VI. — Le virus herpétique et l'herpès récidivant
On pouvait se demander si les herpès à caractère récidivant n’étaient pas détei-minés par un virus individualisé. Or l’expérimentation, tant humaine qu’animale que nous avons réalisée, n’autorise pas à les rattacher à un virus différencié de caractère stable.
La question se pose alors de savoir où demeure le virus dans l’intervalle des poussées. Son absence in situ dans les périodes intercalaires jointe aux signes classiques (douleurs névralgiques) et aux modifications du liquide céphalo-rachidien (lymphocytose) permettait déjà de penser que le virus survit dans un segment du système nerveux périphérique pouvant aller jusqu’aux régions médullo-ganglionnaires.
Nous avons donné ù cette hypothèse une base expérimentale. En effet, chez des lapins guéris d’une monoplégie herpétique il est possible, on le sait, de retrouver le virus dans le ganglion rachidien. Or, chez de tels animaux, nous avons pu, par certains artifices (soustraction du liquide céphalo-rachidien, inoculation bactérienne) provoquer la reprise de l’infection herpétique. On saisit là combien ces reviviscences expérimentales du virus ont d’analogie avec l’évolution de l’herpès récidivant humain.
Il apparaît donc bien que le virus herpétique est susceptible de manifester chez l’homme un neurotropisme tout particulier, mais il s’agirait d’une propriété acquise passivement à la faveur, peut-être, d’un trouble
circulatoire ou d une lésion anatomique du système nerveux et nullement transmissible lors de passages ultérieurs sur d’autres individus. Ce neurotropisme, d’ailleurs, reste limité et l’atteinte nerveuse ne semble pas franchir le ganglion spinal postérieur.
Les causes provocatrices de la poussée d'herpès.
C’est la survenue des crises herpétiques qui fixe avec le plus d’intérêt la physionomie si spéciale de l’herpès chez l’homme.
Il est, certes, bien difficile de donner une explication précise du mécanisme des poussées herpétiques. Néanmoins, on retrouve dans les nombreux états morbides qui précèdent leur éclosion, un facteur commun représenté par une perturbation humorale. Elle est évidente lorsque l’herpès survient à la suite de choc protéinique ou toxique (choc vaccinal, inoculation endoveineuse de vaccins divers, injections intra-rachidiennes de sérum physiologique ou d’albumine hétérogène, injection de novarsenobenzol).
C’est au même mécanisme qu’il faut rattacher sans doute les poussées herpétiques consécutives aux crises d’asthme ou alternant avec elles. Quant aux manifestations herpétiques qui accompagnent de si nombreuses infections, il est vraisemblable qu’elles sont liées à la pénétration dans l'économie de produits de lyse microbienne et au déséquilibre humoral qui s’ensuit. On commence, en effet, à connaître le rôle des protéines bactériennes dans la genèse de certains symptômes.
morbides — fièvre et frissons de la pneumonie, des septicémies, du paludisme — et dans la survenue des phénomènes de crises. Or, c’est ' précisément à la période d’invasion ou à la phase critique que s’observe le plus souvent la survenue de l’herpès.
De l’observation de tous ces faits, il apparaît qu’une série de modifications d’ordre physique peut, par un trouble de l’équilibre plasmatique ou cellulaire, exalter l’activité d’un virus jusque-là latent.
Ces considérations s’appliquent aussi bien à l’herpès primitif ou symptomatique qu’à l’herpès récidivant, la coïncidence de celui-ci avec les périodes cataméniales, les accidents migraineux, goutteux, asthmatiques ou urticariens soulignent encore la corrélation qui unit les poussées d’herpès et les nombreuses causes qui altèrent le métabolisme humoral.
Il reste à expliquer pourquoi certains individus sont soumis au.x récidives herpétiques. Il serait téméraire d’apporter une réponse définitive, néanmoins il apparaît nécessaire que le virus se soit localisé en un point fixe de l’organisme, probablement au niveau du ganglion rachidien selon nos observations expérimentales sur le lapin. Que survienne alors une perturbation, tel un choc, et le virus latent dans l’intervalle des poussées va récupérer son activité et déterminer l’efflorescence.