TROISIÈME
JOURNÉE
Paris a reconquis son roi.
( Paroles de Bailli. )
Quand les palais des rois vont crouler sous la cendre , Qu'importe aux courtisans les clameurs de Gassandre ! Que leur font ces avis, tonnerres éloquens Qui révèlent un sol où dorment les volcans !
Les hymnes des festins, les joyeuses cithares , Couvrent le grondement qui sort des solfatares ; Sur un drap mortuaire on danse sans frissons.
Après quatre mille ans de terribles leçons ,
Sous le brouillard de feu dont le dais l'enveloppe,
Voyez dans ses parfums s'endormir Parthénope :
Elle ne quitte point le Pausilippe aimé,
Le pin harmonieux sur ses laves semé ,
Ses collines d azur par l'oranger couvertes ,
Son oreiller de rose et son lit d algues vertes ,
Sa coupe étincelante où tombe le raisin ;
Et puis elle frémit , quand le volcan voisin ,
Las de lui révéler sa colère prochaine,
Ouvrant sa gueule rouge, en hurlant se déchaîne,
Et, dans le sol ouvert , partout ensevelit
[..e calme Sibarite étendu sur son lit.
Oui, tant que l'homme heureux, à la tête frivole, Verra son avenir dans le présent qui vole, Tant qu'il ne prêtera que des organes sourds Aux voix des siècles morts qui lui parlent toujours, Qu'il n'accuse que lui, si la noire tempête Le saisit ivre mort dans quelque nuit de fête; Ses yeux voilés d'orgueil auraient dû le prévoir : Le passé qui conseille avait fait son devoir.
Les Rois, surtout les Rois! Ceux-là, dans tous les âge* Ont constamment fermé leur paupière aux présages ; C'est encore aujourd hui comme aux siècles premiers Quand la foudre tombait sur les royaux cimiers , Quand le poignard frappait un roi du Bas-Empire, Sur le trône sanglant il en montait un pire,
Un , qui baissant les yeux sur un passé récent , Dédaignait la leçon écrite avec du sang. Tel va le monde : aussi la clameur des poètes Ne retentirait pas sur ces royales têtes , Si le sort qui préside aux augustes malheurs Ne frappait en tombant que les rois et les leurs ; Mais ce sang qui des Cours enregistre les fautes Rejaillit et se fige aux têtes les moins hautes, L'ouragan qui meurtrit le trône le plus beau Va tourmenter le pauvre assis sur l'escabeau , Et bien qu'aux yeux de tous la chose soit notoire , La main du courtisan qui trace leur histoire , D'un coupable avéré contrainte à faire un choix, Incrimine le peuple et disculpe les rois. Il est temps que le peuple ait aussi son Plutarque : Disculpons le sujet des fautes du monarque;
Qu'au poids réparateur de l'austère équité Le salaire du crime enfin soit acquitté.
Certes ! dès que le ciel , conseiller salutaire ,
Des débris de huit tours couvre un arpent de terre,
Lorsque pour secouer un roi dans sa torpeur
Il transforme d'un coup la Bastille en vapeur,
Et qu'enivrant les tours , les palais et les dômes ,
Il fait trembler le sol sous un tremblement d'hommes ,
Alors , ouvrant les yeux vers le noir horizon ,
Un roi doit accueillir la tardive raison ;
Sa Cour insoucieuse aux fentes du cratère
Pour écouter l'orage un instant doit se taire,
Rendre la coupe pleine aux mains des échansons,
De l'historique voix méditer les leçons ;
Car un seul jour de plus dans la coupable orgie
Agrandit le volcan sur sa base élargie,
Un seul jour de vertige et de dédain moqueur
Irrite jusqu'aux os tout un peuple vainqueur,
A la froide pitié prépare la victime,
Soulève la vengeance et la fait légitime.
Eh bien ! non ; quand le ciel en un langage clair
Écrirait l'avenir sur les pages de l'air,
Et que pour dissiper un vertige tenace
Il prendrait cette voix qui parle la menace ,
Rois, reines, courtisans, sur F abîme joyeux,
Du céleste écriteau détourneraient les yeux,
Pour ne les plus rouvrir qu'à cette suprême heure
Où du rouge billot la hache les effleure.
