‹ Douze journées de la révolutionChapitre 39 sur 53 · DU DIX-HUIT BRUMAIRE · texte numérisé non relu

DU DIX-HUIT BRUMAIRE

1 « Sur le pont de Saint-Cloud Bonaparte a passé. »

Le décret de translation des Conseils à Saint-Cloud fut rendu le 18 brumaire. La consommation du vaste plan de Bonaparte n'eut lieu que le lendemain. Toutes les dispositions avaient été prises ; les troupes de Paris étaient encore électrisées par la revue de leur général , et disposées à obéir aveuglément à lui seul. Moreau s'était chargé du poste du Luxembourg où il tenait les Directeurs en état de siège. Lannes commandait un corps aux Tuileries. Une réserve fut placée au Point-du-Jour , sous les ordres de Serrurier, et Murât, avec une nombreuse cavalerie, et un corps de grenadiers occupait le pont de Saint-Cloud. Les seuls généraux à redouter étaient Bernadotte et Jourdan ; mais ils n'osaient agir par eux-mêmes , et attendaient inutilement les ordres du Conseil des Cinq-Cents.

A quatre heures, Bonaparte se rend aux Anciens, et force les hommes indécis, par ces énergiques paroles qui terminent son

:m notes.

discours : « Tremblcrai-je devant des factieux, moi, que la coali- « tion n'a pu détruire? Si je suis un perfide , soyez tous des Brutus ; « et vous , mes camarades , qui m'accompagnez, vous braves grena- « diers que je vois autour de cette enceinte, que ces baïonnettes « avec lesquelles nous avons triomphé ensemble se tournent contre « mon cœur. Mais aussi, si quelque orateur soldé par l'étranger, « ose prononcer contre votre général les mots hors la loi, que la « foudre de la guerre l'écrase à l'instant ! Souvenez-vous que je « marche accompagné du dieu de la guerre et de celui de la for- « tune. »

2 a Oui , Bonaparte eut peur »

En sortant des Anciens , Bonaparte se présente aux Cinq-Cents , où s'annonçait une plus vigoureuse opposition. A peine a-t-il parcouru la moitié de la salle, qu'une immense partie des Députés se lève en poussant des cris de fureur : A bas le tyran ! à bas le dictateur ! le nouveau Cromwell ! hors la loi ! Un d'entre eux se précipite vers lui en lui adressant ces paroles : « Que faites-vous, téméraire? « vous violez le sanctuaire des lois , retirez-vous ! » Bonaparte s'était avancé seul ; il avait laissé à la porte le peloton de grenadiers qui l'avait accompagné ; il se vit en peu de temps environné d'une foule immense, qui faisait entendre les plus menaçantes imprécations. Cette scène terrible et imposante le frappa d'irrésolution ; il n'osa rester dans la salle, et ne tarda pas à se retirer dans un désordre moral empreint sur son visage.

3 « Il n1a pas même vu l'ombre du Montagnard

« Qui fit luire à son front le reflet d'un poignard. »

On a voulu contester le fait de ce poignard dirigé contre Bo-

NOTES. 3i)5

naparte ; quelques écrivains même le regardent comme une fable inventée pour excuser la violence militaire exercée contre la représentation nationale; mais cette opinion est évidemment empreinte de mauvaise foi; car, s'il est permis de croire que plus tard on eût pu chercher à exagérer les dangers courus en ce moment par Bonaparte, il serait absurde de supposer que, dans la chaleur même de l'action, on ait concerté spontanément ce moyen puéril; que Bonaparte ait dit qu'on avait voulu l'assassiner, et que Lucien, forcé de quitter la salle, ait adressé en même temps ces paroles aux grenadiers au milieu desquels il s'était placé : « Quant à ceux qui restent dans l'Orangerie , que la force •« les en expulse. Ces brigands ne sont plus les représentans du «peuple, mais les représentans du poignard... Que ce titre leur » reste, qu'il les suive partout... Et lorsqu'ils oseront se montrer « au peuple , que tous les doigts les désignent sous ce nom mérité « des représentans du poignard... »

4 « Viens , Murât »

Bonaparte se décide à faire marcher les grenadiers sur l'Assemblée. Il monte à cheval avec Lucien , et. parcourt le front des troupes Murât et Leclerc ébranlent alors un bataillon de grenadiers , et le conduisent à la porte du Conseil des Cinq-Cents. Ils s'avancent jusqu'à l'entrée de la salle. A la vue des baïonnettes, les Députés poussent des cris affreux, comme ils avaient fait à la vue de Bonaparte ; mais un roulement de tambours couvre leurs cris. Grenadiers, en avant! s'écrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et dispersent les Députés qui s'enfuient les uns par les couloirs, les autres par les fenêtres. En un instant la salle est

évacuée, etRonaparte reste maître de ce déplorable champ de bataille. (Thiers.)

5 « Chasse ces avocats »

On sait que Bonaparte et ses partisans désignaient par le mot iV avocats ceux qui gouvernaient alors la République.

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