LES AFEIRMATIONS DE JÉSUS
Alors les principaux sacrificateurs, les scribes
ET LES anciens DU PEUPLE SE RASSEMBLÈRENT AU PALAIS DU PRINCIPAL SACRIFICATEUR NOMMÉ CaÏPHE ET DÉLI- BÉRÈRENT SUR LES MOYENS DE s'eMPARER DE JÉSUS PAR RUSE ET DE LE FAIRE MOURIR. MaIS, DISAIENT-ILS, POINT PENDANT LA FÊTE, DE PEUR QTj'iL NE s'ÉLÈVE DU TROUBLE DANS LE PEUPLE.
Matth. XXVI : 3-5.
Ces paroles, M. F., constituent le prélude sombre et tragique du grand drame de la Passion. Le Sanhédrin, la plus haute autorité reconnue par la peuple juif, prend en corps la résolution de se défaire prudemment, mais à tout prix et par la mort, de ce Jésus de Nazareth dont le judaïsme officiel ne peut plus supporter la parole ni la personne. Telle est en deux mots la situation. .
Il y a dans l'histoire de ces momens qui portent avec eux un enseignement éternel et qui doivent à cette richesse interne un relief étonnant. Ils deviennent par là plus que des incidens curieux, plus ou moins intéressans; ils servent de piédestal ou , si l'on veut , de repoussoir à la vérité générale qu'ils proclament. Par exemple, quand Luther comparait à Worms devant les princes, les évêques et les notables de l'empire germanique , il est sans doute intéressant de voir ce que va devenir le pauvre moine en face
d'une assemblée aussi puissante et dont beaucoup de membres nourrissent des vues hostiles à sa personne. Mais combien cet intérêt devient plus intense quand on sait que ce moine porte dans sa conscience l'avenir du monde; que, selon la conduite qu'il tiendra, l'Europe moderne va reoumer au Moyen Age ou bien s'élancer vers les terres nouvelles; que le christianisme va descendre an niveau des idolâtries antiques ou bien reprendre son essoV spiritualiste et libérateur. L'incident historique s'élève alors dans les sphères de la vérité étemelle, il dépasse le temps, il marque une des heures solennelles de l'ascension séculaire de l'humanité , et il semble que les personnes se confondent avec les grands principes qui font la vie et la noblesse de notre race. Nous éprouverons une impression du même genre, si nous nous mettons, en connaissance de cause, devant la situation supposée par notre texte. Le conflit religieux et national, dont l'apparition de Jésus au sein du judaïsme a été le point de départ, approche de son dénouement. Que va-t-il advenir du noble et courageux prophète de Nazareth ? Son refus d'attaquer violemment les institutions existantes le protégera-t-il devant le conseil supérieur contre les malveillances acharnées que soulèvent ses doctrines et ses tendances ? Ou bien faudra-t-il voir se vérifier une fois de plus et même s'affirmer avec une énergie exceptionnelle cette loi lugubre de notre histoire qui veut que les plus grands bienfaiteurs de l'humanité paient de leur vie la bonheur suprême de lui faire du bien ? La religion pure et libre devra-t-elle payer du sang de son initiateur la permission de se répandre dans le temps et dans l'espace? Voilà, M. F., les grandes questions, les questions palpitantes, qui se posent dans la séance secrète du Sanhédrin où l'on se résout à se défaire de Jésus d'une manière violente et prudente à la fois; violente, puisqu'il s'agit
de le faire mourir; prudente, puisqu'on veut y procéder adroitement, politiquement, en douceur, afin d'éviter toute émotion populaire. L'auguste assemblée ne savait pas encore que l'un des disciples intimes de Jésus songeait déjà à lui fournir le moyen de faire avant les fêtes pascales , en se hâtant un peu , ce qu'elle n'osait faire qu'après.