O démence! engourdis par vos larges repas,
Hébétés par l'orgueil, vous ne soupçonnez pas
Que le drame du peuple à peine au premier acte Épouvante les airs d un bruit de cataracte , Et qu'on ne trouve plus une assez forte main Pour dompter ce torrent qui se creuse un chemin ; Oui, vous avez raison; il faut qu'un palais rie, Que l'insolente Cour danse à l'Orangerie ; D'une chasse royale il faut jouir encor; Il faut jeter aux bois les sons légers du cor, Et que Versaille entier , dans sa joyeuse allure , Au vent des grandes eaux livre sa chevelure ; Il faut railler le peuple, il est si faible : allons ! Que le bal de la nuit ébranle vos salons, Que du parvis au toit le château s'illumine ! Paris n'a pas mangé, Paris meurt de famine, C'est bien : chargez la table , avides courtisans , Arrondissez autour vos visages luisans,
Buvez les vins sortis des royales vendanges ,
Les vins dont s'inondaient Pompadour et Fontanges.
C'est bien, l'orgie est pleine ! Ils sont là par milliers
Tous ces nobles armés du fer des chevaliers;
Sur la table, à leur tour, ils font leur jeu de paume ,
Ils jurent à Louis de sauver son royaume, '
Leur délire s'exalte au nom de Fontenoi;
Devant la France entière ils ouvrent le tournoi ;
Sublimes fanfarons, dans leur rage trompée,
Contre le peuple absent ils brandissent l'épée,
Et les dames au cintre assises sur les bancs
Font pleuvoir sur leurs fronts les fleurs et les rubans.
Non ce n'est point assez pour cette nuit folâtre;
Montrez, montrez l'idole à ce peuple idolâtre,
Que la royauté passe au milieu de ces rangs,
Qu'elle sème partout ses parfums enivrans,
Que de ses propres mains elle agite la braise : Voici Louis ! voici la fille de Thérèse ! Gomme pour rappeler de maternels destins , Elle montre son fils aux nouveaux palatins , Elle jette en passant ces paroles de flamme Qui troublent la raison et s'attachent à lame ; Entremêlant sa voix à leurs bruyans accords , Aux airs séditieux des flûtes et des cors , La royale Gircé subjugue les convives ; Anathème sur eux! de leurs mains convulsives, De leurs pieds insultans, sur le parquet vineux, De la sainte cocarde ils salissent les nœuds ; Et nul front ne pâlit, et sur une colonne Aucune main n'écrit l'arrêt de Babylone ! Point de prophète noir qui de son bras divin Renverse sous leurs yeux les amphores de vin !
Une voix du dehors seule attriste les âmes, Une nocturne voix, mais c'est la voix des femmes, Etres aux faibles mains qui viennent à grands cris Leur demander un pain qu'on leur cache à Paris ; Que craindre d'elles? rien, rien; poursuivez l'orgie, Sur la cire qui meurt rallumez la bougie ; Hautes dames de cour fières sur vos plians , Fermez, fermez l'oreille aux pauvres supplians; Hommes d'armes, debout! que la balle extermine Ces vassaux criminels qui parlent de famine, Car la Cour a mangé; dragons de Bezenval , Arrière les mutins, sabre en main, à cheval !
