CHAPITRE LXXIV
Comparaison, choix, achat et importation des machines à étirer les tuyaux
Le prix de l'étirage n'entre que pour un septième ou un dixième dans le prix de revient total des tuyaux; mais
on ne peut juger de l'utilité réelle des machines à étirer d'après le faible chiffre qui représente la dépense du travail qu'elles produisent. En effet, elles effectuent une opération essentielle sans laquelle il n'y a pas de tuyaux : elles donnent la forme. Dans les tuileries et les briqueteries, on trouve des terres malaxées et convenablement préparées, des séchoirs, des fours à cuire ; il faut encore y apporter une machine à étirer, pour que les tuyaux soient. Cependant on verra qu'à la rigueur on peut faire des tuyaux à la main ; mais ces tuyaux sont défectueux, et nous n'en conseillons' pas l'emploi.
L/influence des machines à fabriquer les tuyaux pour la propagation du drainage est donc beaucoup plus grande que ne semble l'indiquer le chiffre de la dépense de Topération qu'elles effectuent. Il faut ajouter, avec M. Mangon (Rapport sur les machines de l'Exposition universelle de 1855), « qu'une mauvaise machine, qui se dérange à chaque instant, rend impossible une fabrication économique, et suffit souvent, ce qui est plus grave encore aujourd'hui, pour décourager un fabricant ou un propriétaire, lui faire abandonner la pensée d'entreprendre du drainage et ajourner quelquefois pour longtemps dans un pays les bienfaits de travaux importants d'assainissement. Une bonne machine, au contraire, facilite l'organisation des fabriques de tuyaux, et l'expérience apprend que, partout où l'on trouve des tuyaux, les cultivateurs des environs ne tardent pas à les utiliser. Aussi l'administration supérieure, persuadée avec raison que le principal encouragement au drainage consiste, quant à présent, répandre les machines à tuyaux, s'empresse-t-elle d'en .distribuer un grand nombre dans les départements. Le perfectionnement des machines à tuyaux est intimement ié à la vulgarisation des procédés de drainage « »
Il est très-bien de donner des machines aux sociétés d'agriculture, d'en placer entre les mains des ingénieurs des ponts et chaussées, etc. Cependant il faut bien se garder de croire qu'on a fait faire de cette façon un très-grand pas à la question. L'initiative individuelle a une puissance dont l'action est d'une énergie qui fait des miracles, lorsqu'elle n'est pas étouffée dès sa naissance, et nous croyons qu'il s'est fondé plus de fabriques de tuyaux par la propre volonté de propriétaires, de fermiers, de tuiliers, que par l'envoi gouvernemental de machines. C'est pour les personnes qui ne sont pas sous l'impulsion directe de l'administration que nous avons rédigé ce chapitre. L'administration achète aujourd'hui les machines de M. Schlosser, et les fait essayer à l'école des ponts et chaussées avant de les expédier dans les départements; ce choix est très-bon, mais les motifs de la décision de l'administration en faveur de cette machine ne doivent pas nécessairement entraîner les particuliers. En outre, lorsqu'une fabrique possède déjà une machine de Schlosser envoyée par le gouvernement, elle peut avoir besoin de s'étendre, de varier ses opérations, et d'acheter de nouvelles machines. Faut-il qu'elle ait recours au même modèle? On voit que la question du choix de la machine ne peut être résolue par une décision administrative.
Les machines entre lesquelles on a à choisir, lorsqu'on veut établir une fabrique de tuyaux, sont nombreuses, comme on l'a vu par les descriptions que nous avons données. Et cependant nous n'avons pas cité tous les fabricants ; nous n'avons pas indiqué toutes les inventions existantes; nous avons dû nous borner aux principales, quoiqu'il nous ait été impossible de ne pas faire quelques répétitions. M. Boyle cite encore, dans le mémoire auquel nous avons beaucoup emprunté pour la rédaction de plu-
sieurs des chapitres de ce livre, les inventeurs suivants . Richard Roe, Everton, Yorkshire, 1837; James Forsyth, Lancaster, 1843; Joseph Kirkland, Banbury, 1813; Henry Holmes, Derby, \ 844 ; Richard Weller, Dorking, 1845; John Anderson, Durham, 184-5; Ransomes, Ipswich, 1846; William Swain, Hereford, 1846; Thomas Martin, Deptford, 1847; Brown, Northampton, 1849; James Kean, Sunderland, 1849; - Gair, Auchterarder, 1848; James Hart, Bermondsey, 1848; William Brown, Nottingham, 1848; Thomas Spencer, Prescot, 1848 ; Black wood et Gordon, Paisley, 1848 ; Michael James Brown , Oundle , 1 849 ; W. Morris, Middlesex, 1849; Grimsby, Oxford, 1849; Roberts, Londres, 1849.
« Ces machines, dit M. Boyle, sont, les unes à piston , les autres à cylindres tournant, les autres à tonneau malaxeur; et elles ne se différencient que par des détails tout à fait secondaires. »
Les machines entre lesquelles on a à choisir, lorsqu'on veut établir une fabrique de tuyaux, sont, comme on voit, très-nombreuses. Cependant quelques considérations assez simples peuvent permettre de se décider rapidement sur le parti à prendre.
