‹ Drainage des terres arables (volume 2)Chapitre 51 sur 308 · HAUTE-MARNE · texte numérisé non relu

HAUTE-MARNE

M. Charles Barbier, ingénieur-draineur à Chaumont, nous a adressé sur le drainage dans la Haute-Marne la note très-complète qui suit :

« Le (léparlement de la Haute-Marne appartient au terrain secondaire et en comprend toutes les divisions , à l'exception du Zeïschlcin. La série oolithique en occupe la plus grande partie.

« Selon plusieurs statistiques, sur 022,100 hectares, dont le tiers est boisé, on compte 213,000 hectares en sol argileux, 360,000 en sol pierreux ou rocheux, 21,000 en graviers, IG.OOOen sables, 11,000 en riches loams, et environ 1,000 en sol de craie.

« Les montagnes occupent près de 500,000 hectares. Leur plus grande altitude est de 400 mètres, tandis que celle de la plaine la plus basse n'est que de 150 mètres. Elles donnent naissance à 114 cours d'eau nommés, dont les principaux sont la Marne, l'Aube et la Meuse, et à plus de 300 ruisseaux ou sources innommées, ayant ensemble un parcours d'environ 1,000 kilomètres.

« En ce qui concerne le drainage, il parait facile, d'après les données générales qui précèdent, d'établir une démarcation rigoureuse, en classant dans les terres à drainer les 213,000 hectares de

SITUATION DU OUAINAGL: en FRANCK KfT 1856. 93

terres arjiileuscs, et en excluant toutes les autres. Il n'en est rien cependant. Tantôt la surface argileuse repose sur des terrains Irès- |)ennéal)les, et son peu d'épaisseur lui permet de s'assainir ; tantôt, sur lesfirands plateaux des sols pierreux, on rencontre, à une faible profondeur, une couclie de marne calcaire rélentivc qui réclame le drainage. Enlin , dans les sols sableux qui sont assis sur l'argile, la capillarité entretient à la surface une lu miditô nuisible aux récoltes.

.< C'est en tenaiU compte de ces faits que j'ai dressé l'évaluation sui\ante des terres à drainer.

« Elle peut être acceptée comme le minimum de l'indispeusable.

" En laissant de coté les parties boisées, le département comprend :

Anondisscinonls. Terres. l'rOs. Vignes. Terres diverses. Totaux.

Hfrlorrs. Urrlarr:. Ilcctarrs. Hiclaii's. Ileclarrs.

Langres 127,470 lG,3ôl 6,G71 11,509=102,567

( hanmont 130,320 12,732 4,343 10,754 = 158,i:)5

Vassy 80,290 9,212 5,043 7,597 = 102,142

338,092 38,795 10,057 29,920 = 4!2,fOi

Donl à drainer, en chiffres ronds :

l.angres 70,000 O.OCO 1,200 5,000= 82,200

Clianmont 28,000 3,000 3C0 1,500= 32,800

\as.sy 10,000 2,000 200 2,000= 20,200

Soit pour i*arrondissemenl de Langres. ... 50 pour 100.

— — de Ciiauniont . 2G —

— — deVassy 20 —

« La diversité des causes qui maintiennent l'humidité du sol, les accidents de la surface, les variations nombreuses dans les stratifications, et le grand rôle que jouent les couches aquifères, rendent l'étude du terrain très-délicate dans la majeure partie du département; mais les conditions d'exécution sont généralement bonnes: les pentes sont fortes et les débouchés suffisants. A part les localités où l'on rencontre les bétons, les marnes dures, les glaises adhérentes, le prix de la fouille n'est pas très-élevé, et la moyenne de la dépense peut varier entre 240 et 320 francs.

« Les principaux obstacles viennent du peu de faveur attachée à l'agriculture dans un pays absorbé par l'industrie métallurgique (l), du morcellement de la propriété, de l'absentéisme des

(1) Le dOparlctnenl de la Ilanle-Marne, qui prend chez lui lout son minerai , tout

94 LIVRE VI. — STATISTIQUE DO UBAlNAGE.

possesseurs, et surtout de la pauvreté des cultivateurs de terres fortes, que les intempéries des dernières années ont réduit à uu état de gène excessif.

« L'introduction du drainage date de l'automne 1850; elle a eu lieu sur le domaine de Vaudainvilliers, appartenant à M. Louis Renard, agriculteur progressiste et instruit, et situé au centre du grand bassin argilo-siliceux du Bassigny.