O terreur ! les voici ! les larges avenues
Se noircissent au loin de femmes demi-nues,
LE PEUPLE A VERSAILLES. 7f>
Aux obscènes haillons, aux visages meurtris; Le tourbillon informe élancé de Paris Déborde par Saint-Cloud, par la route de Sèvres; Elles sont là, hurlant, la rage sur les lèvres, Les yeux tout flamboyans dune horrible lueur, Tordant les poings souillés de fange et de sueur; De la race de l'homme effroyables femelles, Elles livrent aux yeux leurs bras et leurs mamelles, Entre-choquent leurs cris , mêlent leurs rangs confus , Au milieu des chevaux, des caissons, des affûts; Sur ces groupes sans nom qui piétinent l'arène , L'ardente Méricourt domine en souveraine;2 Debout sur un canon comme sur son pavois, Elle exalte les rangs du geste et de la voix ; On distingue au milieu de ses sœurs de bataille La blancheur de son teint et le fût de sa taille;
A sa mâle vigueur la grâce n'a pas nui; Désormais, du boudoir fuyant le mol ennui, Une lance à la main , la tête échevelée , Elle marche aux périls comme Penthésilée ; Nul homme assez hardi, piéton ou cavalier, Ne jouterait contre elle en combat singulier; Le sabre et le fusil pendent à ses épaules : On croirait voir passer la prêtresse des Gaules ; C'est la Pythie en feu qui sur ce noir essaim Souffle le dieu caché qui suffoque son sein, Là, s'agitaient aussi dans la horde androgyne Ces chefs puissans d'audace et larges de poitrine, Qui toujours, quand sonna l'heure d'un grand péril, Trouvèrent sous la main la pique ou le fusil : Hullin, qui le premier sous la cocarde verte3 Bondit d'un pied vainqueur dans la Bastille ouverte,
Et Maillard que juillet compte dans ses héros4, Que septembre inscrira dans les noms des bourreaux, Et tous ces hommes forts aux sinistres colères Dans les jours de vengeance étendards populaires. Gomme on voit ruisseler les laves d'un volcan , Gomme les flots d'un fleuve, ainsi marche ce camp; Le canon pour escorte et le tambour en tête , Paris vient cette fois présenter sa requête.
Maintenant, ô Versaille ! il est temps de frémir; Dans cette longue nuit garde-toi de dormir; Hâtez-vous, défenseurs de l'auguste famille, Voilées assiégeans : fermez, fermez la grille; Silence ! cachez-vous sous vos larges vitraux ; L'ours a flairé sa proie à travers les barreaux;
Sur les flancs du château qui palpite de crainte,
L'immense bataillon resserre son étreinte ;
Il prélude à l'assaut par de sinistres jeux :
Le nocturne bivac étincelle de feux ;
Au reflet des charbons attisés par les piques
Les bacchantes en cercle entonnent leurs cantiques;
Elles tressent leurs mains, et d'un pied qui bondit
Passent en tournoyant sous le palais maudit.
Et voilà tout-à-coup qu'un vaste cri résonne :
Une issue est ouverte à l'armée amazone ;
Tout ce peuple se rue au milieu des débris ,
Son bras dévastateur mutile les lambris;
Nuit de deuil ! pourras-tu dans tes sombres abîmes
Couvrir ce long recueil d'attentats anonymes^*
Ce carnage fumant dans le royal séjour,
Ces cadavres jetés aux pavés de la cour,
Ces têtes qui la veille élégamment coiffées
S'élèvent sur des pieux en signe de trophées ,
Et ce boucher hideux, ce Moloch rugissant,
Qui mange des chairs d'homme et se lave de sang?
Non, sur ce noir tableau le jour perçant doit luire,
Ce pontife du meurtre est là pour nous instruire ;
Méditons bien ceci : dans ces graves momens
Où le ciel veut donner ses hauts enseignemens,
D'une main invisible il suscite et promène
Les grands exécuteurs de la justice humaine.
Là, dans ce noir chaos de tant d'hommes hideux
Apparut comme un spectre un homme inconnu d'eux;
D'où vient-il? on ne sait: quel est son nom ? mystère :
Sa voix intérieure est un cri de panthère ,
C'est la langue sans mots que parlent les démons,
Un râlement sorti des caverneux poumons;
Sa barbe, ses cheveux, couvrent ses traits obscènes ;
Victimaire public dans ces bruyantes scènes,
Affamé du tribut que le peuple lui doit,
Dès qu'on traîne un captif il fait signe du doigt ;
Tout imbibé du sang où sa fureur se vautre ,
Quand son œuvre est finie il en demande une autre,
Et comme pour dresser d'effroyables festins,
Il dépèce en lambeaux de tièdes intestins.
