoucieux en apparence, dans sa retraite de la rue Chantereine, il attachait à sa fortune les plus illustres généraux de l'armée et les membres les plus influens des deux Conseils. Il avait la conscience de ses forces, l'intuition de son avenir ; il trouvait des raisons plausibles pour justifier d'avance ses usurpations; à lui seul le droit de détruire son propre ouvrage, de casser une Constitution qu'il avait maintenue, de ressaisir dans les mains du Directoire l'autorité qu'il lui avait faite, de nous reprendre la liberté qu'il nous avait donnée.

Il ne fallait pas moins pour justifier un dix-huit brumaire que quatorze ans de guerres victorieuses au-dehors, et de paix profonde au-dedans.

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