LA VARIOLE
se fait progressivement et ne présente pas le ressaut brusque qui caractérisé la soudaine apparition de l’aréole.
*• Ç cL K ^ifocj-ue^
Evolution d’une Primo-viiocinution
Etude des revaccinations et de l’allergie vaccinale
Les lésions produites par des revaccinations ultérieures sont très differentes des lésions de première vaccination.
3TIXEL
Aussi, les anciens auteurs les ont-ils longtemps décrites comme lésions de fausses vacccines.
Dans mon article du traité Serg'ent, Ribadeau-Dumas, Babonneix, j’ai longuement insisté sur la nécessité d’abandonner cette ancienne description et de désigner sous la dénomination de lésions de revaccination tous les aspects cliniques, même les plus dégradés, qui peuvent être observés à la suite de nouvelles inoculations vaccinales.
Il est hors dè doute qu’après une première vaccination immunisatrice il demeure cependant possible de déterminer chez l’individu des réactions vaccinales secondes, offrant des caractères spéciaiix. Nous nous bornerons à rappeler les points suivants :
i“ Quand on pratique expérimentalement comme nous l’avons réalisé des séries d’insertions vaccinales se succédant quotidiennement pendant l’incubation de la lésion primo-vaccinale, on observe que toutes ces revaccinations secondes, effectuées sur un point quelconque du tégument, offrent simultanément l’apparition de leur aréole ; celle-ci atteint donc son maximum au moment où l’aréole de la première vaccination offre son acmé. Alors que le maximum aréolaire est réalisé le ii®jour pour la lésion vaccinale primaire, il est atteint, au contraire, pour les vaccines secondes, dans un laps de temps régulièrement décroissant.
2° A partir du moment où l’aréole de première vaccination est constituée, la réponse clinique aux vacci-; nations ultérieures se résume en une papule érytliémar
liECHEllCHES liELATIVES A LA VACCINE ET A LA VAEIOLE 27
leuse présentant son acmé dès la fin de la première journée et achevant toute son évolution en 48 heures.
J.- O Vaccination au 2" jour.
O-0 » » 4“ jour.
)<:■ - ^ ■ ,) I) 9" jour.
C’est le type de la réar'tion précoce décrite par Pirquet.
3 “ Si la revaccination est effectuée quelques mois ou
CASTIIVEL
peu d’années après une première vaccination on observe une lésion à évolution raccourcie, l'aréole apparaît plus vite que dans la lésion primo-vaccinale, et elle atteint plus précocement son maximum le 6' jour au lieu du I i®jour.
Quant à la papille, elle ne dépasse pas le stade vésiculeux ou bien la pustullation n’est qu’à peine ébauchée. Un tel type caractérise la réaction dite accélérée.
4 ° L’aptitude à réagir au vaccin peut être exagérée par la répétition même des revaccinations ; pratiquant sur mon propre bras des séries d’insertions vaccinales sur un même point, j’ai pu placer cette région en état d’hyper-sensibilité.
L’inoculation du vaccin détermine alors en quelques heures une lésion papulo-érythémateuse qui ne serait obtenue par une première vaccination' qu’au bout de 5 à 6 jours. C’est le type des réactions hijperergiques.
Ainsi donc l’individu, en état de protection anti-variolique, n’a pas acquis un état réi’ractaire à l’égard du vaccin ; tout au contraire, il offre des dispositions nouvelles pour réagir plus rapidement à une nouvelle dose de virus vaccinal. Pirquet groupe l’ensemble de ces faits sous le terme général d’allergie qui rappelle l’état particulier dans, lequel se trouvé l’individu vacciné.
L’état humoral du sujet vacciné
Au cours des .primo-vaccinations nous avons mis en évidence 2 types de réaction : U La réaction de fixation
liJiClIElICHES «ELATIVES a LA VACCIAE ET A LA VARIOLE 20
apparaît vers le 8« jour plus précocement que la propriété anti-virulente, mais elle a toujours une durée très limitée et s’atténue progressivement pour disparaître du 10® au 20® jour. Elle ne dépasse.donc pas dans sa duree le cycle évolutif de la lésion vaccinale.
2“ La réaction virulicide apparaît vers le 12® jour, au moment où l’aréole est en régression et où disparaît la virulence du vaccin intra-épidermique.
Le pouvoir neutralisant subsiste longtemps après la première vaccination, il dure autant que persiste l’immunité.
Ainsi, nous avons été amenés à décrire deux types de réactions humorales distinctes : l’une, précoce, transitoire est contemporaine de Vétat d'infection vaccinale ; l’autre, plus tardive, persistante, s’atténue à mesure que s’épuise la protection anti-variolique, et témoigne de Vétat d'immunité.