Vous comprenez bien qu'il ne s'agit pas du tout ici de savoir si Caïphe était un scélérat et les autres membres du Sanhédrin autant de monstres» Avant tout Caïphe était prêtre , ses collègues étaient comme lui les représentans attitrés du judaïsme; lui, comme eux, se croyait tenu d'agir conformément aux principes qu'ils représentaient. Que ces principes soient odieux, je suis loin de le contester; mais c'est précisément là que se trouve l'enseignement. Ces principes qui nous paraissent si affreux quand nous les mettons en rapport avec le Christ, nous courons bien souvent risque de leur rendre hommage. Que dis-je? Ils trônent encore au sein de la chrétienté, et si nos mœurs adoucies rendraient de nos jours fort improbable une application aussi sanglante, aussi cruelle, que celle dont Jérusalem fut témoin il y a dix-huit siècles, il n'en est pas moins vrai que, de nos jours encore et sur la plus grande partie de la terre chrétienne, au nom du Christ on persécuterait le Christ.
Cette triste, mais instructive vérité se révèle dans tout son jour, quand nous nous demandons, ce qu'était et comment se composait le Sanhédrin juif au temps de Jésus.
Vous savez que cette assemblée était pour les Juifs le suprême ressort de la jurisdiction civile et religieuse. Il est vrai qu'en théorie l'autorité du prince était encore audessus , que ce fût un Macchabée , comme autrefois , ou un Hérode, ou bien enfin, comme du temps de Jésus, un procurateur romain. Mais outre qu'aucun prince n'eût osé
supprimer le Sanhédrin, on peut dire qu'il était dans de certaines limites plus fort en face du procurateur romain qu'en face d'un prince indigène. Le premier avait ses instructions qu'il ne pouvait dépasser, et du moment que le tribut était payé à la nation conquérante, qu'aucune révolte n'était imminente, que l'ordre matériel était respecté, ces instructions lui enjoignaient de respecter scrupuleusement les coutumes, la religion, les lois nationales, et parconséquent, dans l'ordre religieux, le Sanhédrin jouissait d'une autorité à peu près absolue, sauf dans les cas de condamnation à mort, où, par une raison politique facile à comprendre , le procurateur se réservait de sanctionner la sentence.
Maintenant comment le Sanhédrin était-il composé?
Notre texte nous le dit. Il y avait trois élémens constitutifs de là haute assemblée, les prêtres ou sacrificateurs, les scribes ou théologiens, les anciens ou notables.
Les prêtres ou sacrificateurs occupaient les plus hauts degrés de la hiérarchie sacerdotale. Ils possédaient le droit exclusif d'accomplir les rites les plus solennels et sans lesquels l'orthodoxie juive ne croyait pas qu'il fût possible d'obtenir la grâce ni la 'bénédiction .divines. C'est en effet l'essence du pouvoir du prêtre que de se proclamer indispensable à l'union avec Dieu, de telle sorte que sans lui on ne peut pas plus s'unir à Dieu que vivre sans nourriture et respirer sans air.
Les scribes, les théologiens, en un mot les hommes de la science religieuse étaient représentés par les principaux rabbis, les docteurs de la loi, ses interprètes et les dépositaires de la jurisprudence compliquée du judaïsme. Ce qui dominait chez eux, c'était le respect superstitieux des traditions, l'effroi de tout mouvement indépendant, le désir de conserver comme un monopole l'enseignement
religieux, et la tendance à déclarer impie tout ce qui s'écartait de la doctrine des pères.
Nous ne sommes pas aussi bien renseignés sur la direction suivie par les membres laïques du Sanhédrin, ces anciens ou notables de Jérusalem , qui se recrutaient parmi les principales familles de la capitale juive et qui n'étaient ni théologiens ni prêtres. Mais toutes les analogies nous induisent à penser qu'ils rentraient dans ce type fréquent d'hommes qui ne voient guère dans la religion qu'une institution politique, nécessaire à la société, qu'il faut maintenir à ce titre , respecter et encourager, mais qui sont d'avance antipathiques à tout ce qui dérange les choses établies. Ce qui fait que, croyans ou non croyans, ils s'unissent volontiers aux prêtres et aux scribes dans leur opposition aux novateurs.
