‹ Douze sermonsChapitre 2 sur 10 · L'ASCENSION · texte numérisé non relu

L'ASCENSION

Jésus les mena hors de la ville jusQu*à Bétha-

NIE, leva les mains ET LES BÉNIT. Et IL ADVINT

qu'en les bénissant, il fut séparé d'eux et enlevé vers le ciel.

Luc XXIV: 50—5!.

On a dit de nos jours et, je le crois, avec pleine raison qu'une philosophie ne pouvait pas devenir une religion, mais qu'une religion pouvait bien devenir philosophique et même, en un sens, une philosophie. Veuillez peser cette distinction. Une philosophie, c'est un ensemble de doctrines nées de la réflexion, de la recherche, de la science du monde et de l'homme, en un mot, c'est une fille de l'intelligence cultivée et de la raison aiguisée. Elle ne peut donc s'adresser qu'à un petit nombre d'hommes et même D est rare qu'elle communique à ceux qui la professent cette chaleur de l'âme , cet enthousiasme ou cette joie profonde qu'une religion procure à ceux qui en vivent. — La religion, au contraire, est fille du sentiment, du cœur. Ce ne sont point les études ni les recherches profondes qui ont engendré les grandes formes religieuses entre lesquelles l'humanité se partage. A l'origine de chacune de ces créations du génie religieux, il y a en proportion énorme de l'enthousiasme, de la poésie, de la chaleur d'âme à son

plus haut degré d'intensité. Aussi deviennent-elles promptement populaires. Elles s'adressent moins à l'intelligence qu'à la conscience et au cœur , aux sentiments spontanés de l'être humain; par conséquent elles sont accessibles à la grande multitude. Celle-ci ne se pique pas de critique ni même de précision. Elle aime bien plutôt à donner aux sentimens qui l'agitent une forme qui les exprime bien. Plus le symbole qu'elle adopte, sans même discerner qu'il est seulement un symbole, est énergique et parlant, plus elle y croit, plus elle s'y complaît. Voilà pourquoi les premiers siècles d'une religion sont toujours si riches en récits merveilleux, en événemens surnaturels, en dogmes contradictoires, qui mé-

contentent une raison difficile , mais qui n'en ont pas moins répondu aux sentimens , aux exaltations, aux enthousiasmes , du sein desquels ils ont surgi.

Cette naïveté des premiers temps ne saurait toujours durer. Elle ne peut se prolonger du moins qu'à la condition qu'une grande ignorance continue de régner dans la société. Quand l'intelligence a grandi et s'est éclairée, quand elle s'est mise à réfléchir sur les formes et les symboles devenus traditionnels , quand elle les soumet à sa connaissance supérieure de l'homme et du monde, elle ne tarde pas à s'insurger contre le caractère absurde ou du moins très difficile à croire des traditions qui lui sont proposées. Elle répugne à penser que des choses impossibles ^ inacceptables partout ailleurs , deviennent tout de suite admissibles , dès qu'il s'agit de religion. Elle relève une foule de choses qu'on ne songeait pas même à remarquer auparavant. Elle analyse les dogmes et les trouve contradictoires. Elle critique les récits et démontre qu'ils sont incohérens ou très éloignés des faits qu'ils retracent. Elle examine les faits surnaturels allégués et découvre qu'il n'y a pas de proportion entre le démenti qu'on veut la forcer à donner à ses certitudes les plus entières et les bases

fragiles sur lesquelles ou prétend appuyer ce démenti. En un mot, elle ne peut plus accepter comme vraie la forme donnée primitivement au sentiment religieux et ne tarde pas à la repousser.

Mais alors vient se poser devant l'âme cette grave question : Faut-il donc nous séparer de la grande société religieuse ? Faut-il dire un étemel adieu aux émotions , aux joies, aux consolations, aux forces que nos pères et nous avons puisées dans la vie religieuse, cultivée d'un commun accord avec nos semblables? Les corps ne ressuscitent pas: faut-il renoncer à l'espoir si doux d'une vie meilleure? Le sang du Christ n'a pu rien changer aux intentions divines à notre égard : faut-il renoncer à l'assurance joyeuse de la miséricorde divine ? La Bible n'a point été écrite par des plumes miraculeusement dirigées: faut-il perdre le bénéfice que l'on retirait en la lisant souvent et beaucoup? Vous voyez comment la question se pose toujours la même: de ce que la forme dans laquelle le sentiment religieux avait trouvé son expression s'est montrée fausse ou inadmissible , faut-il renoncer à ce sentiment lui-même?