Les réactions humorales de l’état d’allergie
Les données précédentes nous ont amenés à examiner, parallèlement avec les réactions humorales,les caractères objectifs de l’éruption dans la revaccination.
Nous avons observé que lorsque cçtte dernière évolue selon le mode allergique de la réaction précoce, le sujet présente,dans son sérum, des substances décélables invitro par la recherche de la propriété virulicide.
Nous avons même pu préciser le moment où, après une primo-inoculation, le sujet répond à une seconde insertion de vaccin, selon le type de la réaction précoce :
30 ]>. CASTINÈL
ce moment est jiislemeiit celui où la sensibilisatrice déviant le complément a déjà disparu dans le sérum, cl où la propriété anti-virulente subsiste seule.
Ainsi, il nous a été possible d’établir un schéma des réactions humorables susceptible d’expliquer l’état d’allerg-ie et qui appuie sing-ulièremenl la conception émise par Pirquet.
Cet auteur interprète le phénomène allergique selon une théorie très générale, par le jeu de deux types d’anticorps en proportions différentes ; les uns sont à fonction antiloxique, et disparaissent très vite après la primo-vaccination ; les autres, appelés ergine, sont à fonction bactériolytique et persistent fiu contraire très longtemps. Ces derniers auraient comme caractéristique de se combiner avec toute nouvelle dose de substance inoculée pour donner naissance à un produit secondaire, toxique, Vapotoæine, et qui détermine une réaction clinique immédiate. Les premiers jours après la vaccination, ces deux types d'anticorps coexistent en proportions égales. L’anticorps antitoxique; jouissant de propriétés neutralisantes, empêche l’effet de l’anticorps baclériolytique ; c’est pourquoi la revaccination ne produit souvent qu’une lésion minimale lorsqu’elle est faite aussitôt après une première vaccination. Dans les jours suivants, l’anticorps antitoxique disparaît, et le jeu de la substance bactériolytique peut librement provoquer la réaction clinique précoce.
Enfin, les revaccinations successives excitent localement la formation des anticorps lyliques,ce qui explique l’apparition des réactions hyperergiques.
liÈCHEiiCHËS lŒLATlVÉS A 1,A VACCINE ÉT A LA VAlliOLE 31
A la conception de Pirqiiet, prévoyant ainsi deux types d’anticorps, peut donc se superposer la constatation de deux réactions sérologiques distinctes dont l’apparition simultanée et la dissociation ultérieure répondent de façon frappante au schéma théorique. La figure ci-jointe synthétise ce rapprochement.
Jours !. 1 ^^
Schéma des anticorps d’après la théorie de V. Pirquet et comparativement schéma des réactions humorales' observées par Teissier et Gastinel.
Nos constatations mettent donc en évidence que le pouvoir neutralisant du sérum est bien la traduction humorale de l’état clinique d’allergie.
>. gaStinèL
Elles prouvent nellemenl aussi que rimmunité conférée par une primo-vaccination entraîne une sensibilité spéciale vis-à-vis d’une nouvelle insertion vaccinale.
Dès lors, la réaction allergique apparaît comme le double témoignage clinique de cette immunité acquise et de cette sensibilité.
Nous n’avons pas à insister sur l’importance de ~ces notions qui donnent leur vraie valeur aux aspects les plus dégradés des lésions revaccinales.
Elles traduisent la sensibilité de l’organisme immunisé vis-à-vis du vaccin.
Cette sensibilité conditionne la destruction immédiate de toute nouvelle dose de vaccin inoculé.
En résumé, les lésions de revaccination ne doivent plus être considérées comme un produit dégénéré de la vraie vaccine.
La dénomination de fausse vaccine doit définitivement disparaître.
De telles réactions témoignent tout au contraire et à la fois, de la spécificité du virus vaccinal et de la présence d’anticorps décelables selon le schéma que nous avons donné.
llÈCHEliCHES RELATIVES A LA VACCINE ET A LA VARIOLE ^3
ÉTUDE DE L’INFECTION ET DE L’IMMUNITÉ DANS LA VACCINE EXPÉRIMENTALE PAR VOIE CUTANÉE ET NON TÉGUMENTAIRE
Nous avons étudié les réactions humorales offertes par divers animaux vaccinés sur la peau ; à ce point de vue une génisse, un singe, deux chiens et vingt lapins ont été mis en expérience.
Nous avons pu obtenir les mêmes types de réactions que chez l’homme; la réaction de fixation s’est montrée avec son double caractère précoce et transitoire, elle disparaît lorsque s’installe le pouvoir anti-virulent du sérum.
D’autre part, une longue série de recherches a été réalisée pour étudier les réactions humorales dans la vaccine non tégumentaire.
Pour cela, nous avons tout d’abord précisé l’influence de l’introduction par voies non tégumentaires du virus vaccin sur l’immunisation vaccinale dont la réalité, le degré ou la valeur restaient encore controversés.