Ah ! sans interroger une source lointaine,
Qui donc expliquera ces prodiges de haine?
Ce prêtre de la mort qu'on n'a pu définir,
Cet homme à longue barbe, effroi du souvenir; 5
Que savez-vous? peut-être une injuste sentence
Vingt ans dans les cachots broya son existence,
Peut-être qu un seigneur de cette même Cour
Souilla son chaste hymen d'un impudique amour,
Ou que du Paroaux-Gerfs une trame infernale
Emporta dans la nuit sa fille virginale.
Ah ! ne condamnons point ces hommes délirans
Qui rendent des forfaits à des forfaits plus grands;
Le peuple, dans ce jour que vous nommez néfaste,
Soldait sur quelques uns les crimes de leur caste ;
Non, ce lit parfumé de jasmin et de nard,
Ces odorans linceuls que perce le poignard,
Ce dôme de rideaux qu'ouvre la baïonnette,
Non, ce n'est pas le lit de Marie- Antoinette ;
Le peuple est clairvoyant et n'est point oublieux ,
Il connaît de tout point l'histoire de ces lieux;
C'est le lit où les rois par goût héréditaire
Transmettaient à leurs fils des leçons d'adultère;
C'est la secrète alcôve aux fétides parois,
C'est l'auge où se vautraient ces maîtresses de rois,
Qui, pour prix de leur danse au sortir dune fête, A FHérode chrétien demandaient une tête, Qui ravissaient, la nuit, dans un embrassement, L ordre d'un homicide à leur royal amant, Et de leur chair vendue honorant leur famille , Rivaient par un baiser l'écrou de la Bastille.
Ainsi, quand sur les toits du criminel château Le peuple de Paris tomba comme un marteau, Ce fut justice : « Va, cours châtier Versailles , » Lui criait une voix du fond de ses entrailles ; Un pouvoir inconnu le poussait en chemin : Et quel homme assez ferme, en étendant la main , En jetant sur les flots sa parole puissante, Aurait pu refouler cette mer rugissante?
Un seul; mais le génie ami des nations, L'ange fort qui préside aux révolutions, A ses sens engourdis cachant le vol des heures, L écarta cette nuit des royales demeures , Et jusqu'au point du jour à paraître si long Lafayette dormit sous un rideau de plomb. 6 Silence ! il a paru : médiateur sublime, Il suspend dans les cœurs la colère unanime. Les dards ensanglantés se baissent devant lui ; Sur un pacte sacré l'aube sereine a lui , Elle étend sur le deuil une fête publique; Le monarque a compris la nocturne supplique, Il n'est pas oublieux jusqu'au point de braver Ces nouveaux courtisans venus à son lever; Il obéit : jamais ni Syphax ni Persée Contemplant à leurs pieds leur pourpre dispersée ,
Jamais ces grands captifs que le consul romain
Traînait après son char dans le poudreux chemin,
Ne portèrent au front tristesse plus fatale :
C'est donc ainsi qu'un roi marche à sa capitale !
O que la route est longue et que le char est lent !
Déplorable jouet d'un triomphe insolent ,
Escorté de canons, de femmes attroupées,
De rameaux verdoyans et de têtes coupées ,
Il arrive; ô douleur ! que sont-ils devenus
Ces cris resplendissans , ces transports ingénus,
Qui naguère accueillaient sa fortune meilleure ?
Hélas ! il a compris qu'à dater de cette heure ,
Ce Paris que son oeil parcourt avec effroi
N'a plus qu'un roi, le peuple ; un seul sujet, le Roi.
DE LA
1 « Ils jurent à Louis de sauver son royaume.»
