‹ Drainage des terres arables (volume 2)Chapitre 67 sur 308 · SEINE-ET-MARNE · texte numérisé non relu

SEINE-ET-MARNE

Le département de Seine-et-Marne doit tMre considéré comme la véritable école de drainage en France ; c'est là que se sont effectués les plus nombreux et les plus importants travaux de drainage, que se sont formés les meilleurs ouvriers, qu'existent le plus grand nombre de fabriques de tuyaux. Parmi les agriculteurs qui ont fait le plus de travaux, en se donnant la peine de les diriger eux-mêmes, nous citerons M. Eugène Gareau, à Bréau (canton de Mormant), qui, après avoir drainé une partie de sa propriété et fondé une fabrique de tuyaux, a su conseiller, dès i850, à un ingénieur géomètre, M. Lauret, maire de la Chapelle-Gauthier, de se faire entrepreneur de drainage à forfait; M. Dufour, fermier des Corbins; M. Decauville, fermier à Égrenay (canton de Brie). Nous ajouterons que M. Rebut a drainé !220 hectares près de Nangis, et M. Beaugrand, fermier à Monthiboust, 150 hectares. Quand nous traiterons plus lard des effets du drainage, nous nous appuierons sur les travaux exécutés par ces agriculteurs, qui ont certainement donné les meilleurs exemples de drainage. Mais nous sommes loin d'avoir épuisé la liste des propriétaires et des agriculteurs qui placent le département de Seine-et-Marne en première ligne ; nous devons citer encore M. Dumanoir, à Forges, près Montereau, l'un des importateurs primitifs du drainage en France; M. de Courcy, président du Comice de Rozoy, qui a publié une bonne expérience sur l'écoulement de l'eau d'un drainage, expérience que nous reproduisons dans le livre X de cet ouvrage, consacré à la théorie du drainage; M. de Rothschild, à Ferrières; M. Chertems,

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à Roiivray; M. de Clieuvry, dans le canton de Lorrez-le- Docage ; M. de Bonneiiil , iM. Hottinguer, etc.

On comptait;, en I85G, 22 fabriques, ainsi réparties entre les divers arrondissements, savoir :

Dans l'arrondissement de Coulommiers, 5 : à Morccrf ; à Ncsles; à Fontcnay, M. Mathieu de Grclz et M. Gauthier; à LaFerté- Gaucher, M. Couturier ;

Dans l'arrondissement de Fontainehleau, 2 : à Forges, M. le comte Dumanoir; à Montereau, madame de Lyonne;

Dans l'arrondissement de Meaux, ;> : ùFerriores, M. de Roths» child ; à Yillcnoy, M. Fournier; à Montevrain, M. Vincent; à Crouy; à La Ferté-sous-Jouarre;

Dans l'arrondissement de Melun , 8 : à Bréau, M. Laurel ; à Champeaux, M. Bourdin ; à Pont-Carré, M. Blot; à Soignolles (Laburolle), M. Petit; à Chaumes, M. Lehœuf; à Saint-Ouen, 2 fabriques ; à Rabelles , 1.

Dans l'arrondissement de Provins, 2 : à Montigay-Leucoup ; à Sepveilles (commune de Sainte-Colombe), M. Lombard-Gauthier.

Nous ne devons pas oublier de rappeler que M. Rouillicr, à Chelles, a établi une fabrique de bonnes machines à étirer les tuyaux (liv. IV, chap. XXV, t. I, p. 201).

Quant à l'étendue des terres drainées, elle est appréciée de la manière la plus compétente dans la note suivante que M. Gareau a bien voiUu nous remettre.

« Dans la session du conseil général du mois d'août 1855, l'administration a produit un relevé des drainages effectués jusqu'à cette époque ; iJ donnait les résultats suivants :

Arrondissement. Hectares.

Coulommiers 210.99

Fontainebleau 1 17 .00

Meaiix 1,316.64

Melun 1,417 .46

Provins 491.92

« Je crois ce relevé au-dessous de la vérité ; beaucoup de petites opérations ont sans doute échappé à l'appréciation du service hy-

(Iraulique, et je pense qu'on doit compter, en nombres ronds, 4,000 hectares drainés dès le milieu de 1855.