« Adéfaut de machines à tuyaux, nous fîmes fabriquer des tuiles creuses, donnant, par 0'".06 de hauteur, sur O'n.04, une section de 0"'.0024 carré, et des semelles de O.OG de largeur, présentant de chaque côté un rebord de 1 centimètre, destiné à maintenir l'axe de la veine. L'opération fut pratiquée, selon les règles indiquées dans le Manuel de Stephens, seul ouvrage qui eut alors paru ou du moins qui fût connu de nous, sur une pièce d'environ 85 ares d'une terre des plus imperméables. Le résultat fut des plus encourageants. M. Simonnet, beau-frère de M. Renard, ne tarda pas à opérer de la même manière sur les vignes qu'il possède sur la commune deBrcuvanncs; il en a obtenu les meilleurs effets. Ses plants résistent mieux à la gelée, coulent rarement, et la maturité est plus complète. Quelques travaux semblables ont eu lieu dans les environs sur des parcelles de vignes et jardin.

« Eu mars 1855, le Comice agricole de Langres obtint de l'État une machine de Scragg; elle fut placée chez M. Colas, tuilier ;i Rolampont, avec lequel j'organisai une fabrication régulière. Depuis l'essai fait chez M. Renard, je projetais la création d'une entreprise agricole destinée à faciliter aux propriétaires l'exécution des grands travaux d'amélioration foncière, et surtout à vulgariser le drainage, qui restait lettre morte.

« Au printemps 1853', le personnel d'ouvriers spéciaux et de piqueurs était organisé. Mon initiative fut puissamment secondée par l'appui bienveillant que n'a cessé de lui prêter M. Roy, receveur général du département. En outre, il donna le premier l'exciuplc, en nous confiant le drainage d'une prairie marécageuse de 15 hectares, située sur les bords de la Marne, et dépendant de la commune de Marnay.

« Cette pièce, composée d'un alluvion marneux et tourbeux, formait, dans sa plus grande partie, un véritable bassin où se réunissaient les sources nombreuses des coteaux voisins. Le trop plein seul s'écoulait dans le bief d'un moulin dont le niveau restait supérieur à celui du fonds du bassin.

son bols, et qui n'importe guère que seo.ooo qninlaiix métriques de liouilic, possède H bocarda.sai lavoirs et me feux de liauts-fourneaux et forges, qui consomment plus de Giio ouo quintaux métriques de charbon de bois.

SITUATION' DU URAINAG£ ëN FRANCK EN 185C. 95

« Les travaux, commencés en 1853, furent aclievos eu 1854.

« Ils consistent en un fosse de ceinture qui se développe au bas des coteaux, sur pros de 800 mètres, et aboutit dans le sous-bief de l'usine. Ses talus sont fauchables. Ils ont "). mètres Xp. de base pour 1 de hauteur. Sa profondeur en tète est de 0"'.60 et à l'embouchure de plus de 3 mètres. Il reçoit les sources des coteaux et les eaux du drainage. Les drains y débouchent direcfement,'en raison du protoxyde de fer que contient le soL Leur profondeur à la décharge varie de l-n.io à 1"'.80, et leur espacement de 16 à 18 et 25 mètres.

" La dépense du drainage ne s'est élevée qu'à 190 fr. par hectare.

" Le succès a de beaucoup dépassé mes. espérances; il a produit dans la contrée un effet d'autant meilleur que l'opération était regardée comme impraticable.

«Le marais est tellement assaini qu'on a pu dès l'année suivante en cultiver le fonds en avoine, et les plantes aquatiques disparaissent du reste de la prairie.

>< Le résultat iinancier peut s'apprécier ainsi :

Valeur de l'iieclare de la partie marécageuse avant le drainage(l). 2,400 Valeur actuelle, par comparaison avec les terrains similaires, et basée sur les dernières ventes en détail du pays 4,000

Plus-value par hectare 1 ,G00

« A quelques kilomètres de là, M. Andriot aine, de Faverolles, l'un des cultivateurs les plus intelligents et les plus actifs du département, s'occupait depuis deux années de réunir un ensemble de terres ^ agues abandonnées par leurs propriétaires en raison de leur humidité, avec l'espoir d'en tirer parti par le drainage.

« L'exemple du marais de Marnay leva ses derniers doutes. L'opération fut décidée sur un groupe d'environ 100 hectares et commencée au mois de juin 1854.