A présent , nous comprendrons clairement pourquoi Jésus était devenu désagréable et même insupportable au Sanhédrin dans son ensemble et à chacun des élémens dont il se composait. Par sa doctrine, par ses tendances, il niait directement . ce qui faisait leur raison d'être aux uns et aux autres.
Aux prêtres cette doctrine était intolérable, parce qu'en fait elle apprenait au peuple à se passer d'eux. Oh! si Jésus avait dit à ses disciples : Pour entrer dans le Royaume de Dieu, pour faire votre salut, il faut que vous vous soumettiez entièrement aux fils d'Aaron, que vous multipliiez vos sacrifices et vos offrandes, que vous cherchiez uniquement dans les intercessions et absolutions sacerdotales le pardon de vos péchés, — les prêtres, bien loin de le maudire, l'eussent béni et glorifié. Mais loin de là. Le disciple de Jésus s'habituait à regarder lui-même à Dieu sans intermédiaire. S'il comprenait bien le Maître, la vraie valeur religieuse et morale de l'homme consistait désormais
dans les dispositions de son cœur aimant, et il fallait mettre le Samaritain hérétique, quasi-payen, mais charitable et dévoué, non seulement au-dessus du juif ordinaire, mais même du lévite et du sacrificateur égoïstes. Voilà cette idée que jamais, dans aucun temps, sous aucun ciel, le prêtre comme tel n'a pu supporter. Elle le nie en face, et avec lui tout ce qu'il croit nécessaire au salut des âmes. Celui donc qui la prêche et qu'on ne peut pas faire taire autrement, doit mourir, si l'on veut sauver les âmes qu'il perd.
Quant aux scribes, Jésus niait catégoriquement cette infaillibilité de la tradition à laquelle ils attachaient tant de prix. Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens ^ s'étaitil écrié à plusieurs reprises, mais moi je vous dis autre chose, plus et mieux. Et sur quoi s'appuyait-il pour parler ainsi? Sur sa conscience et celle de ses auditeurs! N'est-il pas vrai , leur demandait-il , sûr d'avance de la réponse, qu'il est plus beau, même quand la loi ou la coutume diraient le contraire, plus beau d'aimer que de haïr, de pardonner que de se venger, de faire l'aumône en secret pour l'amour de Dieu que de la faire pour être loué des hommes? N'est-il pas vrai que le fils, qui entoure de soins dévoués son vieux père et sa vieille mère, fait mieux la volonté de Dieu que celui qui ne peut plus les assister parce qu'il a donné son bien au Temple ? N'est-il pas vrai qu'il y a dans la loi des choses qui n'ont pu y être mises qu'à cause de la dureté des cœurs? N'estil pas vrai que les scribes ont tort de raffiner ainsi sur les ablutions, les purifications, les fardeaux rituels, toutes choses qui n'ont rien à faire avec la fidélité, la justice, la miséricorde? Que me parlez-vous de leur science? Elle est vaine et creuse. Ne disent-il pas, par exemple, que le Christ doit être fils de David? Pourtant David lui-même
dans un psaume l'appelle son Seigneur — Il est clair
que de telles paroles tombaient comme de l'huile brûlante sur cette classe orgueilleuse et bigote. Gomment! on osait nier l'autorité de la tradition, et la leur! Un tel forfait était digne de mort.