C'est le i*r octobre, au moment où le pain manquait à Paris, qu'eut lieu le célèbre banquet offert par les gardes du corps aux chefs royalistes de la garnison de Versailles. Le local de la fête était la grande salle des spectacles , exclusivement destinée aux réjouissances officielles de la Cour. Le nombre des convives était immense. Le roi, suivi de la reine tenant le 'dauphin dans ses bras, semblait présider au festin. Au moment où la musique joua l'air connu : O Richard, 6 mon roi, l'univers t'abandonne!... la scène prit un caractère décisif. On sonna la charge, on escalada les loges, la cocarde blanche fut arborée et les couleurs nationales foulées aux pieds. La même orgie avait lieu dans les galeries du château où les dames de la Cour prodiguaient aux chevaleresques officiers les félicitations, les rubans et les cocardes.
Les mêmes scènes se renouvelèrent le 3 octobre.
2 «L'ardente Méricourt domine en souveraine.»
Théroigne de Méricourt, amazone célèbre, qui joua souvent un grand rôle dans la première période de la révolution. Fille
<h> NOTES.
d'un cultivateur, aux environs de Liège, elle vint de bonne heure à Paris où sa beauté séduisit plusieurs personnages marquans de l'époque. Loin de repousser leurs tentatives, elle les ruina par ses folies et son faste.
Née avec une ame ardente et impressionnable, elle se livra avec ivresse au mouvement populaire de 178g. Vêtue en amazone et coiffée d'un chapeau à la Henri IV, elle allait se mêler aux rassemblcmens qui occupaient sans cesse les galeries ou les avenues de l'Assemblée nationale. Vouée tout entière à la crise politique, elle repoussa toutes les provocations avec une sévérité de mœurs qui la rendait encore plus originale. Le soir elle réunissait chez elle une espèce de club où assistaient quelques constituans. Les auteurs du journal Les Actes des Apôtres s'amusaient souvent aux dépens de Théroigne, et lui donnèrent pour amant le député Populus. Théroigne joua un rôle très actif dans la nuit du 5 au 6 octobre. Ce fut elle qui pérora le régiment de Flandre, et détermina nombre de soldats à abandonner la cause royaliste. Ayant recueilli dans quelques uns de nos poètes, les vers qui pouvaient le plus contribuer à exalter les esprits, elle en avait meublé sa mémoire, et elle les débitait avec emphase dans son jargon moitié flamand, moitié français. Elle fut arrêtée, en 1791, dans les Pays-Bas, et conduite à Vienne où elle fut détenue pendant un an. L'empereur Léopold fut curieux de converser avec elle, et à la suite d'une entrevue lui rendit la liberté. De retour à Paris elle prit-une part active aux troubles du 10 août, et fit massacrer Sulcau, journaliste qui l'avait souvent attaquée dans ses feuilles.
Après le 10 août Théroigne adopta les idées des Orléanistes, et Fut fouettée publiquement aux Tuileries. Quelque temps s'écoula.
notes. m
et elle devint folle. Détenue d'abord dans une maison du faubourg Saint-Marceau, ensuite à la Salpêtrière, elle vécut vingt-trois ans dans l'état de démence et d' abrutissement le plus complet, ne se plaisant que dans la fange, et ne recherchant, comme les animaux immondes, que les alimens les plus dégoûtans. Elle mourut en 1817. Malgré sa cruelle position elle avait conservé de grands restes de beauté ; ses pieds et ses mains étaient d'une perfection remarquable.
3 « Hullin, qui le premier »
HULLIN (Pierre-Auguste), général de division, comte, etc., né à Genève en 1768, de parens pauvres, fut successivement ouvrier en horlogerie, et chasseur au service du marquis de Conflans. Dans la journée du 14 juillet 1789, Hullin se distingua entre tous les vainqueurs de la Bastille. Le premier il s'élança dans la forteresse. Emprisonné sous la terreur, il fut rendu à la liberté par le 9 thermidor. Le général Bonaparte l'employa à l'armée d'Italie où il se distingua glorieusement. Hullin commanda le château de Milan en 1797 et en 1798, et l'année suivante concourut à la défense de Gènes.