Hélas! beaucoup d'hommes, plus superficiels peut-être qu'instruits, ou souâ l'impulsion d'une mauvaise humeur engendrée par la découverte des eiTeurs dont on avait bercé leur enfance, se jettent dans la négation outrée, méprisent le fruit aussi bien que l'écorce et relèguent la religion au der-* nier rang de leurs soucis, parfois même lui vouent une haine implacable.

Mais à son tour cet état n'est pas naturel , et parconséquent il ne peut durer. L'âme humaine peut bien se faire violence à elle-même pendant un certain temps, mais non pas à perpétuité. Le besoin de religion , l'urgence de trouver des consolations dans l'épreuve et des espérances dans la mort, l'expérience toujours plus complète du néant des joies pure-

ment terrestres, le désir de l'idéal, en un mot la soif de Dieu recommence à parler impérieuseùient. L'âme humaine a horreur du. vide infini, il lui faut son Dieu et elle n'en jouit réellement qu'en communion avec les autres âmes. Elle regrette alors le temps où la grande voix de l'humanité croyante rencontrait en elle des cordes qui vibraient à l'unisson. Elle soupire avec le Psalmiste :

Mon Dieu! mon Dieu! quand sera-ce

Que mes yeux verront ta face?

Peu s'en faut, que dis-je? il arrive souvent que, dominée par ce besoin de Dieu, de religion vivante, elle oublie toutes ses objections intellectuelles et revient à la tradition qu'elle avait méprisée. Mais alors les mêmes difficultés se représentent, les mêmes défaillances reviennent, c'est un cercle vicieux dont il faut sortir à tout prix.

Or il n'y a , pour en sortir, qu'une méthode efi&cace , celle qui consiste à distinguer le sentiment, toujours vivant au dessous des formes traditionnelles , de ces formes elles-mêmes , à reconnaître sa légitimité , sa vérité intrinsèque et à le discerner dans l'expression symbolique, figurée, que la foi de temps plus naïfs avait su lui donner. De la sorte , tout en restant fidèle à la vérité telle qu'elle se révèle à nous aujourd'hui, on la retrouve dans ses formes antérieures. On peut sans risque admirer la beauté, le coloris, l'éloquence des vieux symboles. On en supporte les faiblesses , on en comprend la nécessité encore actuelle au sein des multitudes. C'est un prolongement de la religion , non pas une rupture avec elle. C'est l'esprit que l'on saisit sous la lettre, et cette lettre demeure respectable comme monument de la piété passée , encore nécessaire dans une époque de transition. C'est ainsi qu'une religion peut devenir philosophique sans perdre pour cela sa valeur ou sa puissance sur l'âme. C'est le terrain sur lequel le savant et l'ignorant, s'ils sont religieux, peuvent

se rencontrer et adorer ensemble. Soyons serviteurs, non de la lettre qui tue , mais de l'esprit qui vivifie !

Toute cette théorie , M. F. , vous l'avez probablement pressenti, s'applique directement à cette fête de l'Ascension que que nous célébrons aujourd'hui. Assurément, de tous les anniversaires consacrés par l'Eglise, c'est celui qui, prisa la lettre, se trouve le plus loin de nos conceptions et de nos idées modernes. Si nous voulions uniquement en l'aire la critique négative, notre tâche serait facile et simple. Nous montrerions qu'en réalité un seul évangéliste a parlé de l'Ascension; qu'elle est inconnue du premier et du quatrième, pour lesquels il ne peut être question que de disparitions soudaines; que l'unique passage du second qui y fasse allusion rentre dans ce résumé, composé d'emprunts à d'autres sources qui fut par la suite ajouté à son livre, et que le troisième évangéliste , le seul qui en parle avec quelques détails, non seulement écrivit longtemps après cet événement, mais de plus n'est pas d'accord avec lui-même dans les deux récits qu'il en a faits. Dans son évangile, l'Ascension aurait eu lieu le jour même ou le lendemain de la résurrection; au livre des Actes, elle aurait eu lieu quarante jours après. Enfin je crois inutile d'insiàter sur le fait lui-même d'un corps humain, d'un corps semblable aux nôtres puisqu'il marchait, mangeait et parlait, et qui remonterait dans des régions où aucun corps terrestre ne peut aller et vivre. Je le répète, rien ne serait plus facile que d'ébranler la croyance traditionnelle sur ce point spécial des traditions de l'Eglise, et même je crois que pour la plupart d'entre vous ce travail serait inutile.