Enfin ces laïques, ces anciens, ces notables, que nulle part Jésus n'attaque directement, ne seront-ils pas plus justes, plus démens pour lui que leurs collègues théologiens et prêtres? Non. En thèse générale ils appuyaient volontiers leurs prétentions. Jésus devait leur paraître un novateur suspect, bientôt même un blasphémateur et un destructeur. Pour Jésus, la religion était chose si sainte, si élevée , qu'il ne voulait pas la mêler aux passions politiques et terrestres du moment. Le Messie, tel qu'il le concevait, c'était un homme de paix, frère parmi ses frères, aimant avant tout les petits, les simples, les pauvres, laissant les morts du grand monde enterrer leurs morts dans les pompes, les honneurs et les jouissances, et méprisant toute grandeur terrestre. Le judaïsme, selon lui, devait abdiquer politiquement pour s'aflfirmer d'autant mieux religieusement. Mais c'était ' de la révolution qu'une parreille doctrine, c'était séparer la religion de l'état, c'était renverser l'édifice. Celui qui niait ainsi tout ce qu'on affirmait devait mourir, aussi bien dans l'intérêt de la religion politique des anciens qu'au nom de la religion sacerdotale des prêtres et de la religion traditionnelle des scribes.
C'est donc comme négateur systématique de la religion existante que Jésus est voué d'avance à la mort par le conclave juif. Rien ne montre mieux ce qu'il y a de liberté, d'émancipation dans les principes évangéliques puisés à leur source que cette élucidation des motifs réels qui poussèrent ainsi les représentans de l'asservissement
religieux à vouloir la mort de celui qui voulait délivrer les âmes. Voilà pourquoi nous avons le droit de nous réclamer de Jésus-Christ, quand nous nions avec lui ces puissances illégitimes qui, au nom d'un prétendu droit sacerdotal ou ecclésiastique, veulent nous enchaîner, nous fermer la bouche, nous faire passer sous leur joug arbitraire. Non , Jésus ne sera pas mort en vain. Il n'aura pas souffert pour qu'on vienne en son nom reforger les fers qu'il a voulu briser. Qu'on nous appelle négateurs tant qu'on voudra, il n'y a jamais de mal à nier l'erreur, à nier l'ignorance , à nier l'esclavage. Qu'ils prennent garde , ceux qui ont sans cesse ce reproche à la bouche, que ce sont eux, et non pas nous, qui nient. Car ils nient la lumière , il nient le progrès , ils nient la divinité de la conscience humaine. Nous, nous croyons à toutes ces saintes réalités, nous les affirmons en face de l'humanité indécise ou paresseuse , et aux prêtres , aux scribes , aux timorés de notre époque, nous répondons en les proclamant au nom et dans l'amour de la sublime victime que les prêtres , les scribes et les timorés d'autrefois ont glorieusement réussi à clouer sur une croix.
C'est donc comme négateur de choses faussement tenues pour saintes que Jésus a dû expier ses nobles hardiesses. Cependant devrions-nous le considérer uniquement à ce point de vue négatif? Prenons garde. D est de fait que la négation pure et simple n'avance pas à grand' chose ou pour mieux dire n'avance à rien. A quoi servira-t-il de nier le sacerdoce et la tradition , si l'on n'a rien à mettre à leur place? Le besoin religieux qui travaille l'humanité ne se contente pas du vide. En vain lui oflfrirez-vous une pierre à manger quand elle demande du pain. C'est pour cela qu'il arrive des époques où il semblait que la
négation était victorieuse à jamais, triomphant de tout ce qu'elle avait attaqué, et qui sont suivies d'un retour, irrationnel , je le veux bien , mais pourtant général et tout puissant vers les autels que l'on croyait abattus. C'est que trop souvent les négateurs se sont bornés à nier, et on n'édifie pas avec la négation pure. L'humanité cherche toujours un toit où elle puisse abriter sa tête, au spirituel comme au physique.
