CHER
C'est dans le département du Cher que le drainage à l'aide de tuyaux a été, pour la première fois, exécuté en France. On est redevable de cette initiative à M. Lupin, qui, dès 18i5, a conmiencé à drainer sa terre de Loroy (canton de la Chapelle) avec des tuyaux ovales étirés par une machine d'Ainslie. On porte à 100 hectares l'étendue des terres arables drainées par cet agriculteur, qui a publié, sous le titre modeste de Note sur le Drainage, par un praticien, une des meilleures brochures que nous ayons lues sur ce sujet (voir n" 6, t. II, p. 4J7).
Le nombre total des hectares drainés s'élève à 350 environ, et on compte six fabriques de tuyaux. Voici les prix de la fabrique du canton d'Argent : diamètre de 0'".028, d8 fr. le 1000; O-^.OaS, 20 fr. ; 0».05, 30 fr. ; O^.OO, 40 fr. ; O-^.OTS, 75 fr.; O^.OO, 100 fr.
Il existe à Henricl\emont un bon mécanicien qui fabrique des machines à étirer les tuyaux imitées des machines anglaises de Whitehead.
Les travaux les plus considérables après ceux de M. Lupin ont été exécutés chez M. de Vogué, chez M. le duc de Maillé, puis sur les domaines de Grammont (commune de Châteaumeillanl) et de la Ministrie ( commune de Sautranges).
Nous avons donné précédemment (liv. V, chap. VII, p. 103, fig. 266) le plan du drainage d'un étang exécuté chez M. le duc de Maillé. Voici dans quels termes M. de Gourcy nous a rendu compte d'une visite qu'il a faite en 1 855 sur ce beau travail :
« Je me suis rendu, en compagnie de mon ami M. Durand de Belair, à Ctiàteauneuf-sur-Glier, chez M. le duc de Maillé , qui nous attendait pour nous faire voir le drainage complet d'un étang de
rcteiuluc de 60 hectares, tri's-ulile entreprise qu'il a terminée, en moins d'une année, avec un entier succès. M. de Maillé, voyant l'extrême cherté des céréales et la misère qui s'ensuivait pour lis pauvres journaliers de la commune à laquelle son château donne son nom, s'est décidé à faire drainer son grand élang, afin de \enir au secours de ces braves gens et de ceux des communes environnantes, et aussi afin de donner l'exemple de cette immense amélioration à un pays où elle est appelée à rendre de très-grands services. Cet étang avait été desséché il y a plus de vingt ans, alin de diminuer les lièvres tierces auxquelles les environs étaient exposés. On avait voulu le cultiver, et par suite le transformer eu prés. On avait dans cette intention découpé l'étang par une énorme quantité de fossi'S larges et étroits, dont les bords furent plantés en peupliers de diverses espèces, qui périrent presque tous, et dont les survivants ne sont pas plus gros que le bras.
-' Malgré tous ces fossés le terrain est resté improductif, et le pâturage y était aussi peu abondant que détestable. Il ne présentait presque que des joncs dont ou se sert pour palisser les espaliers, des carcjc et des laiches. 11 a fallu, pour assainir ce sol rebelle, donner issue à une énorme quantité d'eau souterraine, ?c trouvant à différentes profondeurs dans le sous-sol, et voici comment on s'y est pris pour arriver à un bon résultat. On a enfoncé dans la fondrière la plus considérable une perche écorcée et bien lisse, d'environ 8 mètres de longueur, d'un diamètre de 0"'.20, qui y entra à 1 mètre près. On avait une autre perche de même longueur, mais dont le diamèlre n'était que de 0"'.00; on l'avait d'abord garnie de tuyaux de drainage assez larges pour glisser facilement le long de la perche. On avait ensuite coulé, par-dcssusles tuyaux enfilés, d'autres tuyaux dont le diamètre était convenable pour contenir les premiers tuyaux: mais les plus gros étaient placés de manière à ce que les joints de deux petits tuyaux se trouvassent au milieu des gros tuyaux. Cela fait, on calla le tuyau du bas bout de la perche suffisamment pour que les tuyaux ne quittassent pas celleci quand on la soulèverait perpendiculairement. Alors, ayant retourné fréquemment la grosse perche dans la fondrière, pour resserrer tout autour d'elle la boue épaisse qu'elle contenait, on la retira, et on la remplaça de suite par celle qui était doublement garnie de tuyaux. On renouvela cinq fois la même opération à de petites distances, en formant un carré au moyeu de quatre perches garnies de tuyaux ; enfin la cinquième de ces perches fut enfoncée au milieu du carré (l). Cela terminé on retira les cinq
(I) Voir prOccdcminent, flg. 573, l. H, p. 2J2, le plan d'un travail semblable décrit d'après M. Mangon d'une manière assez différente.
38 LIVRR VI. — STATISTIQCK DU DRAINAGE.
perches en les tenant bien verticalement, et, aussitôt que celle opération fut terminée, l'eau monta par cinq rangs de tuyaux en formant cinq petits jets. Au 11 d'octobre, époque de ma visite, ces petits jets existaient encore, malgré une sécheresse extrême durant plusieurs mois. On a répété celte même opération dans les très-nombreuses fondrières et sources qui se trouvaient dans le grand étang qui avait été drainé, et dont les rigoles servent à écouler une grande masse d'eau bien claire.
"Un ingénieur de laSociété générale de Drainage qui s'est formée à Paris il y a quelques années a tracé ce drainage, si remarquable tant par son étendue que par les très-grandes difficultés vaincues, et cette heureuse opération a été exécutée sous la direction de M. Barbillon, qui est devenu un excellent draineur en faisant plus de 100 hectares de drainage, à partir de 1840, dans la terre de Loroy, appartenant à M. Lupin. M. de Maillé a déjà cultivé un certain nombre d'hectares de l'étang ce printemps; ayant reçu du fumier ou du guano, ils ont donné de superbes récoltes de vesces, maïs, fourrage, betteraves, carottes, pois, et de très-beau plant de colza, qu'on est occupé à repiquer. »