‹ Dr Pierre GastinelChapitre 19 sur 65 · III. — La place du paratyphique G dans la systématique · texte numérisé non relu

III. — La place du paratyphique G dans la systématique

Ce serait pourtant une erreur de croire que la dénomination de paratyphique G que nous donnons désormais au germe étudié en raison de son analogie avec le microbe de Hirschfeld, indique d’une manière précise sa place dans la systématique. En effet, à lire la littérature complexe consacrée au para G, rien n’est plus touffu et même contradictoire que les opinions qui se sont fait jour sur la position de ce groupement bactérien.

On a vu que le terme de para G a été introduit dans la nomenclature par Uhlenhut et Hubener qui,' dès 1908, ont décrit sous ce nom tous les germes ayant les attributs du paratyphique B, mais non agglutinables ' par l’immun-sérum para B. De tels microbes ont été retrouvés par eux dans les saucissons, chez les porcs

sains ou atteints de Hog-choléra, chez les veaux sains ou atteints d’entérite. Ces auteurs signalent également que le germe aurait été rencontré dans les matières fécales d’hommes sains. Le rôle pathogène du para C pour l’homme ne leur paraît cependant pas clairement démontré puisque, dans un travail tout récent, Uhlenhut et Seiffert déclarent qu’il n’a aucune importance particulière dans la pratique.

La connaissance de hacilles paratyphiques, différents des types jusqu’alors individualisés, s’élargit encore lorsque Bernhardt trouva dans les empoisonnements provoqués par des viandes en Brandebourg un germe microbien particulièrement pathogène pour le cochon de lait, variété du groupe du Hog-choléra, qu’il désigna sous le nom de Bacillus suipestifer de type Voldagsen. Ceissler isole le même germe au cours d’une épidémie de gastro-entérite en Poméranie. Pendant la guerre, il fut aussi retrouvé dans les Balkans, en Galicie, en Serbie. Ultérieurement Pfeiler et Engelhardt ont isolé également des bacilles du Hogcholéra pathogènes pour l’homme, type Kunzendorf. C’est à ces bacilles que Weil et Saxl donnent le nom de paratyphique p. Or, les recherches poursuivies sur un grand nombre d’échantillons par Manteufel, Zsclîucke et Beger les ont amenés à conclure qu’aucune différence sérologique ou culturale ne pouvait être maintenue entre le type Voldagsen et le type pestifer, et que d'autre part, les bacilles (3 d’origine humaine rentraient dans le groupe du Hog-choléra. C’est à l’ensemble de ces germes (para p, type Voldagsen, type

pestifer) que, d’après Manleufel et ses collaborateurs, répondrait la dénomination générale de groupe para G.

On voit donc combien ce terme a une compréhension étendue par rapport à l’appellation de Uhlenhut. Mais à vrai dire, le bacille paratyphique G n’a pris une importance réelle dans la pathologie humaine qu’avec la publication de Hirschfeld. Ici, il s'agit non plus d’empoisonnement alimentaire par des viandes, mais bien d’infection à allure typho-paratyphique. Des germes analogues à celui décrit par Hirschfeld ont été retrouvés en Turquie, en Albanie, en .Wolhynie, en Russie. Weigmann réunit sous le nom de para G tous les bacilles décrits sous les appellations diverses de paratyphiquep, bacille d Erzindjan, para N, et isolés chez 1 homme au cours de syndromes typhiques ou d’ictère infectieux (échantillon Stanley).

Ainsi donc, le para G a été incriminé tantôt comme la cause d’entérite aiguë par empoisonnement alimentaire, tantôt comme l’agent d’une infection typho paratyphique.

Les modalités différentes dans l’action pathogène des microbes amèneraient à se demander si ce groupe du para G est réellement homogène. Ne présenterait-il pas certaines variétés, analogues à celles que l’étude de diverses origines du para B nous ont appris à connaître : paratyphique B de Schottmüller rencontré dans les fièvres paratyphoïdes, et d’autre part, bacille de Gartner, Bacillus enteritidis de Breslau, isolés dans les intoxications alimentaires ? La question se ramènerait en somme à discerner la provenance humaine ou

animale de l’échantillon étudié. Malheureusement, aucun des critères auxquels on peut avoir recours ne fournit une indication très précise : ni le caractère muqueux des colonies, ni l’épreuve de D. et T. Schmidt ne sont susceptibles d’apporter des résultats constants.

