CHAPITRE IV
Construction des drains garnis de pierres en France
En France, comme nous l'avons démontré au début de cet ouvrage, les drains empierrés sont usités depuis plusieurs siècles dans maintes contrées. Nous trouvons dans Y Instruction sur le Drainage de la Commission hydraulique du département de la Sarthe, que nous aurons l'occasion de citer plusieurs fois, quelques détails à cet égard que nous croyons devoir reproduire.
« Pour les drains entièrement garnis de pierrailles, dit cette Instruction , recouverts de mousse ou de gazon renversé et de terre , les prix les plus avantageux dont on trouve l'indication sont les suivants. Ils se rapportent à des fossés de 0m.70 à 0m.80 de profondeur, ayant 0m.15 à 0m.20 au fond, et des talus aussi forts que le comporte la nature du terrain :
Centimes.
Fouille des terres, arrangement des pierres et remblai. . . 40 F.xtraction de la pierre , cassage et transport 25
Total par mètre courant de fossé couvert 65
«Quant aux fossés où l'on établit âesnocs ou aqueducs en pierres, ils exigent des soins particuliers, et content en général plus cher encore. »
Ce prix est beaucoup plus élevé que celui fixé par l'ingé=nieur Smith (voir page -40), quoiqu'il ne s'agisse que d'une profondeur de 0m.75 en moyenne, au lieu de celle de lm.07.
Il est vrai que nous trouvons aussi les détails suivants, donnés par M. Hubert, architecte à Laval, sur un genre de drainage que l'on exécute depuis longtemps dans le département de la Mayenne :
« On fait, dit M. Hubert, une rigole de 0m.40 à 0m.50 de largeur sur 0in.50 à 0"\60 de profondeur, suivant que le point oii Fon veut faire écouler les eaux est plus ou moins bas; on fait ensuite dans la rigole un canal avec trois moellons, dont deux placés des deux côtés, et le troisième sur les deux autres, de manière à laisser un vide ayant une section de 0m.10 sur 0m.14 ; la hauteur du canal en pierres est de 0m.20 environ ; on le recouvre de 0m.30 de terre, pour que la charrue ne le détériore pas.
« Ce travail coûte , par mètre courant , en main- ce"t,mosd'oeuvre 15
«Le propriétaire n'a à payer, en sus, que le prix d'extraction de la pierre qu'il prend sur la ferme , parce que le fermier est tenu de faire le transport des matériaux sans indemnité. Cette extraction lui coûte 7.> centimes le mètre cube; et avec un mètre cube il peut faire , en moyenne, de 9 à 10 mètres courants; c'est donc, par mètre courant 8
A reporte?' 23
CONSTRUCTION DES DRAINS GARNIS DK PIERRKS EN FRANCE. 61
Centimes.
Report 23
« Si le propriétaire devait acheter et faire transporter la pierre à ses frais , il aurait en outre à payer :
« 1° Pour la valeur de la pierre, non compris l'extraction déjà comptée ci -dessus, 50 centimes par mètre cube, soit par mètre courant 5
« 2° Pour le transport du mètre cube , 75 centimes, soit par mètre courant 8
« Total par mètre courant de drain 36 »
On remarquera que la profondeur du drainage ainsi exécuté est extrêmement faible; que, par conséquent, on doit être loin d'obtenir un assainissement suffisant, quoique le prix de 36 centimes soit encore très-supérieur au prix moyen par mètre courant du drainage avec les tuyaux.
Nous verrons plus loin que c'est une question de savoir si les tuyaux peuvent être employés dans les terrains plantés en vigne. Peut-être devra- t-on recourir constamment dans les vignobles aux drains empierrés. Pour cette raison , nous reproduirons ici une description des travaux exécutés dans le département du Var par M. Henri Laure. En 1834, la Société centrale d'Agriculture avait mis au concours deux prix de 3,000 et de 1,500 fr. pour le dessèchement de terrains d'une contenance de 50 et de 25 hectares, au moyen des rigoles souterraines. M. Laure a reçu le prix de 1,500 fr. pour le dessèchement de sa terre dite des Moulières , d'une contenance de 25 hectares.