« Le terrain, très-accidenlé, est stratilié ainsi : à la surface, tantôt une glaise adhérente aux outils, tantôt un terreau acide ; audessous, un béton de puissance variable, composé de fragments de calcaire à entroqucs agglutiné par des marnes; enfin, une marne coquillière imperméable , mais susceptible de se fendiller puissamment.

"75 hectares en^ iron sont terminés ; la dépense a varié jusqu'aujourd'hui entre 360 et 400 fr. par hectare. Ces chiffres se justilient

(i) Crtlc valeur est bastfe sur le prix trenclavcs qu'il a fallu acquérir pour la !ra- Vcrsée du fossé de ccinliirc. On comprend que. dans ces circonstances, clic soit de beaucoup siipéiieurc à la valeur réelle.

ÎK5 UVIlB Y». — J(TATlSïl«UK VV DUAIWAGK.

par les difticuUcs exceptionnelles de la fouille (1). Les rcsullal» sont excellents; on peut en juger par les appréciations suivantes, fournies par le propriétaire.

<< D'après le prix des ventes de la localité, l'hectare valait de 30 à 180 fr. ; il a coûté en moyenne 1 50 fr. par la ventilation des acquisitions partielles et en raison des exigences auxquelles celte réunion donnait lieu. Le drainage en élève le prix de revient à 530 fr. La valeur actuelle est de 1,?.00 fr., et atteindra dans deux ou trois ans celle de 1,600 fr. Chaque charrue employait avant l'opération cinq chevaux et deux hommes ; aujourd'hui un homme et deux hœufs lahourent parfaitement.

« Je me suis étendu sur ces premières opérations à cause de l'inllucnce qu'elles ont exercée sur l'avenir. Les incrédules venaient toucher du doigt : la cause du drainage était gagnée.

" L'action de notre entreprise ne tarda pas à s'étendre dans les déparlements limotrophes des Vosges, de la Haute Saône et de I'AuImî, où nous comptons, tant en cours d'étude qu'en travaux achevés ou en cours d'exécution, près de GOO hectares.

« Dans la Haute-Marne, l'administration a fait de son côté de louables efforts: les ponts et chaussées ont acheté une collection d'instruments et une machine à étirer, elle conseil général a vote à plusieurs reprises des encouragements. Le passage de M. l'ingénieur Mille, que le Gouvernement a mis pendant quelques jours à la disposition des propriétaires, et le zèle éclairé de M. Dury, président du Comice agricole de Langres, ont contribué à la vulgarisation de cette pratique.

« L'impulsion est sérieusement donnée et ne s'arrêtera pas.

«t Voici, sous forme de tableau, la situation actuelle du drainage dans le département.

Travaux .ichcvés ou en Ktudcs Cours d'cxcciiUnn.

Afrondisscmcnls. Éludes demandées. nées. Terres. Prés. Vignes. Jard.

Iiect. lioct. Iiecl. Iiect. Iicct.

Vassy G propriétaires pour 140 hectares 22 18 2 " i>

Chaumont . 14 propriétaires, dont deux communes, pour 220 hectares environ 85 38 34 3 1.50

Langres 63 propriétiiires, dont 3 communes, pour 530 hectares.

— La ville de Laiigres a décidé le drainage de son cimetière 385 130 18 £ 2

890 hectares 492 Tsg" TT 7 3. 53

(0 Hans la moyenne de nos autres opérations elle n'a guère dépasse 3oo fr.

SITUATION DU UHAIWAOK E.N FMANtK EM 185«. U7

c< Los luyaux oui l'-lc pris aux fabriques de Pargny-sur-SauIx (Marue), Langres, Holauipoul cl lîourbonne flIaute-Marne)-

« D'aulrosfiiljriiiuossorjianist'nl. Le prix ék'\c ilesmacliincsétail un obstacle; il isl levé aujourd'hui par l'iulroduclioii de la uiacliine à iovicr. Aucuu luilier uc reculera devanl uue aussi faible dépense (|uo celle de fiO fr. pour faire des essais cl se reudre coniple. Les iK'néllces que procure celte nouvelle industrie étant constatés, il esl permis d'espérer «(ue, dans un département qui possède environ quatre-vingts tuileries, la fabrication des tuyaux sera, avant peu, assez disséminée pour répondre à tous les besoins el rcudrc le bienfait du drainage accessible à toutes les localités. »

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