INFECTION ET IMMUNITÉ CUTANÉES
Au cours de nos études sur la pasteurellose, nous avons été amenés à envisager d’une façon toute particulière l’infection et l’immunité par voie cutanée chez le cobaye.
En badigeonnant la peau épilée, mais non rasée de cet animal avec le coccobacille rendu très virulent par passages alternatifs sur la souris et sur le cobaye, nous avons pu provoquer des lésions complètes vésiculo-pustuleuses avec œdème, hyperthermie et mort de l’animal.
Si la même expérience est faite avec une culture âgée de a4 heures, et par conséquent, moins virulente que dans l’expérience précédente, on obtient une rougeur limitée à la zone de frottement; la peau offre un semis de petites vésico-pustules miliaires, sans infiltration sousjacente, ces vésicules se rompent vers le 2 ® ou le 3® jour, elles sont remplacées par de fines croûtelles et vers le 10 ® jour, la peau reprend son aspect normal.,
Durant cette réaction cutanée, l’animal présente une légère élévation de température et de l’amaigrissement, mais en aucun cas, l’animal ne succombe. La réaction ainsi obtenue sur la peau est nettement spécifique et la preuve en est fournie par la présence dans le liquide des vésicules, de coceobacilles en très grand nombre. Ce curieux phénomène s’est toujours montré semblable à luimême sur un très grand nombre d’animaux en expé¬
rience.
TUDES SUR LES l'ASTELliELLOSES
On peut donc, en atténuant la virulence par vieillissement de la culture, obtenir une réaction cutanée dégradée se résumant en un simple placard érythémateux.
D’autre part, si au lieu d’épiler le tégument du cobaye, on le rase et si l’on pratique l’application de la culture au moyen d’une pipette réalisant des scarifications, on obtient la mort de l’animal. Il ressort donc de ces expériences que, dès que la surface du derme est intéressée par l’inoculation, la mort est rtssurée. Au contraire, pour que l’animal survive, il est indispensable que la lésion reste strictement limitée aux plans superficiels de l’épiderme.
La lésion provoquée sur l’épiderme du cobaye détermine une immunité sur la zone cutanée primitivement intéressée et qui devient réfractaire à une nouvelle tentative d’inoculation alors même que cette dernière est précédée d’excoriations profondes, mais, fait intéressant, à distance, la peau n’offre aucune immunité appréciable, c’est-à-dire qu’une nouvelle inoculation pratiquée ailleurs qu’au niveau de la zone primitivement inoculée, détermine une vésiculation semblable à celle de la primo-infection.
Quant à l’immunité générale du cobaye, elle a été acquise chaque fois que la réaction locale a été franchement vésiculeuse. Lorsque, au contraire, la réaction cutanée s’est bornée à une simple plaque érythémateuse, l’immunité générale du cobaye est nulle ou peu marquée.
Nous avons noté que, dans le cas où l’immunité était acquise, le sérum ne renfermait pas d’anticorps.
GASTIAEL
De l’ensemble de ces recherches, il apparaît donc possible chez le cobaye, avec le germe étudié et dans des conditions déterminées, de circonscrire en une maladie locale une infection hautement septicémique.
C’est là un des points qui nous semble les plus intéressants à mettre en évidence. Il est également, curieux de les rapprocher, sans d’ailleurs les identifier, avec les phénomènes observés par Besredka, constatant que la friction de la peau rasée du cobaye avec des bacilles charbonneux détermine une lésion curable, à la suite de laquelle l’animal supporte l’inoculation du virus aussi bien par voie sous-cutanée que par voie extra-cutanée.
Il semble donc que, dans certaines conditions, soit dévolue à la peau une action défensive au cours de laquelle l’organisme acquiert une immunité tissulaire indépendante de toute propriété humorale. Nos recherches sont un curieux exemple de ce fait brutâl et bien.acquis ; Un germe d’une virulence extrême, sidérant constamment toute la défense organique, limite son action pathogène à une simple réaction locale inflammatoire lorsque l’épiderme entre seul en conflit avec lui.