CHAPITRE LXXIX
Fours à cuire les tuyaux
La cuisson des tuyaux a une double importance, provenant de la grande part qu'elle prend dans le prix de revient des tuyaux et de l'influence considérable qu'elle exerce sur la qualité des produits. On ne s'est généralement pas assez occupé de cette opération de la fabrication, à laquelle nous croyons devoir donner, en conséquence, des développements suffisants pour guider les personnes qui voudront établir des tuyauteries,
Avant d'entrer dans la description des principaux fours qu'on peut employer, et d'indiquer les ingénieuses inventions qui ont été faites pour rendre la cuisson plus rapide et plus économique, nous donnerons., à l'exemple de Brongniart, quelques définitions de mots techniques; nous ne devons pas oublier que nous écrivons surtout pour des agriculteurs, qui ne connaissent pas l'industrie céramique.
Dans un four on distingue quatre parties principales : le foyer, la bouche, le laboratoire et la cheminée. Le foyer est le lieu où se place le combustible, quel qu'il soit. La bouche est la partie par laquelle est aspiré l'air nécessaire à la combustion. Le laboratoire est le lieu où se placent les objets qu'il s'agit de cuire; les parois du laboratoire s'appellent la chemise. La cheminée est le chemin que suivent les gaz échauffés pour se rendre au dehors après avoir produit leur effet. Souvent il n'y a pas de cheminée spéciale; elle se confond alors avec le laboratoire. Pour faire communiquer la cheminée et le foyer, il y a pour les gaz des conduits qu'on appelle des carneaux. Les gaz quelquefois ne traversent pas le laboratoire avant de se rendre dans la cheminée, qui est alors dite immédiate. Lorsque le foyer n'est pas placé au-dessous du laboratoire et de la cheminée, mais qu'il se trouve situé latéralement avec la bouche, on dit que le four est à alandier. L'axe du tirage est la direction que suivent les gaz échauffés pour se rendre du foyer à la cheminée; cet axe peut être vertical, incliné ou horizontal. Pour que le tirage s'effectue, il faut toujours que les gaz s'échappent dans la cheminée à une température supérieure à celle de l'air ambiant. Cette nécessité entraîne une perte de chaleur que l'on cherche à réduire autant que possible en augmentant le parcours que doivent suivre les gaz de la combustion, de manière h ce qu'ils ne sortent qu'avec le moins de calorique possible.
Les tuyaux de drainage doivent subir une assez haute température pour perdre, quoiqu'on ne les vernisse
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Fi?. 175. — Four de Sa'-nl-Meugc (plan;.
Pig. 176. - Four de Saint-Meuge .coupe suivant la ligne xx du plan).
pas, presque toute porosité. Après leur cuisson, s'ils sont de bonne qualité, ils doivent rendre, quand on les
frappe l'un contre l'autre, le son clair et argentin d'une bonne cloche. Pour obtenir de pareils résultats, on peut employer les fours des briqueteries ou des tuileries, lorsqu'ils donnent une température assez égale et assez élevée. Il est des fours à briques qui sont excellents pour la cuisson des tuyaux : tel est le four de Saint-Meugo ^Vosges), que l'on trouve décrit dans Y A (las du Mineur et du Métullurgis e ( I8ri0, p. 23, pi. xxn) et dan's l'Atlas du Traité des Arts céramiques de Brongniart (p. 4-2, pi. xv). La figure 175 donne le plan de ce four à la hauteur des grilles; la figure 176 m représente la coupe suivant la ligne xx du plan; et la figure 177, la coupe dans un sens perpendiculaire, suivant la ligne y y.
Fig. 177. — Four de Sainl-Meuge (coupe suivant la Unnoyij du plan).
Les grilles g, au nombre de six, sont placées, trois à trois, de chaque coté d'un massif M. Elles sont supportées par des arceaux v v, qui s'appuient en outre sur de petits murs m montant jusqu'à la hauteur des grilles, et séparent celles-ci. Les cendres du combustible, qui peut être ici de
la houille, tombent dans les cendriers S. On place les Uiyaux verticalement sur des voûtes faites en briques, qui forment berceau au-dessus des foyers, et qui laissent des interstices pour la circulation de la flamme. Le four est recouvert d'une voûte n n, en berceau, qui supporte au milieu la cheminée T.
Fig. 178. — Four de M. Vincent [élévation).
Le laboratoire d'un pareil four a pour dimensions 2,n. 30 en hauteur, 3m.80en largeur, et 4 mètres en profondeur; sa capacité est de 31.90 mètres cubes; il peut, en conséquence, contenir, à 750 par mètre cube, 20,000 petits tuyaux. C'est la contenance ordinaire de tous les fours que l'on construit pour la cuisson des tuyaux de drainage. Nous avons vu précédemment, lors de la description de la fabrique établie à l'ancien Institut agronomique (1), que le four
(1) Voir page 341.
qu'on y avait construit sur les plans de M. Lauret pouvait contenir 32,000 petits tuyaux.