« C'est en 1848 que le drainage a commencé dans Seine-et-Marne, et les chiffres qui précèdent se rapportent à l'ensemble des travaux effectués depuis cette époque jusqu'au commencement de la campagne 1855-1856. Or, en 1855, il y a eu vingt fabriques en activité, dont les tuyaux ont été enlevés à peine au sortir du four, et beaucoup d'opérateurs ont été arrêtés faute de tuyaux ; par exem|)le : M. Garnot, à Grandpuits; M. Beaugrand, au Thiboust; M. CoUot, au Bas-Chaillot, etc.

« En supposant|que chaque fabrique ait produit 400,000 à 500,000 tuyaux, nous arrivons à un total de 8 à 10 millions. Ce chiffre n'est pas exagéré, car plusieurs fabriques ont produit plus d'un million de tuyaux; telles sont celles de Laburelle, de '.Champeaux, de Ferrières, etc. Or, à raison de 2,500 tuyaux par hectare, 10 'millions de tuyaux donnent 4,000 hectares drainés dans la campagne de 1855-1856 qui vient de s'écouler. On a donc drainé dans cette campagne autant que dans les années 1849 à 1855 , ou en un an autant qu'en six ans, et on peut porter à 8,000 le nombre d'hectares drainés dans Seine-et-Marne. En comptant 250 fr. pour la dépense moyenne de l'assainissement d'un hectare, on trouve que 2 millions de francs ont été consacrés au drainage.

«« Sur les 447,000 hectares cultivables du département, la Chambre d'Agriculture départementale avait reconnu en 1850 que les quatre cinquièmes au moins réclamaient l'opération [du drainage. Nous avions donc à drainer 350,000 hectares en 'nombre rond ; nous avons drainé 8,000 hectares; il nous en reste encore 342,000 à assainir. Nous avons dépensé 2 millions de francs; nous avons encore à consacrer au drainage 85 millions.

« L'expérience de six années a prouvé la complète efficacité du drainage. Les 4,000 hectares drainés en 1855-1856 établissent d'une manière péremptoire que, partout où on peut avoir des tuyaux, on les emploie immédiatement, que partout ce sont les tuyaux qui manquent et non les opérations à effectuer.

« Le département de Seine-et-Marne est un pays de fermage; ce sont les fermiers qui demandent à leurs propriétaires d'avancer les fonds et qui proposent d'en payer l'intérêt.

« Les fermiers offraient dans les premières années 3 et 4 pour 100 seulement d'intérêt-, maintenant ils n'hésitent pas à offrir 5 pour 100, et on parle de diverses opérations faites à 0. Au renouvellement des baux courants les propriétaires sont 'certains d'obtenir de meilleures conditions encore.

« Dans la plupart des cas, l'augmentation du produit brut ne

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peut pas être estiiiiée à moins d'un cinquième en sus. On cite môme un cas, très-exceptionnel, il est vrai, où, en une seule année, la recolle a payé tout à la fois le fonds et le drainage ; il eu a été ainsi trois années de suite chez M. Lauret, à la Chapelle-Gautier. »

Le département de Seine-et-Marae possède plusieurs entrepreneurs de drainage dont les travaux sont trèsremarquables et méritent d'être signalés.

Nous citerons en première ligne M. Lauret, maire de la Chapelle-Gautier. En 18-i9 il commença à fabriquer des tuyaux sous l'inspiration de M. Gareau, à Hréau. A cette époque, M. de Rothschild seul fabriquait des tuyaux à Pont-Carré. En même temps M. Lauret entreprenait le drainage qui devait bientôt devenir sa principale occupation. De 1850 à 1852 il a drainé 63''. 26 pour M. le comte de Greffulh , à Boisbaudran ; M. le comte de Gourcy , à Rosoy; M. Chertemps, à Mormant; M. Pescatore, à La Celle Saint-Cloud; M. Gareau; l'Institut agronomique de Versailles, etc. En 1852-1853 il drainait 84^94 pour M. le baron Hottinguer, à Combe-Laville ; M. Rebut, près Nangis; M. de La Rochefoucault , à Mormant; puis pour le parc de Beauregard, près de Versailles, etc. En 1853- 1854, M. Lauret exécutait 70 hectares pour M. de Courcy, M. Rebut, etc. En 1854-1855 ses travaux prenaient une nouvelle extension , et s'exécutaient sur 301 hectares, chez M. de Courcy, madame de Vatry , M. Lefèvre, près de Senlis; pour la colonie de Mettray (Indre-et- Loire); M. le général Dumoncel, près Cherbourg (Manche); MM. Houdaille et Millereau (Yonne et Nièvre) ; M. Rebut, près de Nangis, etc. Enfin, en 1855-1856, il drainait 194»'. 50 pour MM. le baron de Bussière, Cebert, comte Dulau, Bonamy, etc. Cela fait en tout 733''. 70 drainés par M. Lauret. Nous ne croyons pas qu'un autre entrepreneur ait personnellement exécuté autant de travaux en France.

