CHAPITRE LXXI
Des sécateurs
Dès que l'on renonça aux moules pour la fabrication des tuiles et des briques, et qu'on imagina d'obtenir préalablement une bande de terre continue, les sécateurs mécaniques furent inventés. On a pu voir, par les figures ou par les descriptions des machines de Tweddale (chap. XXX, p. 215), de Terrasson- Fougères (chap. LX, p. 283), de Clayton (chap. X et XLII, p. 162 et 233), de Hatcher (chap. XII, p. 167), de Webster (chap. XIII, p. 168), d'Ainslie (chap. XIX, p. 181), de Porter (chap. LXVII, p. 295), que les divers systèmes employés pour effectuer une section droite, perpendiculairement aux largeurs des tuiles, des briques ou des tuyaux, consistent tous à faire passer à travers l'argile moulée des fils de fer ou de laiton tendus entre deux points d'attache, et qui se meuvent suit à la main, soit plus souvent mécaniquement. Dans ce dernier cas, ils sont placés dans des cadres qui reçoivent ou un mouvement de rotation autour d'une charnière, ou bien un mouvement de va-et-vient, soit verticalement de haut en bas, soit transversalement de droite à gauche et de gauche à droite. L'agencement le plus simple et le moins coûteux nous paraît le meilleur : c'est celui qui opère par un demi-mouvement de rotation, à la manière d'une porte qu'on ouvre ou ferme; il est adopté dans la petite machine que nous avons importée d'Allemagne et dans toutes les machines réellement pratiques (Schlosser, Whitehead, Virebent, etc.). Toutefois il est certain qu'il présente l'inconvénient de ne point couper droit dans les machines qui étirent sans aucun temps d'arrêt. La section des tuyaux
est alors faite un peu obliquement, ce qui s'oppose à un bon ajustement bout à bout sur le terrain ; tous les tuyaux ainsi faits doivent être placés dans des manchons dont nous donnerons plus loin le mode de fabrication.
Dans tous les cas , il résulte du passage du fil sécateur à travers les tuyaux des irrégularités, des espèces de barbes intérieures. Pour réparer l'orifice des tuyaux ainsi avariés , on se sert du doigt , ou mieux encore d'un petit mandrin représenté par la figure 145. Ce défaut n'est pas
Fjg. 145. — Mandrin pour reformer l'orifice des tuyaux avariés.
le seul qui se présente ; outre les crevasses que causent parfois les bulles d'air renfermées dans les caisses à piston, les tuyaux présentent des fentes dans toute leur longueur. Ces fentes proviennent des petites pierres arrêtées devant l'une des ouvertures des filières. On doit enlever ces pierres en se servant d'un petit crochet en gros fil de fer (fig. 1 46), qu'on introduit dans les filières pendant une courte suspension du mouvement des machines. '
Fig. 146. — Crochet pour dégorger les lilièrès.
Nous avons dit précédemment (chap. V, p. 14-1) que l'on avait imaginé de rendre les files des tuyaux mises au fond des tranchées de drainage plus solides en terminant les extrémités des tuyaux par des lignes courbes s'enchevêtrant les unes dans les autres. Ces tuyaux, dits à cannelures, ont élé imaginés d'abord par feu M. Smith, de Deanston , qui exposa son appareil sécateur au concours
DFS SÉCÀTEUBS. 315
de la Société des Highlands, en 1848, à Édinburgh. Quoique cet appareil ne soit pas très-employé dans la pratique, ort peut dire cependant qu'il résout parfaitement le problème posé. 11 est adapté à la fourchette qui sert à ôter les tuyaux de dessus la table à rouleaux, ou plutôt il remplace la fourchette elle-même. Chaque mandrin de cette fourchette est formé, dans l'appareil de M. Smith, d'un tube de cuivre creux d'environ 0m.02o de diamètre extérieur. A travers ce tube passe une tige qui peut s'y mouvoir d'un mouvement de rotation. Cette tige porte à son extrémité un petit trou dans lequel passe une aiguille qui d'abord est rentrée dans un petit disque qui termine le tube de cuivre de ce côté. Du côté de la poignée de la fourchette se trouve une petite manivelle qui sert à donner à la tige un mouvement de rotation et un mouvement d'oscillation. D'abord la tige est poussée de manière à faire sortir l'aiguille de sa gaîne et à la forcer à traverser l'argile qui forme l'épaisseur du tuyau; ensuite elle tourne sur elle-même, ce qui fait que l'aiguille produit une section droite; mais bientôt elle reçoit un mouvement d'avance ou de recul à l'aide d'une espèce de came. De la combinaison des deux mouvements de rotation et d'oscillation il résulte que l'aiguille découpe successivement les tuyaux suivant trois saillies ou trois dents qui s'engrènent exactement les unes dans les autres.
Une légère modification à l'invention de M. Smith a été brevetée en 1819 par M. Villiam Wilson, de Campbellfield, Glasgow. Elle consiste tout simplement à faire découper suivant une courbe convexe l'une, des extrémités de chaque tuyau, et suivant une courbe concave l'autre extrémité, les deux courbes pouvant exactement s'enchevêtrer l'une dans l'autre. Cet effet s'obtient par un simple mouvement de rotation des tiges placées dans chaque mandrin de la
.il G LIVRE IV. — FABRICATION DES TUVAUX DE DRAINAGE.
fourchette, ce mouvement étant donné par une manivelle adaptée à une spirale faisant un tour complet.
Dans la description que nous avons faite de la machine de MM. Randell et Saunders, nous avons vu (chap. XXL p. 10-2' qu'on peut donner aux fils des sécateurs ordinaires un mouvement d'oscillation tel qu'il en résulte très-facilement des cannelures. Ce mouvement d'oscillation est surtout facilement obtenu avec les sécateurs que l'on porte à la main le long des tiles de tuyaux sorties sur les tables à rouleaux, comme on peut voir que cela a lieu dans la machine de M. Hatcher, de Beneden (chap. XII, p. 167, 6g. 76 . M. John Todd, de Newfield Tilework, près de Kelmarnock . obtient Le résultat voulu en guidant le fil sécateur, qui est vertical, de manière à le faire marcher d'abord perpendiculairemet à l'axe des tuyaux, puis dans le sens des arènes, et de nouveau perpendiculairement à leur axe.
On comprend, sans que nous ayons besoin d'insister, combien on peut faire varier les dispositions de ce genre, qui ont toutes pour principe de laisser à l'un des tuyaux ce que l'on enlève à l'autre. Mais il est évident que, lors de la pose des tuyaux dans les tranchées, on rencontre, dans l'assemblage des tuyaux cannelés, des difficultés qui diminuent beaucoup l'importance de cette invention.
Dans la plupart des sécateurs ordinaires on fait passer deux fois le fil coupant à travers l'argile: il en résulte que quelquefois le fil ne repasse pas exactement dans la même entaille et qu'on a des saillies défectueuses. M. Lang, dont nous avons précédemment chap. LXIV, j . 289 décrit la machine, ne fait passer qu'une fois le sécateur à travers les tuyaux, et coupe alternativement de bas en haut et de haut en bas. C'est là l'avantage des sécateurs qui tranchent sans tourner autour d'une charnière.