Restent les méthodes sérologiques. Le para C, source d’intoxication alimentaire et par conséquent de provenance animale, serait agglutiné par le sérum anli-suipestifer (Manteufel), tandis qu’il demeure inagglutinable, comme no.us l’avons vu, par les immunsérums para B et Gartner. Comment le para G d’origine , humaine isolé dans des infections à allure typhique se comporte-t-il vis-à-vis du B. suipestifer ? Dans son travail original, Hirschfeld ne l’indique pas. Schuetze, à l’Institut Lister, mentionne que l’immun-sérum agglutinant le Hog-choléra, souches 12 et 14, aurait une action identique sur l’échantillon d’Hirschfeld. Weigmann, Hayashi notent aussi cette particularité sur les différentes souches étudiées.

Il ressort donc que les réactions d’agglutination se comporteraient dans le même sens, quelle que soit l’origine, humaine ou animale, du paratyphique G ; elles tendent même à le rapprocher singulièrement des bacilles des intoxications carnées. Pourtant, nous devons reconnaître que cette propriété agglutinative à l’égard de l’immun-sérum suipestifer no nous paraît pas constante ; elle faisait défaut tant pour le germe que nous avons étudié que pour deux échantillons de para G isolés, l’un en Serbie, l’autre en Polsgne, à

l’égard d’un sérum Anii-suipestife?' préparé avec un échantillon de collection.

Sans doute existe-t-il des souches de Hog-choléra à pouvoir antigène plus ou moins étendu,ce qui explique les différences observées. La meilleure preuve que l’on en puisse donner est que Scliuetze mentionne les numéros des échantillons avec lesquels il a préparé les sérums agglutinant le para G. Ceci laisse entendre que les immuii-sérums capables d’avoir une telle action ne peuvent être obtenus avec tous les représentants de l’espèce Hog-choléra. D’ailleurs, c’est par l’injection à l’animal d’un B. suipestifer du type Voldagsen que Weigmann a obtenu des agglutinines à l’égard des divers microbes qu’il groupe sous le nom de para G.

Il apparaît donc que la propriété, si fréquente soitelle, d’être agglutiné par l’iminun-sérum suipestifer, n’est pas suffisamment constante pour servir de caractéristique sérologique au paratyphique G et pour autoriser définitivement sa complète identification avec les bacilles du Hog-choléra. Gette manière de voir, conforme d’ailleurs à l’opinion soutenue récemment par Hayashi, trouverait encore un argument dans le fait qu’après plusieurs repiquages, certaines souches de para G subissent des variations au point de se laisser agglutiner par des immun-sérums primitivement inactifs à leur égard (échantillon de Mackie etBowen), mais il ne s’agit là que de phénomènes de coagglutination comme le montre l’épreuve de Gastellani.

Conclusion.

Les difficultés que l'on éprouve à situer la position du para C dans la nomenclature tiennent essentiellement à ce qu’il fut surtout défini à l’origine par ses caractères sérologiques négatifs vis-à-vis des autres paratyphiques pathogènes pour l’homme, jusqu’alors classés. Une délimitation aussi peu précise de ce groupement risquait, au fur et à mesure des découvertes d’échantillons divers, de lui faire perdre son homogénéité. Entre les microbes primitivement décrits par Uhlenhut et ceux dénommés également para C par Hirschfeld. une comparaison n’a pas été, à notre connaissance, systématiquement poursuivie. Cette absence de contrôle, impossible pendant la guerre, fut d’autant plus regrettable que les conditions dans lesquelles le para C fut isolé en Serbie et en Allemagne ont été très différentes.

Malgré l’absence d’arguments bactériologiques suffisants, il est permis de se demander si le germe décrit par Hirscheld et dont nous venons de retrouver un échantillon en F’rance doit être confondu avec celui isolé par Uhlenhut et si, au nom de fa clinique et de l’épidémiologie, on ne peut prévoir une division qui serait confirmée par des recherches ultérieures. C’est également l’opinion émise par Dopter et Sacquépée dans la récente édition de leur traité de bactériologie.

L’avenir dira si, parmi les germes actuellement décrits sous le nom de para C, il ne convient pas d’isoler une race adaptée à l’homme et qui emprunterait désor-

mais aux microbes typho-paratyphiques leur mode habituel de propagation.

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