Ce reproche, Jésus ne l'encourt pas. Car ses négations, que nous vous avons montrées, n'étaient que les conséquences ou, si l'on veut, les revers de ses affirmations. C'est en affirmant qu'il a commencé, continué et fini.- Voilà pourquoi au commencement le peuple juif l'entoura d'une certaine sympathie. Il fallut que la réflexion et la lutte révélassent les conséquences de ces affirmations pour que les autorités juives en discernassent la portée réelle. Voyons à notre tour quelles furent les affirmations que Jésus tira de sa conscience et dont il fit la foi des coeurs purs. Recueillons-nous, M. F., car nous franchissons le rideau du sanctuaire, nous entrons dans le saint des saints.
En face du sacerdoce, du pouvoir prétendu du prêtre qui s'imagine avoir en sa possession les clefs du royaume des cieux, Jésus affirme le rapport direct, immédiat, existant entre chacun de nous et Dieu, et il annonce le Père Céleste. Oui, nous sommes individuellement et directement en communion avec Dieu. Le Père tout puissant n'a pas voulu qu'il y eût personne entre lui et nous. Dans chacune de nos âmes, il est un point par lequel nous avons conscience de nous rattacher sans intermédiaire à l'Etre infini. C'est là que se rassemblent et viennent s'inspirer nos meilleures pensées, nos plus nobles ambitions, nos bonnes résolutions et nos repentirs. Notre raison peut avoir
de la peine à comprendre ce qu'est cet Infini qui nous attire et qui nous parle. Notre sensualité peut trop souvent nous en voiler la face. Malgré tout, ce contact avec Dieu persiste, et nous en sentons la douceur tout à la fois et l'aiguillon. C'est donc affiliés à Dieu que nous sommes tous; c'est lui, lui seul qui demeure notre prêtre, notre confesseur, notre inspirateur. C'est à lui directement que vont nos prières. Il est l'Ame universelle qui réveille les pensées de toutes les âmes. D est l'Intelligence suprême dont notre raison n'est que l'humble reflet. Il est la Sagesse immense près de laquelle la nôtre ressemble trop souvent à de la folie. Il est le mystère, il est l'ombre , il est l'abime , il est l'épouvante ; mais pourtant , mais plus que tout cela, mais les cœurs purs le sentent et le proclament, il est notre Père infini, qui sait le compte de nos soupirs et de nos larmes, dont la pensée nous soutient dans nos douleurs, dans nos angoisses, dans la mort, qui se révèle à nous dans sa bonté, dans son amour immuable, en nous appelant toujours à lui. Telle est la première affirmation de Jésus:- Dieu père de l'homme. Et cette affirmation était déjà suffisante pour remplir le monde. En face du scribe traditionnaliste et qui se demande, non pas: Quelle est la vérité? mais: Qu'est-ce que les pères ont transmis? Jésus proclame, affirme la révélation progressive de la vérité. Sans douté il en résulte tout de suite qu'aucun temps , qu'aucun homme , pas même Jésus , ne possède la vérité toute entière. Mais Jésus pense que la vérité est faite pour l'homme et l'homme pour elle, qu'avec le temps ce que l'homme en possède se purifie et s'accroît. D'où il suit qu'à moins de s'abandonner à un orgueil insensé, il ne faut ni mépriser le passé, ni s'y emprisonne!^. Le passé a fait son œuvre, tâchons de faire la nôtre. Je ne veux pas abolir la loi et les prophètes ^ dit Jésus, mais les OjC-
compUr..,. Jusqu'à la venue de Jean Baptiste tout prophétise. Jésus lui-même prétend moins récolter que semer , et chacun de nous doit être satisfait, s'il possède autant de vérité qu'il est permis à son siècle, à son pays , à son intelligence d'en saisir. Jésus reconnait la légitimité relative de ce qui l'a précédé, mais il aspire à plus et à mieux, et ceux qui lui en veulent tant de ce qu'il nie la tradition ne s'aperçoivent pas que , de puissance tyrannique et oppressive qu'elle était , la tradition devient au point de vue de Jésus une source de lumières et le point de départ de nouveaux