Les lapins recevaient le vaccin par la voie sous cutanée et intra-veineuse déjà employées par un certain nom-
Gastinel ,
1'. (JastInëL
bre d’expérimentateurs, mais nous avons surtout eu recours à la voie digestive, peu étudiée jusqu’à nous, et à la voie péritonéale qui nous paraît n’avoir jamais été utilisée.
L’immunité était appréciée par la recherche virulicide du sérum et de l’état réfractaire de l’animal ainsi inoculé vis-à-vis de la réinoculation vaccinale d’épreuve.
Voici les résultats :
Voie sous-cutanée :
Nos expériences ont porté sur ii lapins , huit ont été immunisés totalement, trois incomplètement. Cette immunité a été réalisée par des doses plus faibles que celles employées par MM. Kelsch, Camus et Tanon. A doses sensiblement égales, l’immunisation semblait plus facilement obtenue par la méthode des inoculations fractionnées que par l’inoculation unique.
Voie endo-veineuse. — Nos expériences ont porté sur onze lapins, sur lesquels dix acquirent l’immunité absolue. Quatre avaient reçu une seule injection de 2 c. c. de vaccin dilué à i 0/0. Au sixième jour, leur sérum ne possédait aucun pouvoir virulicide ; au quinzième jour, il détruisait complètement le vaccin et l’animal était devenu réfractaire à la vaccination épidermique. Six autres lapins reçurent des doses plus faibles,mais répétées ; nous avons constaté que deux étaient immunisés après cinq injections d’un c. c. d’une solution de vaccin à i 0/0 ; un, après neuf injections d’un 1/2 c. c. d’une solution de vaccin à i p. 200 et trois, après quatorze injections d’un 1/2 c. c. d’une dilution de vaccin à I p. 3 oo. Sur un seul lapin qui n’avait reçu qu’une injec-
iiJiCHEncHES HELATIVES A LA VACCINE ET A LA VARIOLE 35
tJon de I G. c. de vaccin à i o/o, l’immunité fut à peine ébauchée. .
Voie péritonéale. — Nos expériences ont porté sur trente-huit lapins ; vingt-quatre furent inoculés par la méthode des sacs de collodion ; quatorze par la méthode directe (introduction par le trocart).
A) Méthode des sacs de collodion. — Douze lapins reçurent environ o gr. 36 de pulpe glycérinée ; six,
O gr. i 8 ; ils furent immunisés entre le quinzième et le vingtième jour. Six reçurent de faibles doses, trois,
2 c. C. 5 et trois, i c. c. 5 d’une dilution vaccinale à I o/o ; leur immunisation fut à peine ébauchée.
B) Méthode directe. — Quatre lapins reçurent a c. c. d une dilution vaccinale à i o/o,leur immunité commença à se constituer vers le quatorzième jour et fut totale vers le vingt-huitième jour. A ce moment, leur sérum avait un pouvoir virulicide absolu, la réinoculation vaccinale épidermique fut négative. Les autres lapins inoculés à dose plus forte (o gr. 36 de pulpe glycérinée) furent immunisés de façon précoce. Sur ' deux de ces animaux elle débuta vers les troisième et quatrième jours, mais, malgré l’absence de toute lésion épider- . mique apparente, il reste possible qu’il y ait eu parla face profonde, en dépit des précautions minutieuses, inoculation dermique.
Voie digestive. — Nos expériences ont porté sur vingt et un lapins qui reçurent par la voie œsophagienne des doses fortes de pulpe vaccinale glycérinée diluée dans du sérum physiologique : i gr. à i gr. 8 o de pulpe, en moyenne i gr. 20.
1*. (iASTlXËL
La quantité de vaccin ne nous a pas paru modifier sensiblement le moment d’apparition ou le degré de l’immunité. En dépit de ces fortes doses, l’immunité a été tardive et réalisée seulement vers le 24® jour ; à l’exception de deux cas, elle faisait défaut au 12° Jour. Il nous a même semblé qu’à ce moment les animaux présentaient au contraire une sensibilité plus grande à la vaccination d’épreuve ; que leur sérum possédait vis-àvis du vaccin une action activante. Cette constatation, spéciale aux inoculations par voie digestive, et dont nous ne voudrions exagérer l’importance, peut-être rapprochée des phénomènes d’hypersenbililé observés dans diver.ses infections (expérimentales ou cliniques) comme stade préliminaire de l’immunité.