« En Provence, dit M. Laure, on nomme vioulière tout terrain recevant pendant l'hiver les infiltrations pluviales des montagnes qui Favoisinent, et qui, en été, devient sec et dur. On comprend qu'un pareil terrain est incultivable. Il n'est guère de communes dans le département du Var,
à cause des nombreuses montagnes dont il est couvert, qui n'ait son quartier des moulières. Cependant ces quartiers sont souvent les meilleurs, les mieux cultivés et les plus productifs. C'est que, depuis plus ou moins de temps, ils ont été desséchés par des ouides ou des touns, noms vulgaires du pays, auxquels le mot drain est substitué de nos jours.
« La commune de La Valette, près Toulon, avait aussi son quartier des moulières, et ce quartier est possédé par ma famille depuis près de cent ans. En 1827, ces moulières ayant fait mon lot lors du partage de la succession de mon père , je me plaignis bientôt à mon fermier de ce qu'un terrain d'environ 3 hectares était couvert de chiendent et d'autres mauvaises plantes , et dans un état complet d'inculture. « Là, me dit-il, il ne viendrait pas de seigle. — C'est bien, répondis-je; nous le verrons dans quatre ou cinq ans. » En effet, quelques années après, on y voyait et on y voit surtout aujourd'hui des vignes, des oliviers, des arbres fruitiers d'une belle venue; et les intervalles ou soles, qui séparent les rangées de vignes, sont couverts de froment et de légumineuses magnifiques. Plusieurs autres parties de la même propriété étaient aussi presque en friche , à cause de nombreuses moulières qui s'y trouvaient, et aujourd'hui une végétation vigoureuse montre ce que peut produire un dessèchement fait avec intelligence.
« En effectuant d'abord nos plantations de vignes sur les points les plus élevés, je fis d'amples provisions de pierres que j'employai à la construction de mes ouïdes. Je creusai des tranchées de 1 mètre à lm.30, sur une largeur au fond de 0m.i0. Des pierres de 0U,.-12 à 0m.14 d'épaisseur furent placées le long des deux côtés du fond de la tranchée , en laissant entre chaque rang de pierres un intervalle de 0m.10 à 0,n.12. Des pierres longues de 0m.30 à
CONSTRUCTION DES DU VINS GARNIS DE PIERRES EN FRANCE. 5,'t
0m.40 furent posées sur les pierres déjà placées de champ au fond de la tranchée, et de manière qu'un vide d'environ (),n.12 restât entre ces diverses pierres pour servir à l'écoulement des eaux qui s'y infiltreraient durant l'hiver. Un amas de pierrailles d'environ 0m.25 à 0m.30 d'épaisseur combla en partie les tranchées ; des feuillages furent ensuite jetés sur ces pierrailles, et finalement les tranchées furent comblées avec la terre qui en avait été extraite.
« Mes premiers ouïdes ont été construits en 4829, et le terrain est encore aujourd'hui aussi bien asséché qu'à l'origine ; mon drainage en empierrement a donc duré déjà 24 ans. »
M. d'Hombres-Firmas, correspondant de l'Institut, a publié, dans le courant de 1853, une note sur les méthodes suivies depuis longtemps dans le midi de la France, et notamment dans le département du Gard ; nous en donnerons ici un extrait.
« Les agriculteurs de notre pays, dit ce savant, appellent les espèces d'aqueducs à l'aide desquels ils drainent, mot seul nouveau pour eux , des valas-ratiés , c'est-à-dire fossés à rats, les rats et les mulots pouvant facilement les parcourir et les habiter. Voici comment on les fait :
« Quand on possède un champ trop aqueux, et qu'il semble de niveau de prime abord, on recherche la pente du sous-sol par quelques trous de sonde, et l'on creuse un canal ou fossé dans ce sens, de 0m.30 à 0m.32 de largeur sur 0m.60 à 0m.80 et quelquefois 1 mètre de profondeur, en le dirigeant, autant que possible, vers un ruisseau. S'il le fallait, on lui donnerait une pente factice vers un puits perdu.