Pour comparer des machines à faire les tuyaux de drainage il faut s'enquérir :
1° De la manière dont elles épurent la terre ;
2° De la quantité des tuyaux qu'elles fournissent dans le même temps;
3° De la force motrice employée ;
A0 Du prix des machines.
Aux différents concours de la Société d'Agriculture d'Angleterre, concours qui exercent de l'autre côté du détroit une si haute influence sur les progrès de la culture, sur le perfectionnement des instruments et sur l'amélioration des races d'animaux domestiques, les jurys ont eu soin de tenir compte de ces divers éléments de tout bon jugement. Nous allons rapporter succinctement les résultats de ces examens consciencieux ; ils pourront servir en France, car nous sommes à l'époque où le drainage va prendre chez nous une véritable extension : c'est au moins ce que nous espérons.
Au concours deNorwich, tenu en i849, l'essai devant le jury a donné les résultats suivants pour un travail fait, pendant 5 minutes, avec la même terre, que les fabricants avaient reçue à l'avance pour la préparer selon leur convenance (1) :
Nombre Longueur de tuyaux des étirés ;iyant
Noms. tuyaux. o'".o.>dcdia!n. Hommes. Enfants. Cheval. Prix,
m. fr.
Whitehead 0.3i3 185 2 1 « 575
Scragg 0.330 134 2 « » 550
Clayton (cylindres verticaux) 0-340 110 2 1 // 738
Williams 0 . 330 54 1 1 « 341
Ainslie (Thaekeray).. . 0.381 40 12// 875
Franklin 0.330 24 12 1 625
Le prix, consistant en 20 livres sterling, ou 500 fr., fut décerné à la machine de Whitehead.
(1) Journal of the Rot/al agrkidttiral Socidij of England, t. X, p. ")48.
Au concours tenu à Exeter en 1830 (1), après un examen de toutes les machines exposées, ainsi que cela a toujours lieu dans les concours, le jury désigna pour l'essai les cinq machines de WJiitekead, Clayton, Scragg, Williams et Ainslie. Mais une première condition du concours étant que les machines épureraient la terre, la ma- • chine d' Ainslie, n'ayant aucun appareil destiné à cet usage, dut être repoussée.
Dans un essai dont la durée fut de 5 minutes, on obtint, pour l'épuration , les résultats suivants : les ouvertures de de la grille épuratrice de Clayton étaient circulaires; les grilles des autres machines étaient formées de barreaux en fer rond parallèles :
Surface des oriGces Terre Qualité
Noms. des grilles épuratrices. épurée. Hommes. Enfants, du travail.
mètre carri-s. Kil.
Clayton 0.0275 324.6 2 2 très-bon.
Scragg 0.034G 268.3 -' 2 n id.
Whitehead.... 0.0449 254.7 2 1 id.
Williams 0.0388 127. G 1 1 passable.
La machine Clayton s'est encore montrée supérieure à toutes les autres pour l'épuration des terres, lors de l'Exposition universelle de Londres, en 1851, ainsi que nous l'avons précédemment rapporté (2).
Ces machines furent admises ensuite à faire, durant 10 minutes, des tuyaux de 0,n.38 de diamètre intérieur; elles donnèrent les résultats suivants :
Nombre Qualité
Longueur Diamètre des tuyaux du
Noms. des tuyaux. des tuyaux. étirés. Hommes. Enfants, travail,
Whitehead. . 0.343 0.038 724 2 2 excellent.
ClaytOD 0.333 0.038 539 2 2 bon.
Scragg 0.343 0.0i2 350 2 « bon.
Williams... 0.317 0 038 180 i 1 passable.
(1) rbirl., t. XI, p, 47G.
(2) Voir chap. VU, p. 153.
Les machines furent appelées à faire des tuyaux d'un diamètre considérable, 0,n.229; on obtint en 5 minutes :
Diamètre Longueur Qualité
Noms. des tuyaux. totale étirée. Hommes. Enfants, du travail,
Clayton 0.216 5.94 2 1 bon.
Whitehead 0-241 2.69 1 1 assez bon.
Scragg 0.229 1.98 2 » bon.
Comme la précédente machine de Whitehead n'était pas munie d'un appareil convenable pour couper des tuyaux aussi larges que ceux fabriqués, on soumit à un nouvel essai comparatif une petite machine de Whitehead et la machine verticale de Clayton. On obtint en 40 minutes les résultats suivants :
Nombre Qualité
Longueur Diamètre de tuyaux du
Noms. des tuyaux. des tuyaux. étirés. Hommes. Enfants, travail.
Clayton 0-343 0.083 195 2 1 très-bon.
Whitehead. . 0.343 0.076 170 1 1 id.
Enfin, pour se rendre compte de la force motrice exigée par chaque machine, on lit, avec le dynanomètre, deux essais qui donnèrent les résultats suivants :