‹ Drainage des terres arables (volume 2)Chapitre 8 sur 308 · AUBE · texte numérisé non relu

AUBE

La Société d'Agriciilturede l'Aube availtenté^dès l'année d852, l'introduction du drainage dans le département. Ses efforts sont restés infructueux, parce que les allocations qu'elle avait demandées dans ce but au département et «^ l'État n'ont pas été accordées.

La question fut soulevée de nouveau en avril ISS^.M. Legrand, agent-voyer en chef, dans un rapport remarquable inséré dans les Mémoires de la Société, provoqua la création d'une commission spéciale chargée d'organiser et de propager cette pratique. L'année suivante, M. le préfet de l'Aube lui confia la mission d'aller étudier les procédés d'exécution dans le département de Seine-et-Marne. Cette démarche fut l'objet d'un second rapport qui détermina

l'envoi de deux agents-voyers et de deux chefs cantonniers dans les chanliers de M. de Rothschild, à Perrière, afin de les familiariser avec la pratique du drainage.

En même temps les fabriques de tuyaux s'organisaient. M. Guillaumon-Javelle, de Vandœuvre, avait déjà produit 430,000 tuyaux. M. Raynaud-Pillard, propriétaire de l'importante tuilerie de Saint-Pierre aux Tertres, près Troyes, se disposait pour une ftibrication annuelle d'un million et se faisait l'apôtre dévoué de cette utile propagande.

L'administration, de son côté, secondait les efforts individuels, en mettant à la disposition des propriétaires les quatre agents spéciaux dont elle disposait.

Une somme de 2,000 fr., votée en 4854 par le conseil général, jointe au crédit de 800 fr. accordé par M. le ministre de l'agriculture, fut affectée à une série de primes pour les propriétaires qui auraient justifié de travaux de drainage exécutés pendant l'année 18uo sur des étendues d'un minimum déterminé, pour la fabrication des tuyaux, enfin pour la bonne exécution des travaux.

Ces diverses mesures eurent la plus heureuse influence. Dans le courant de l'année d85o, des essais furent entrepris simultanément dans presque tous les cantons du département qui réclament cette amélioration, et dont M. Legrand apprécie l'importance à plus de 60,000 hectares. Une autre estimation , que nous envoie M. Chanoine, agriculteur à Vallier-Larridous, porte à 40,000 hectares l'étendue des terres à drainer.

Le résultat de ces essais est constaté dans un rapport présenté au nom d'une commission spéciale, composée de MM. de Villemereuil, président; Ulrich, ingéniruren chef du département; Reverchon , ingénieur en chef dos mines; Saint-Yves, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées;

SITUATION DD DUAINAf.E EN FRANCE EN 1856. 29

Legrand, agent-voyer en chef, et Lefranc, conducteur principal des ponts et chaussées, à la fête agricole donnée à Troyes le 22 juin 1836 par le Comice départemental.

Nous ne saurions mieux faire que d'en extraire le passage suivant.

« La commission, dit le rapporteur, M. Ulrich, a visité Iris en détail tous les travaux qui avaient été déclarés, et d'autres encore dont elle a appris l'existence dans ses tournées. Le résultat de ses observations a été consigné dans un rapport très-dévelpppé et très-circonstancié, rédigé par M. de Saint-Yves, et qui a servi de bases aux propositions faites à M. le préfet.

« Les travaux ont été généralement bien conçus et bien exécutés. MM. Saint-Yves et Legrand avaient préparé des projets et donné des conseils à plusieurs propriétaires.

« Parmi les travaux effectués, deux surtout sont très-importants, et étaient déjà commencés en 1854; ce sont ceux de M. le comte de Launay, à Courcelles, comprenant 19''.6l de drainages parfaitement faits et d'un succès complet, et ceux de M. Thoureau , à Fromental , qui présentent une surface drainée de 32''. 50, où l'on a obtenu de bons résultats.

« A Villehardoin et à Piney, on a les travaux de M. Meurville et de M. Merlat, qui sont bien moins importants que les précédents, mais qui avaient aussi devancé l'appel de l'administration, et dont l'exemple et le succès furent d'un très-bon effet dans la contrée. M. Joly, représentant de M. Pézé, à Montangon, M. Lutel-Bourguignat, aux Bordes, M. Jacquemard, à Piney, et M. Modier, à Ervy, ont fait aussi d'utiles travaux bien réussis.

« M. Dupont, fermier de M. le marquis des Réaux, à Brantigny, a accepté la condition offerte par son propriétaire d'augmenter le taux de son fermage de l'intérêt de la dépense du drainage, dépense qu'a prise à son compte M. des Réaux : ces travaux ont déjà produit une amélioration marquée. M. Jacquot, de Brienne, et M. Vouriot ont fait, l'un à Hampigny, et l'autre à Couvignon, des travaux qui produisent de bons résultats. En résumé, les drainages pour lesquels on a proposé des primes comprennent une surface totale de 78*". 37. l^e prix de revient de ces travaux a été , en moyenne, de 300 fr. par hectare, et tous les propriétaires considèrent cette dépense comme devant être largement couverte par l'amélioration du produit de leurs terres. En comptant les autres terrains drainés, dont on n'a eu connaissance que plus tard, et accidentelle-

ment, on peut porter à environ 100 hectares la surface totale drainée dans le département.

« Il nous reste à parler des usines où on fabrique des tuyaux de drainage ; ce sont celle de M. Guillaumon, à Vandœuvre, qui a fabriqué, en 1855, 600,000 tuyaux et n'en a placé que 100,000 ; celle de M. Reynaud-Pillard, qui a fait 250,000 tuyaux, et n'en a vendu que 50,000; celle de M. le comte de Launay, qui en a fabriqué 200,000 ; celle de MM. Buxtorf et Bcguinot, à Larrivour, près Luzigny, qui a produit 176,000 tuyaux, qui est très-bien montée d'ailleurs, et qui sera à même de fournir à une grande consommation ; enfin , l'usine de M. Merlat , à Piney, dont la fabrication est moins importante.

« Nous terminerons en mentionnant deux chefs d'ateliers trèsintelligents, les sieurs Nicaise, à Brautigny, et Jaillant, àMarcille, qui ont rendu de véritables services dans les travaux de drainage, et pour lesquels on a demandé des récompenses. »

Un résultat des plus heureux, constaté par le môme rapport , c'est que la commission a trouvé chez tous les propriétaires qui ont commencé leurs opérations une confiance entière dans les résultats et un grand zèle de propagande.

Nous ajouterons qu'une tuilerie située à Beauvoir (canton de Soulaines), par Dieuville, et que dirige M. Vagbeaux, a acheté cet été une machine Schlosser, et se dispose à fabriquer des tuyaux sur une grande échelle.

Tout fait donc espérer que le drainage va prendre une grande extension dans l'Aube et suivre le mouvement des départements voisins. MM. de La Mothe et de Vandœuvre vont faire drainer leurs grandes propriétés. Des études qui embrassent plus de 500 hectares ont été demandées à l'entreprise de drainage dirigée par M. Barbier pour les départements de l'Est.

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