Conclusions. — L’immunité par la voie sous-cutanée a été obtenue de façon constante par des doses sensiblement plus faibles que celles employées jusqu’ici (expériences de MM. Kelsch, Camus, Tanonj. Par la voie veineuse, l’immunisation est relativement assez précoce et pour ainsi dire constante, môme à doses faibles. L’inoculation du vaccin dans la cavité péritonéale peut également conférer l’immunité : tardivement et à doses plus fortes par la méthode des sacs de collodion,de façon plus précoce et semble-t-il plus active par la méthode directe, peut-être moins exacte que la précédente. Par la voie digestive, l’immunisation est toujours tardive, exige les doses les plus fortes et paraît précédée d’un état transitoire d’hypersensibilisation.
D’une façon générale, à doses sensiblement égales, la
lîECHERCHES RELATIVES A LA VACCINE ET A LA VARIOLE 37
méthode des doses fractionnées paraît plus active que la méthode de la dose unique.
De ces expériences, il ressort en définitive qu'il est possible de conférer l’immunité vaccinale, et une immunité durable, par toute autre voie que la voie épidermique. Cette immunité est toutefois, à l’exception d un petit nombre de faits, plus lente à se produire, moins régulièrement constante, et exige des doses plus fortes.
Dans une deuxième série d’expériences nous avons étudié, le caractère des réactions humorales chez les lapins vaccinés par voie non tégumentaire : 42 lapins ont été inoculés par voie som-cutanée, par voie endoveiaeuse, par voie digestive, par voie péritonéale.
Dans tous les cas, les faits ont été superposables ; la réaction de déviation apparaît précocement alors que le sérum n’est pas encore anti-virulent et elle disparaît quand l’immunité est définitivement acquise.
La production des sensibilisatrices déviant le complément se produit donc quel que soit le mode de vaccination de l’animal et, de ce fait,permet encore d’affirmer la réalité des vaccinations non tégumentaires.
P. GASTINEL
LES RÉACTIONS SÉROLOGIQUES DE LA VARIOLE LES RAPPORTS HUMORAUX DE LA VACCINE ET DE LA VARIOLE
J’ai pu étudier dans le service du Professeur Teissier, 36 cas de variole qui m’ont permis de préciser les réactions humorales de ces malades.
1“ Pouvoir virulicide :
Le sérum des varioleux présente un pouvoir anti-vi- .rulent vis-à-vis du vaccin, ainsi que MM. Béclère et ses collaborateurs l’avaient signalé ;
Ce pouvoir apparaît des le stade des vésico-pustules ;
2“ Réactions de fixation :
Nous avons appliqué à la variole la technique décrite pour la vaccine en employant comme antigène, soit de la lymphe, soit des croûtes varioliques, d’autre part pour nos 12 premières observations nous avons en même temps employé de la lymphe vaccinale comme antigène.
La réaction de fixation a toujours été observée avec la plus grande netteté dans tous nos cas, sauf 3 . (Voir tableau).
Elle apparaît au stade des vésico pustules, mais bien-
RÉACTION ET FIXATION DANS LA VARIOLE Le Séro-diagnostic de la Variole PREMIÈRE SÉRIE
Numéros
stade
Stade de
Fin de la
Observa-
des
vésicopus-
suppuration début de
dessication début de la
desquamation 30» j.
lions
tules
dessication
desquamation
Mort
Mort
Les signes supérieurs représentent les résultats obtenus avec l’antigène vaccinal ; les inférieurs représentent ceux obtenus avec l’antigène vario-
-|- + : Réaction et fixation positive dans les 3 tubes.
-f- : Réaction positive dans 2 tubes sur 3.
— : Réaction négative.
? : Réaction douteuse.
Le Séro~dîagnostic de la Variole DEUXIÈME SÉRIE
Numéros
Observa-
vésicopus-
Stade de suppura-
début de dessication
Fin de dessication début de desquama-
Fin de desquama-
Après la desquama-
Mort
Mort
Les Réactions de fixation n’ont été faites qu’avec l’antigêne varioiique. + + : Réaction positive dans les 3 tubes de la Réaction,
+ : Réaction positive des 2 tubes,
? : Réaction douteuse,
— : Réaction négative.
becheuches relatives a la vaccine et a la variole 41
tôt elle s’atténue en même temps que l’infection variolique s’éteint et elle disparaît vers le 3 o® jour. On retrouve donc ici, la très courte évolution de la réaction qui suit le cycle infectieux de la maladie.
Nous avons noté au cours de nos e.xpériences que la réaction produite avec l’antig-ène vaccinal peut persister plus longtemps qu’avec l’antigène variolique.
La possibilité d’obtenir avec l’un ou l’autre de ces antigènes des déviations complémentaires constitue une véritable méthode de séro-diagnostic de la variole.
Enfin elle pose sur un nouveau terrain les rapports de la variole et de la vaccine.
Rien n’autorise à déduire de nos constatations l’identité de ces deux virus ; ce fait rentre simplement dans le cadre des co-fixations déterminées par des antigènes de même groupe.
P. GASTINEL