‹ Douze journées de la révolutionChapitre 41 sur 53 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Depuis la défection de Dumouriez, jamais défection n'a fait autant de bruit que celle qu'on a bien voulu inventer en ma faveur.

Dumouriez avait sauvé la France, c'était un tort ; il ne songeait pas du tout à trahir; mais l'envie subalterne lui fit crier si souvent aux oreilles qu'il trahissait, que le spirituel général aima mieux porter sa tête aux ennemis qui la lui laissèrent, qu'à lechafaud parisien qui l'aurait coupée. C est l'histoire de bien des

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défections; il y en a cent dans ce genre chez les Romains et les Grecs. On lasse les hommes purs par d'incessantes criailleries; et quand dans un accès d'humeur philosophique ils tournent le dos à l'orage , on leur crie qu'ils ont défectionné.

Je ne suis pas Dumouriez, je n'ai pas sauvé la France, je nai qu'un triste nom de poëte qui ne vaut pas la peine d'être imprimé; mais (qu'on me pardonne de comparer ma petite histoire aux grandes) si j'avais été républicain de conviction, j'aurais abdiqué ma conviction dans cette circonstance, et, comme les généraux faisaient de leur épée, j aurais jeté ma plume de dégoût et d'ennui.

Car de quelle manière a-t-on procédé à mon égard? Ces hommes de liberté qui se récrieraient tant et avec raison, si un tribunal négligeait une seule des formes conservatrices des procédures, s'il condamnait sans enten-

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