progrès. Qu'importent nos ignorances inévitables , si elles sont momentanées? Nous avons l'éternité devant nous pour grandir de vérité en vérité, pour toujours mieux connaître, pour nous rapprocher toujours plus de la pensée de Dieu. Le Père Céleste ne manque ni de puissance ni d'amour pour l'éducation de ses enfans. En^n, à l'encontre de la religion calculée, politique, factice, des soi-disant sages, Jésus affirme la religion naturelle, franche, spontanée, de la conscience humaine, par conséquent son indépendance et son éternité. Nous connaissons des religions qui tremblent constamment pour leur présent et leur avenir, qui s'entourent de lois restrictives, qui mendient l'appui des puissances de la terre , qui font appel aux passions belliqueuses et comptent parmi leurs jours de gloire ceux pendant lesquels en leur nom plusieurs milliers d'hommes ont été couchés par terre. Dites tout ce que vous voudrez de ces religions-là, mais de grâce ne dites pas que c'est la religion du Crucifié. Sa religion, son Evangile , le culte en esprit du Père infini défie les révolutions, la chute comme le relèvement des empires. Elle en est aussi loin que la neige immaculée des hauteurs inaccessibles l'est des torrents boueux retenus ou précipités par les vents au fond des vallées. Oh! qu'il fait bon respirer sur ces hauteurs sereines! Qu'il est doux de s'y
réfugier de temps à autre pour secouer la poussière du combat et retremper ses forces! Car cette religion pure ne nous éloigne pas du monde, au contraire, elle nous y ramène au nom de l'amour des hommes. Elle entend que nous combattions, et sans cesse, pour que les hommes deviennent meilleurs, plus éclairés, plus moraux, plus heureux. Jésus affirme l'excellence et l'indestructibilité de la religion de la chambre fermée, de la solitude, du cœur se repliant sur lui-même, et il a raison. C'est la seule qui survive à tout , qui surgisse victorieuse des ruines , et quand on montre à Jésus le temple colossal, palladium, dit-on, delà vérité, sanctuaire indispensable de la religion , Jésus répond tranquillement : Qu'il tombe, si vous voulez ; en un rien de temps j'en rebâtis un autre! Voilà comment pouvait parler celui qui avait dans le cœur et par conséquent affirmait la religion spirituelle, naturelle et étemelle.
Telle est aussi la religion que nous vous prêchons, M. F., au nom du Maître crucifié pour l'avoir prêchée. C'est vers le même esprit de lumière, de charité, de progrès que nous désirons vous conduire, vers la même foi toute sincère, toute franche, toute naturelle, vers le même Père Céleste que Jésus adore et que nous adorons avec lui. Cherchons en Dieu comme lui notre force, notre consolation , notre espérance. Il est le grand témoin de ce que cette foi au Père produit de noblesse, de courage, d'énergie et de confiance. Nous n'avons pas sa croix à porter, mais nous en avons d'autres. Notre sentier n'est pas toujours aplani ; souvent nous défaillons. Notre cœur est vulnérable ; souvent il saigne. Heureux serons-nous d'entretenir et de réchauffer en nous le sentiment du Dieu-Père! Heureux serai-je si en ce moment je parviens à transmettre fidèlement à ceux d'entre vous qui souffrent le message de la
consolation éternelle! Que notre coeur ne se trouble point. Le Père Céleste est toujours le même. II y a bien des mystères autour de nous et en avant de nous. Mais la foi de Jésus nous permet de discerner une lumière pleine de promesses. Aucun de ceux qu'elle a guidés ne s'en est repenti. Et même nous pouvons dire que ceux d'entre nous qui l'ont le plus fidèlement suivie, déjà si loin de nous qu'à peine nous pouvons entendre les derniers échos de leurs voix, ont un tel accent d'espérance confirmée, rayonnent d'une joie si pure, que nous pouvons bien reprendre, tout rassurés, le bâton du voyageur en nous disant: Elle est là, la terre promise , là, bien haut , encore bien loin, mais droit devant nous.