« Selon l'étendue du champ, on fait deux ou plusieurs autres fossés qui des deux côtés viennent aboutir au premier. Il est inutile de dire qu'on les trace et qu'on les
commence avec une forte charrue, qu'on les creuse ensuite avec des bêches et des pelles. On place au fond des pierres plates de champ, inclinées les unes vers les autres, ou bien on les incline vers les parois de la tranchée, et Ton pose d'autres pierres dessus pour recouvrir ces sortes de couloirs. A défaut de pierres plates, on emploie des moellons, des cailloutages quelconques ; seulement, au lieu de les rapprocher, de les assembler, comme si l'on bâtissait un mur, on s'applique, au contraire, à les espacer entre eux dans le sens de la longueur et en travers; c'est dans leurs intervalles que Peau doit s'écouler.
a Les pierres plates sont très-communes dans le département du Gard ; les formations lacustres des arrondissements d'Alais et d'Uzès se délitent naturellement en plaques de toutes les épaisseurs et de diverses grandeurs. Du côté opposé, nos montagnes de micaschiste nous fournissent en quantité des espèces d'ardoises (1), appelées laov.zos en languedocien , dont les Cévannols couvrent leurs maisons, font des pavés, etc. C'est de ces laouzos que les étymologistes font venir le nom de la Laouzero, la Lozère , qui en est recouverte, quoique son noyau et son sommet soient granitiques.
« Quelques cultivateurs jettent tout simplement au fond de la tranchée les pierrailles rondes ou anguleuses, grosses ou petites, qu'ils avaient ramassées en épierrant leurs champs, à peu près jusqu'à moitié hauteur; l'eau filtre dans leurs interstices, moins bien, on le comprend, que dans les galeries de pierres plates.
« On achève de remplir les fossés avec la terre qu'on en
avait retirée, dont le surplus est étendu avec des pelles,
les labours et le hersage. On ne reconnaît l'existence de
(1) On a quelquefois employé les ardoises dans d'anciens drainages ru Angleterre.
ces aqueducs qu'en voyant l'eau se dégorger à leur embouchure, particulièrement après les pluies.
« Nos sources, dans les Cévennes, dégouttent ou coulent parfois encore abondamment; tantôt, c'est entre deux bancs de rocher; tantôt, c'est un jet qui s'échappe d'une tissure, ou bien Peau surgit au fond d'un bassin qu'elle se forme à la surface du sol ; enfin , d'autres fois on remarque plusieurs petites veines qui suintent à une certaine distance les unes des autres. Il faut dans ce cas les réunir par des valas-ratiès , qui convergent ensemble vers celui qui amène le plus d'eau , et vers le tuyau de la fontaine qu'on veut établir.
« Que ce soit dans le but de recueillir et de conserver les eaux potables pour notre usage ou pour arroser nos jardins; que ce soit, au contraire, pour dessécher et assainir un terrain trop aqueux par sa nature ou par sa position ; qu'on veuille en faire écouler les eaux dans les ruisseaux voisins ou les fossés des grandes routes, on y parvient par des valas-ratiés. Nous allons en indiquer quelques-uns de l'un et de l'autre genre qui existent dans ce pays, et que chacun peut aller voir.
« Notre fontaine de Sauvages fut édifiée il y a 170 ans, d'après l'inscription placée dessus. Nous en avons une seconde plus abondante dans le jardin, que nous savons pertinemment dater de 1622; celle-ci est alimentée par cinq filets sur le penchant de la montagne , à 10, 15 et 18 mètres d'intervalle.
« Il existe dans la plaine de Mejanas, à gauche de la route d'Alais, un vala-ratié qui coule comme un ruisseau une partie de l'année. Le propriétaire, fort vieux, que nous interrogeâmes, nous assura que son aïeul n'avait pas su lui dire qui l'avait construit.
a On trouve plusieurs autres travaux de ce genre dans
jfi LIVRE II. — DU DRAINAGE SANS TUYAUX.
1rs communes d'Euzet, de Mons, de Lussan, etc., qui remontent aussi haut, et qui peut-être sont encore plus anciens; personne n'a pu nous apprendre l'époque de leur construction. M. Peladau , d'Euzet , mort en i840, à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, avait des valas-ratiés qui dataient, nous a-t-il dit, de plusieurs générations; il en avait fait lui-même , et , ce qui est remarquable, jamais il n'avait réparé les anciens.
