CHAPITRE LIV
Marchage des terres
Les malaxeurs de Clayton, de Sehlosser, de Rouillier, etc., que nous avons décrits précédemment, sont surtout destinés aux grandes fabrications. Lorsqu'une tuilerie ne doit faire qu'une petite quantité de tuyaux, de tuiles ou de briques, on fait marcher la terre pour la rendre propre à être moulée soit à la main, soit par les machines. Nous ne devons pas négliger dans cet ouvrage les fabriques établies sur une très-petite échelle, car ces fabriques sont pour beaucoup dans l'adoption du drainage. Ainsi nous emprunterons avec plaisir, à une brochure publiée par MM. Virebent frères, sous les auspices de M. le préfet de la Haute-Garonne, une très-bonne description de la conduite d'une opération de marchage, opération surtout importante quand on n'a pas une terre naturellement propre à être employée sans subir les mélanges dont nous avons indiqué les principes et les proportions (chap. II, p. 114 à 122).
La terre, bien pulvérisée par son exposition et sa dessiccation à l'air, et après son passage à la claie, est déposée sur une aire aplanie. La quantité à préparer étant mesurée,
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on y ajoute par tiers, par quart, par cinquième, etc., la proportion de sable ou d'argile qu'un essai préalable a fait connaître nécessaire.
« Cela fait, disent MM. Virebent, on mélange autant que possible la masse, de manière à ce qu'elle n'offre à l'œil qu'une même poussière. On jette alors le tout peu à peu dans une fosse semblable à celle où l'on éteint la chaux, ou dans des baquets assez grands, dans lesquels on a versé de l'eau en quantité suffisante pour qu'elle soit absorbée par la terre à préparer. On doit jeter la terre de manière à ce qu'il ne reste pas de partie sans être pénétrée. La terre est jetée et éparpillée jusqu'à ce que l'eau ne paraisse plus à la surface. On laisse tremper le mélange, sans le remuer, durant sept ou huit heures, s'il est nécessaire, jusqu'à ce qu'il soit assez ramolli pour se laisser mêler et" marcher facilement.
« Le marchage est une opération essentielle qui a pour but de compléter le mélange de la pâte , en lui donnant une telle homogénéité que les divers éléments qui la composent ne forment plus qu'un corps par l'exacte répartition dans toute la masse des diverses natures d'argile, de sable ou de terre. Cette condition, on le conçoit sans peine, est la plus importante à remplir dans la manipulalion de la terre; car l'opération mal exécutée donne des pertes considérables.
« Le marchage de la terre exige plus de force que d'adresse, et cette force doit exister plutôt dans les pieds que dans les mains, attendu que ce sont particulièrement les extrémités inférieures du corps qui sont mises en jeu. Voici comment on agit.
o On place un plancher carré mobile près de la fosse ; on le saupoudre de sable, afin d'éviter que la terre ne s'y colle. On y dépose, au moyen d'une pelle, la terre de la fosse, en
formant un tas conique que Ton saupoudre également de sable. Le marcheur, les pieds nus, commence par fouler la circonférence du tas, en s'aidant d'un bâton sur lequel il s'appuie, tantôt d'une main, tantôt de l'autre, ce qui le soulage beaucoup et augmente la pression qu'il peut exercer.
« Après avoir fait le tour de la circonférence du tas, l'ouvrier continue sa marche en remontant vers le sommet. Arrivé au centre, il relève la terre avec la pelle, la dispose de nouveau en tas conique comme précédemment, et, si elle paraît un peu sèche, il fait une aspersion d'eau selon le besoin; il saupoudre avec du sable et opère un second marchage.
« Après cette opération, il prend un peu de pâte, en fait un colombin (petite corde), voit si elle est tenace, si le mélange est parfait, si le sable est bien disséminé également dans toute la masse, et enfin il termine l'opération par un troisième marchage.
«On reconnaît que la pâte est bien marchée lorsqu'elle ne présente pas de durillons ou morceaux d'argile entiers échappés aux pieds du marcheur. Afin de le savoir plus certainement, on coupe la masse avec un fil de laiton ou autre, et l'on examine attentivement le plan de la coupe. Si la pâte est mal marchée, elle parait marbrée, et l'œil distingue facilement des parties luisantes et soyeuses, qui indiquent les parties de terre dans l'état naturel; alors un quatrième marchage est nécessaire.
a Dans le cas contraire, la pâte offre une parfaite égalité de teinte, un sable bien répandu, enfin une grande homogénéité; alors le marchage a été bien exécuté, et l'opération est terminée. »