Mais aurions-nous achevé notre tâche? Nullement. Elle commencerait à peine. Il nous resterait encore à démêler l'idée que la première Eglise a dû attacher à cette manière de se représenter la destinée finale de son Maître , quel est

le sentiment qui a inspiré la poétique vision du Christ montant au ciel. Et c'est là que nous trouverions de la nourriture pour nos âmes, qui nous conviendrait aussi bien qu'à ceux qui peuvent encore accepter cette représentation d'un grand miracle. Eux et nous , ce n'est pas le merveilleux qui nous peut édifier, c'est la vérité qui rayonne au travers. Livrons-nous donc à cette recherche. Demandonsnous ce que la première Eglise sentait et voulait exprimer en proclamant que Jésus était monté au ciel. Ou je me trompe fort ou je pense que, nous aussi , nous pourrons avec joie et reconnaissance envers Dieu nous associer au cantique de l'Ascension.

Jésus est le Christ parce qu'il a possédé et déployé un idéal de sainteté et de religion qui fait de lui l'incarnaiion de la communion pure avec Dieu. C'est la foi en lui qui a déterminé la foi en sa résurrection. Il n'a pas été possible à ses disciples d'admettre que la mort eût anéanti sa personne, et ce sentiment si juste , au fond si rationnel , ne pouvait pas dans leu^ état d'esprit s'exprimer autrement que par la conviction de sa résurrection corporelle. Mais en suivant ce cours d'idées et cette résurrection corporelle étant posée en fait, ou ne pouvait se représenter le corps de Jésus comme devant retourner à la terre. Il fallait donc que son détachement final de la vie terrestre fût glorieux, triomphant, céleste. Son ascension visible au ciel avait dû nécessairement couronner sa carrière.

Voilà le chemin qu'a dû suivre l'imagination chrétienne primitive. Mais n'oublions pas une autre considération qui la poussait dans le même sens. Le Christ ne pouvait et ne devait pas se séparer ni être séparé de l'humanité. Il en était le chef, la tête ; il la précédait sur une voie qu'elle devait parcourir après lui. C'est la conception

qui domine la plupart des épîtres. Jésus Christ est notre frère aine, notre conducteur; là où il est, nous devons aller aussi. La route qu'il a ouverte , c'est pour nous aussi bien que pour lui. S'il a pénétré dans les hauteurs célestes , c'est afin que, transformés à son image, nous y pénétrions à sa suite. En un mot, sa destinée et la nôtre se confondent, et de l'ascension de Jésus il faut conclure à notre ascension ultérieuie à nous tous. Voilà ce qui fait l'intérêt et le sens supérieur du prodige. Le Christ monte au ciel , donc l'humanité y monte en lui , avec lui et après lui.

Maintenant qu'est-ce que » monter au ciel?" Matériellement ce serait l'acte de quelqu'un qui s'élèverait à nos yeux dans les hauteurs de l'air , et quand on se représentait la Divinité comme localisée au-dessus de la voûte céleste, on voyait dans cette élévation le moyen proprement dit de se rapprocher de Dieu. Mais spirituellement nous montons au ciel quand nous nous rapprochons de Dieu par le perfectionnement de notre être spirituel. A mesure que nous connaissons mieux le vrai et que nous pratiquons mieux le bien , à mesure aussi nous nous rapprochons de Dieu, nous nous élevons vers l'état de perfection , nous montons au ciel.

L'Ascension devient donc , si l'on y pense bien , le symbole ecclésiastique et traditionnel de la destinée de l'humanité et de chacun de nous. . Elle représente le progrès infini, étemel , . de la créature humaine appelée à réaliser l'image de Dieu. Elle personnifie dans le plus pur et le plus sublime des fils de l'homme cette haute vérité à laquelle se rattache l'avenir de notre race et notre, avenir éternel à nous-mêmes. C'est parce que nous sommes appelés de Dieu à la perfection que l'humanité s'améliore à travers les siècles et que chacun de nous peut espérer une vie étemelle. L'humanité , à la suite de Jésus Christ, monte au ciel, marche vers la ressemblance avec Dieu, s'assied à sa droite, telle est l'idée grandiose que

contient l'Ascension , et si vous avez su de cette manière en saisir le sens spirituel, si vous sentez que telle est en effet l'explication de l'importance attachée par tant de générations à cet inadmissible prodige — en ce sens que pendant des siècles le chrétien a senti qu'il était appelé à monter au ciel avec son Sauveur ressuscité — vous vous réconcilierez avec sa forme extérieure, et vous admirerez avec moi ce pur et beau symbole du Christ s'élevant dans les airs comme notre roi, notre chef, notre guide, et nous bénissant toujours du haut des deux où il réside.