« M. Teissier, d'Anduse, nous a rapporté que son aïeul avait réussi à égoutter des champs et des prés habituellement imbibés d'eau; que ses voisins l'imitèrent, et que leurs terres sont depuis très-fertiles. 11 a ajouté que son père , mort récemment à l'âge de quatre-vingts ans, n'avait jamais été dans le cas d'avoir besoin de réparer ses valas-ratiés. »
Nous avons fait l'extrait qu'on vient de lire, non pour démontrer de nouveau que le drainage est une ancienne invention, non pour faire voir comment on l'exécute à laide de pierrailles; nous avons voulu constater que le drainage est depuis longues années une pratique reconnue très -utile dans le midi de la France. Les faits viennent ainsi répondre, mieux que ne pourraient le faire nos raisonnements, à ceux qui, convenant que le drainage a produit des merveilles pour l'agriculture anglaise, objectent les différences de climat contre l'emploi général qu'on pourrait en faire dans notre pays. Pour nous, nous démontrerons, dans un autre endroit de cet ouvrage, que le drainage est peut-être plus utile dans les pays chauds et secs que dans les pays froids et humides. Nous serons heureux d'appuyer notre démonstration théorique sur des faits que les vieillards centenaires affirment comme établis à des époques antérieures à celles dont les meilleures mémoires puissent se souvenir. Et cependant il s'agit de
drainages exécutés par des méthodes imparfaites. Nous avons vu en effet, durant notre enfance, des pierrailles , exécutées dans le département de la Moselle , se boucher au bout de quelques années. Ces pierrailles étaient construites simplement à l'aide de pierres de diverses grosseurs, recueillies surtout en épierrant des vignes. On ne prenait aucune précaution pour assurer une filtration d'eau goutte à goutte , laquelle filtration peut empêcher les obstructions en débarrassant l'eau de toute matière tenue en suspension. Cet effet a lieu forcément dans le drainage avec tuyaux, dont nous nous occuperons avec détail dans les autres livres de notre ouvrage.
Voici un autre exemple d'une aussi rapide obstruction. Schwerz, d'après une communication que nous a faite M. Eugène Risler, avait établi un drainage en pierres à Hoheinheim, vers 1820, dans un terrain argileux du Lias. Les pierres étaient arrangées comme l'indique la figure 18.
On fut obligé de le refaire en 1850, pendant que M. Risler était à Hoheinheim.On se servit encore cette fois de grès qui se détachent facilement en dalles ou feuilles deOm.12àOm.l5 d'épaisseur. Les pierres se trouvaient à 200 ou
Fig. 18. — Drainage en pierres établi vers 1820, à Hoheinheira , par Schwerz.
300 mètres de a pièce à drainer, et étaient très-faciles à extraire. Schwerz avait laissé à Hoheinheim un plan très- exact de ce drainage, ce qu'on ne devrait jamais négliger de faire.
Un ingénieur de mérite, M.
de Villeneuve,
appelé à professer le drainage à l'École des mines de Paris,
et connu d'ailleurs par plusieurs travaux agronomiques trèsrecommandables, a proposé de mettre au-dessus et au-dessous des pierrailles une couche de mortier hydraulique. A l'aide de cette précaution, l'eau n'arriverait évidemment dans les pierrailles que par les côtés et tout à fait filtrée. L'idée est digne d'être soumise à l'expérience ; elle est une imitation de ce qui se produit dans les drainages faits avec des tuyaux. Dans les localités où les pierres sont extrêmement abondantes, où il est au contraire difficile de se procurer des tuyaux . on pourra essayer ce système , et on devra s'efforcer de suivre les règles tracées par les Anglais pour l'exécution des drains en pierres , règles que nous avons rapportées dans les chapitres précédents.
Nous placerons ici la communication même que nous a faite M. de Villeneuve ; elle expose très clairement les idées de cet ingénieur, et nos lecteurs y trouveront des détails très-intéressants sur un ancien drainage situé presque à la porte de Paris. Voici comment s'exprime M. de Villeneuve :
« Les exemples d'anciens drainages par empierrements ne doivent pas être cherchés loin de Paris ; on en trouve un type bien remarquable, qui nous a été signalé par M. l'inspecteur général des ponts et chaussées Mary, dans la ceinture même de notre capitale.