Ajoutons d'ailleurs que M. Laurel a formé un grand nombre d'agents, et qu'il a inventé des outils simples, que nous avons fait connaître, et qui sont aujourd'hui dans tous les chantiers, tels que les pinces en bois pour placer les couvre-joints, la civière pour porter les tuyaux, le plaçoir et le fouloir en bois. Nous sommes heureux de rendre ici justice à un homme qui est trop resté dans l'ombre.

Nous devons aussi mentionner avec éloge M. Ratel, géomètre-draineur à Nangis, qui, de 1854 à 185G,a opéré sur 260 hectares; voici ses principales opérations, qui ont généralement été établies à lo mètres d'intervalle et l'",30 de profondeur :

Canton de Nangis.

Prix par Hectares, hectare.

Kr

M. de l'Esfang, an cliâteau des Bordes 13 280

M. Monthier, à la Croix en Rrie C 280

M. Arnoul, à Maison-lloiige 7 220

M. de Rougemont, à Viinbray, près Joiiy-le-Cl>âtel 7 300

M. Trubert, à la Borde de Rampillon 13 260

M. Lemaire, au château de Moyens 9 260

M"'* Tavaux, à Nangis 8 260

M. Lesourt, aux Moiilineaux, près la Cliapelle-Rablais.. . 14 400

M. Naudier, à Fontaine Sainte-Croix, près Rampillon. . . 10 270

M. Rayer, à B«is-le-Comte, près Jouy-le-Châtel 7 380

Canton de Mormant.

M. Santreau, au Périclion, commune de Bailly-Carrois. . Il 200

M. le marquis de Vérac, au même lieu 41 260

M. le comte d'Éraux, à Ancœur, même commune 13 270

M. Camuset, à Grignon, commune de Fontenailles 4 290

M. Vivant, à Villeblain, commune de Fonju 10 270

Canton de Rosoy en Brie.

MM. Lafayette , au château de la Grange-Blémeau 12 2G0

M. Aboilard, conducteur des ponts et chaussées à Melun, a drainé 30C hectares, ainsi qu'il suit :

SITUATION DU DRAIICaGE EN FRANCK EN 1856. 141

Dans Seine-et-Marne,

Hectares.

A la ferme de l'Épine, à Mormant 55

A la Terme de Malassise, à Mormant 45

A Cliampcaiix, chez M. Dugiiet 25

A Siiscy, chez M. Vanry 45

A la Plnmasserie 10

Cliez M. le marquis de Fragnier, au Mée 30

Cliez M. le baron de la Rocliettc, à la Rochelle 20

Chez MM. Diigiiet et Desforges, à Ponthierry 10

Chez M. Morean, à Join ville 7

Chez M. Marguerilte, à Brinville 14

Dans VYonne.

A Saint-Sauveur, à la ferme-école du département, ai>partenant à

» . M. Frémy, conseiller d'État 25

Chez M. Chall, avorat, membre du conseil général du département. 20

M. Aboilard a formé des ouvriers habiles qui ont remporté le premier prix de drainage au Concours agricole universel de Paris en 1856.

Enfin nous citerons M. Chandora, à Moissy-Cramayel, qui jusqu'au commencement de 1856 avait drainé au delà de 400 hectares. Parmi les travaux de cet entrepreneur on doit surtout citer ceux exécutés sur la ferme d'Égrenay,, commune de Combe-Laville, chez M. Decauville.

Nous ne pouvons terminer ce qui concerne le drainage dans Seine-et-Marne sans rendre hommage au service hydraulique de ce département, qui s'efforce, en opposition malheureusement avec les tendances de plusieurs services analogues des autres parties de la France , à rendre les évacuations des eaux du drainage nombreuses et faciles.

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