Il est des momens dans l'histoire où l'on a bien besoin de se retremper dans ces convictions sereines pour ne pas perdre confiance dans la destinée. En temps calme, lorsque la société suit sa marche accoutumée, on se fait aisément à l'idée d'un progrès lent, mais continu, qui élève peu à peu l'homme au-dessus des misères inhérentes à sa condition terrestre. Mais quand surviennent les grands troubles et les grands orages, quand les passions tumultueuses toujours présentes au cœur de l'homme débordent et font rage, quand la haine, l'injure, la violence, le meurtre se donnent libre carrière , on se prend à douter involontairement de cette destinée ascensionnelle de l'homme. On se demande avec amertume si ses prétendus progrès sont autre chose que le rêve de quelques âmes honnêtes, et si en réalité l'homme ne pourrait pas tout aussi bien retourner à cette vie brute, animale, dont il est à peine sorti, que monter vers un ciel dont il est aussi indigne qu'incapable.

Raisonnement faux , M. F. Car il ressemble de tous points à celui d'un enfant qui, voyant les tempêtes interrompre le développement d'un beau printemps , en concluerait que l'été ne viendra jamais. Ne vous est-il pas arrivé plus d'une fois, au moment où le vent et la pluie venaient de se

déchaîner avec furie, d'entendre tout de suite après un frais gosier d'oiseau lancer dans les arbres son chant sonore comme pour vous annoncer le retour du soleil ? Hé bien ! au milieu de nos tristesses et de nos inquiétudes actuelles, quand nous en sommes à ne plus savoir où va ce malheureux monde, j'aime, j'aime ardemment à prêter l'oreille à cette* mélodie éthérée du jour de l'Ascension qui nous répète cette année comme les autres: Le Christ monte au ciel , et vous avec lui !

En définitive, l'humanité ressort toujours de ces grandes crises plus forte , mieux trempée , plus éclairée qu'elle ne l'était auparavant. G'esjt par la douleur provenant de ses fautes qu'elle apprend à s'en corriger. Dire que les expériences ne lui servent à rien, c'est faux. Il est toujours facile de démontrer le contraire et de ramener cet adage prétendu, au fait non moins facile à prouver qu'elle est lente à s'instruire. Nier que depuis l'antiquité reculée l'humanité ait avancé sur la route du vrai et du bien, c'est fermer les yeux à l'évidence. Elle est encore en proie à mille maux, je lésais; des misères, des souffrances, des corruptions sans nom la déparent et la souillent encore, ce n'est que trop certain. Mais enfin la question est pourtant de savoir si la somme totale n'en a pas diminué, et pour nier qu'elle a diminué, il faut ne pas connaître l'antiquité, ses maximes, ses institutions, ses horreurs. Voyez bien que celles qui nous révoltent le plus à cette heure sont les réapparitions, hideuses, je le dis comme vous, mais enfin les réapparitions transitoires de ce qui était l'état constant, perpétuel, normal, des époques antérieures.

Ne renonçons donc pas à la bienfaisante espérance du royaume des cieux qui doit venir sur la terre. Oui, le jour viendra où nos descendans admireront que nous ayons pu être encore de nos jours si haineux, si vindicatifs, si bar-

bares; de ce que vous ayons laissé tant d'oppressions se perpétuer et tant d'injustices se commettre; de ce que, avec les moyens dont nous pouvions disposer, nous n'ayons pas fait plus de bien ; de ce que nous nous soyons si longtemps attardés au fond des vieilles ornières, tandis que la voix céleste nous appelait à monter toujours. Ils auront raison de s'étonner ainsi, mais cet étonnement lui-même proviendra de ce que je vous ai dit, savoir que nous sommes appelés à suivre Jésus dans son ascension vers le ciel, et qu'en définitive, bien que très lentement, nous montons.

A présent, ne nous bornons pas à chercher l'application de cette loi de la nature humaine dans la société en général. Tâchons de la découvrir aussi en nous-mêmes individuellement. En fait chacune de nos âmes est tout un monde, toute une histoire humaine. Nous aussi, nous avons l'expérience pour institutrice, la douleur pour aiguillon, le péché pour ennemi principal. Devant chacun de nous aussi se déroule à perte de vue le chemin du progrès infini, du progrès éternel, voulu par la bonté de Dieu. Si loin que nous puissions être, son esprit nous cherche et nous appelle. Dans cette invitation : Viens à moi ! qu'il adresse à toute âme religieuse , se trouve contenue la promesse de monter au ciel. .