Dans la fabrique établie à Laguy (Seine-et-Marne) par M. Vincent dès 1850, le four a 3 mètres en tous sens; sa capacité est de 27 mètres cubes ; il peut contenir de 20,000 à 25,000 petits tuyaux. Les figures 178 et 179 en donnent, l'une le plan au-dessus des voûtes, l'autre l'élévation sni-
Fig. 179. — Four de M. Vincent (plan\
vant la ligne AB du plan. Les voûtes sur lesquelles sont placés les tuyaux sont construites en briques ; on pourrait y employer des pierres calcaires, comme cela se fait dans les fours de la fabrique de Saint-Meuge, que nous venons de décrire , et on aurait ainsi de la chaux à chaque fournée. Il est bien entendu qu'on laisse des interstices pour le passage des gaz. Le combustible employé par M. Vincent est la bouille ; il est placé dans les deux foyers!.
Le four est appuyé sur trois faces CD, CE et DF, contre de la terre ; la face d'entrée seule en B est libre. Il résulte de cette disposition une économie clans la construction des murailles. Le four n'a pas de cheminée, et il est ouvert à l'air libre ; seulement un toit léger GHK, porté par des poteaux convenables sur le sol supérieur MN, le protège contre la pluie. Une porte P, que l'on ferme par un mur léger en briques, permet l'enfournement et le défournement. Le prix de construction d'un pareil four est de 1,000 fr. environ. Pour la cuisson d'une fournée de 25,000 petits tuyaux, il faut, en moyenne, 18 jours ainsi répartis :
Enfournement 2 jours.
Pelit feu 8 —
Grand feu 2 —
Refroidissement. 4 —
Défournement 2 —
Total 18 jours.
Le grand feu doit être poussé jusqu'à une chaleur presque blanche.
Les deux fours que nous avons vus dans la fabrique de M. de Rothschild, à Ferrières, sont chauffés au bois, chacun à l'aide de trois foyers. Ils sont circulaires et ont 4 mètres de hauteur, ainsi que 4 mètres de diamètre ; ce qui donne une capacité de 50 mètres cubes. Ils reçoivent par fournée 25,000 tuiles et 32,000 petits tuyaux. Les foyers sont séparés les uns des autres par des murs en briques deOm.80 d'épaisseur, et les gaz de la combustion circulent dans 30 carneaux sous la sole du four. La durée du chauffage est d'un mois, temps considérable qui s'explique parce que l'on enfourne peut-être trop vert, c'est-à-dire avant que la dessiccation soit suffisamment avancée. Les fours sont voûtés, mais ils n'ont pas de cheminée ; des ouvertures rangées circulairement laissent échapper les gaz. Ces fours
FOURS À eUIBE LES TUYAUX. 381
sont établis en plein air, sans aucun abri contre la pluie et les injures du temps. Il doit se faire une grande perte de chaleur, et la cuisson doit être peu économique. Chaque four exige par fournée 350 fr. de combustible.
En Angleterre, M. Glayton établit ses fours, ainsi que l'indiquent les trois figures 480, 481 et 182, complètement en briques.
La figure 180 en représente le plan. 11 y a six foyers A, placés sur deux rangs opposés. Les foyers opposés sont séparés par des murs transversaux. Les trois foyers d'une seule rangée sont en outre séparés par deux murs en briques D, de 0ln.53 d'épaisseur. Ces murs sont reliés par des briques qui les maintiennent et qui supportent en outre les lits de briques qui forment les carneaux où circule la flamme. Les murs d'enceinte B ont l,n.07 d'épaisseur, et ils sont soutenus latéralement par quatre contre-forls C, et aux quatre angles par quatre autres contre-forts K. Des chambres sont ménagées en E, en avant et en arrière, pour les chauffeurs.
Une voûte recouvre le four, ce qui se reconnaît par la figure 181, qui donne une élévation du côté des foyers. En g sont les grilles, en M les foyers, et en A les cendriers. Les barres de fer de soutènement se voient en h. On aperçoit aussi nettement les murs de séparation D, le mur d'enceinte B, et les contre- forts des angles K.
Deux assises de briques, reposant sur les voûtes, laissent onze carneaux pour la circulation de la flamme. Au-dessus, une nouvelle assise a est mise de champ dans le bas de la largeur du four; puis viennent l'assise b dans le sens de la longueur, l'assise c en diagonale, l'assise d, où les briques placées à plat sont presque en contact les unes avec les autres, et constituent le lit T du four.
La figure 182 donne une élévation latérale dans le sens de
Echelle do 0»'.0l:} par mèlre, pour les figures ISO, 1S1 cl 182.
Fig. 180. — Four Clayton (plan)-
FOUHS A CCIItE LKS TUVAUX.
la longueur du four Clayton. On aperçoit en G deux contre-forts latéraux, en K deux contre-forts d'angle, en 1> le mur de clôture. On voit aussi les ouvertures pratiquées dans la voûte pour la sortie des gaz. En P se trouve; l'une des deux portes de chargement et de déchargement.