Après la bataille de Marengo , Hullin fut promu au grade de général de division et de commandant des grenadiers de la garde consulaire. Ce fut lui qui, le 21 mars 1804, présidait le conseil «le guerre de Vincennes qui condamna à mort le duc d'Enghien. Le général Hullin se couvrit de gloire dans les campagnes d'Austerlitz et dléna. Pendant la guerre de Russie, au mois d'octobre 181 2, il commandait la division militaire de Paris, et fut blessé par le général Mallet, qui crut un moment avoir renversé le gou-
vernement de Napoléon- En i8i4> Hullin accompagna Marie- Louise à Blois, fut destitué de son commandement par les Bourbons, réintégré durant les cent-jours, et exilé après la seconde Restauration. Rentré en France, il a vécu dans la retraite.
4 « Et Maillard que juillet compte dans ses héros. »
Maillard était en 1789 huissier au Châtelet. Il se fit remarquer par son audace à l'attaque de la Bastille. Le 5 octobre suivant il battit le tambour, rassembla les femmes, et marcha à leur tête sur Versailles. Ce fut lui qui présida la terrible commission populaire qui, durant les jours de septembre 1792, organisa les massacres de l'Abbaye. Il figura ensuite, dit une biographie, parmi les dénonciateurs des prisons , contribua au mouvement sanglant de 93, fut décrété d'arrestation, remis en liberté, et nommé agent du Comité de sûreté générale. Il mourut dans la misère.
5 « Cet homme à longue barbe »
La vie et le véritable nom de cet homme furent quelque temps enveloppés de mystère. Les uns affirmaient l'avoir reconnu pour ce même dragon qui, quelques mois auparavant, arracha le cœur de Foulon, et le jeta tout saignant sur le bureau de l'Hôtel-de- Ville ; d'autres crurent retrouver en lui un malheureux, nommé Nicolas , qui gagnait sa vie à l'aide de sa barbe , en posant dans les ateliers. Toutes les dépositions faites au Châtelet lors de l'enquête sur les 5 et 6 octobre le désignent simplement sous le nom de l' Homme h la longue barbe. Aujourd'hui il ne reste plus d'incertitude sur la biographie de ce terrible personnage.
JOURDAN(Matthikh Jouve), surnommé Coupc-léte, naquit en
1749 à Saint-Just, près le Puy en Velay. Sous le nom de Petit, en 1789, il coupa plusieurs têtes condamnées par la populace. Ce fut lui qui massacra Deshuttes et Varicourt, gardes du corps, qui, le 6 octobre, se dévouèrent pour le salut de la reine. Il portait alors une longue barbe , ce qui le fit confondre pendant quelque temps avec un autre homme également barbu, qui fut accusé de ces meurtres. Jourdan Coupe-tête fut s'établir à Avignon, et à la tête d'une bande d'égorgeurs , qui s'appelait elle-même corps des braves brigands , il pilla et assassina dans le département de Vaucluse. C'est lui qui présida aux massacres de la Glacière. Le Comtat était alors en proie à deux partis, l'un papiste, l'autre révolutionnaire, tous les deux organisant l'incendie et la guerre civile. Jourdan continua, amnistié par la Législative, le cours de ses exécutions, et remplit d'horreur Marseille et le Midi. Enfin le Comité de salut public, en mai 1794? décréta d'arrestation cet homme sanguinaire, qui fut condamné à mort, et subit le supplice dû à ses crimes.
6«Lafayette dormit sous un rideau de plomb.»
Après avoir pris, le soir du 5 octobre, toutes les dispositions nécessaires pour sauver Louis XVI et sa famille des suites d'un mouvement qu'il n'avait pu empêcher, malgré ses efforts , et voyant Versailles plus calme, Lafayette fut se livrer à un sommeil nécessaire, que les royalistes ont eu la mauvaise foi de lui reprocher. Aussitôt que le général de la garde parisienne fut réveillé par les massacres du 6, il se leva précipitamment, et vint calmer le peuple et sauver le roi.
tiïî&frr^iïr—
14 JVÏ^lï 1789:
LÀ BASTïMiE-
£E PETJPiE AUX 'XUHiERIES.
10 âOUT 1792:
j,5B flUFLE KOI.