Mais, faites y bien attention, qui doit momter au ciel? Qui est appelé à se rapprocher toujours plus de Dieu? Est-ce nous tout entiers, nous et nos vices, nous et nos haines, nous et- notre péché? Non, et le symbole de l'Ascension nous avertit efficacement. Celui qui monte au ciel, ce n'est pas l'homme charnel et terrestre, c'est le Christ, le Christ sanctifié , consacré par l'épreuve et parvenu à sa stature complète. De même, ce qui forme et alimente en nous la personne destinée à la vie du ciel , c'est la sanctification, la purification des désirs, la conversion du cœur.

Il y a en chacun de nous tous un être animal, égoïste, purement terrestre , qui ne peut vivre que pour la terre et sur la terre, il y a des souillures à effacer, des convoitises à comprimer, des défauts à corriger; pour que nous osions prétendre à l'ascension.

Il n'en est pas moins salutaire et doux d'apprendre que, si nous ne pouvons sans renoncement et sans conversion aspirer à la vie supérieure, d'autre part nous sommes faits pour y aspirer et y parvenir. C'est là ce qui soutient, ce qui encourage, ce qui console. Malheureux ceux qui, dans les soucis amers de la vie, dans les rongemens de la douleur, n'ont pas cette espérance bénie dans l'âme! Au contraire , félicitons tous ceux , quelque soit leur sort actuel , qui ont confiance en Dieu pour l'éternité.

Voyez, M. F., on retire une impression éminemment sereine et pacifiante de la contemplation du* monde au soleil de l'Ascension. Ils semble que, sur le sommet delà montagne sainte, on voie se détacher continuellement de l'humanité des âmes qui montent au ciel.

Il en est dans le nombre de bien pures, de bien innocentes. Elles viennent d'être enlevées aux baisers et aux larmes de leurs mères; mais c'est dans leurs rangs que se recrutent les anges. Laissez-les monter vers le Père. Elles ne perdront pas au change.

Il en est d'autres à peine plus mûries, tout ensoleillées, dirait-on , des grâces de la jeunesse , qui promettaient beaucoup à la terre, mais qui j)romettent plus encore au monde mystérieux où nous les rejoindrons.

Il en est d'autres qui avaient déjà bien combattu, peutêtre bien gémi, que la main de l'impitoyable mort a brusquement frappés. Beaucoup de pleurs les suivent aussi, mais sans pouvoir les faire redescendre. Eux aussi montent, montent toujours ; ils ont disparu en Dieu.

Il en est enfin de vénérables, qui avaient achevé leur course sur la terre. C'est la jeunesse pour eux qui recommence,* mais une jeunesse plus pure, moins troublée que la première , la jeunesse des cieux qui vient les illuminer et les vivifier pour jamais.

Où va-t-elle , cette nuée des esprits qui monte continuellement de la terre aux cieux? Quel est cet avenir insondable qui s'ouvre devant elle ? Où aboutit cette ascension sacrée des jeunes et des vieux, des forts et des faibles? Nos yeux se fatiguent à les suivre dans les hauteurs où ils disparaissent. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que plus ils montaient, plus leur front rayonnait d'une étrange allégresse. Ils voyaient ce que nous ne pouvons voir. Une lumière supérieure à la nôtre lançait déjà jusqu'à eux d'inelBfables rayons. Le Christ courpnné de gloire et plein d'amour pour cette humanité à laquelle il s'est sacrifié leur serait déjà apparu à cette hauteur ethérée pour les inviter à se réunira lui, qu'il n'en serait pas autrement.... Mais trêve de suppositions. N'ayons pas l'audace de sonder l'impénétrable. Redescendons la montagne où nous ne pouvons rester toujours en contemplation, reprenons les travaux de la vie, nous résignant à ses épreuves et à ses fardeaux, mais avec la conviction que pour nous aussi l'ascension est une réalité , la plus auguste , la plus douce des réalités, qu'elle est notre destinée certaine, et que la grande chose, la chose nécessaire,^ c'est d'en être digne par nos désirs, nos amours, notre conduite entière. Le Christ est monté au ciel. Puisse le Christ en nous se former et grandir pour que nous y montions aussi!

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