« Un vaste réseau de drains, formés par empierrements, s'étend sous le sol des Prés Saint-Gervais, de Romainville et de Ménilmontant. Ce drainage absorbe les eaux d'un bassin sans écoulement superficiel occupé par les marnes de la formation gypseuse parisienne ; bassin qui se développe sur un diamètre de plus de 2,500 mètres.
« Ge drainage est établi en pierres plates , formant un canal de 0m.10 de large. Pendant les mois d'hiver, le débit de l'artère principale de ces canaux souterrains s'élève jusqu'à 4,000 mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures.
« Les eaux du drainage des Prés Saint-Gervais sont tellement impures et gypseuses, qu'on n'a pu les utiliser dans Paris. M. Mary leur a donné un débouché régulier et économique en établissant un puits absorbant dans la partie orientale du territoire de Saint-Gervais.
« Le drainage des Prés Saint-Gervais est très-ancien. Le mérite de son exécution est attribué par M. Mary aux religieux qui possédaient les terres de ce bassin avant Louis XIV, tout comme les évêques de Marseille faisaient, dès le treizième siècle , l'assainissement de la vallée d'Aubagne et Gemenas ( Bouches-du-Rhône ) par puits absorbants , réalisant dès lors ce que l'on a appelé le drainage des sources d'Eklington; tout comme les oratoriens de Maubeuge exécutaient, avant 1620, le premier drainage en tuyaux dont on ait retrouvé les traces.
« Nous avons donc aux portes de Paris un drainage par empierrement, remontant probablement à plus de trois siècles, et dont le fonctionnement continue de nos jours avec une remarquable efficacité.
« Sur quelques points, les fouilles ont fait reconnaître des obstructions survenues dans le canal évacuant; la marne servant de support aux pierres s'était ramollie et les pierres s'étaient affaissées. M. Mary a ingénieusement réparé le mal en établissant une couche de mortier hydraulique sur la marne. Les pierres de drainage, posées sur cette base résistante comme sur un radier, n'ont plus subi de dérangement ; les engorgements ont été prévenus.
« Avant de connaître le travail de M. Mary, nous avions énoncé la même pensée dans notre enseignement du drainage à l'École des mines , et nous avons , pendant l'été dernier, établi un drainage-canal par empierrements , en faisant reposer la base de l'empierrement sur une couche de mortier hydraulique de 0m.02 d'épaisseur.
« Ce drainage satisfait au double but d'amener vers une usine et sans perte aucune un faible écoulement d'eau indispensable à son roulement, en même temps, que le drainage, absorbant latéralement toutes les eaux de la filtration , assainit un terrain trop imprégné d'humidité.
« L'excès de pente que l'on était obligé de donner aux drains par empierrement, comparés aux drains en tuyaux, n'est nullement nécessaire dès que la base de l'empierrement laisse subsister une ligne d'écoulement continu où la fuite des eaux s'opère sans obstacle ; on se trouve ainsi ramené aux conditions que réalisent les tuyaux.
« Nous ajoutons une dernière précaution à ce système d'exécution. Après avoir égalisé avec les plus menues pierres la surface supérieure de Pempierrement , nous y établissons un enduit de mortier hydraulique , qui supprime les filtrations verticales , celles qui font naître l'envasement le plus rapide du drain. Notre enduit hydraulique supérieur représente très-bien la chappe de la voûte d'un pont; il atteint évidemment bien mieux le but indiqué que les tessons recouvrant les drains, et que les mottes d'argile ou de gazon foulées sur les tuyaux.
« Ainsi, en ajoutant un peu de mortier hydraulique aux empierrements , en ménageant une ligne de vide continue, on peut obtenir la réunion de tous les avantages du drainage le plus parfait, confectionné avec les tuyaux de 0m.03 à 0m.(M de diamètre vide.
« Lorsque le coût de la chaux hydraulique ne dépasse pas le prix de 25 fr. les \ ,000 kilogr. portés au point de consommation, les deux enduits de mortier correspondent à une dépense de 7 à 10 centimes le mètre courant. C'est le prix du mètre courant des tuyaux portés sur place aux environs de Paris. On reste donc, par le procédé que nous signalons, dans de bonnes conditions économiques. Toutes
les fois que les tuyaux de drainage ne pourront pas être livrés immédiatement et à bas prix ; toutes les fois qu'au lieu de tuyaux on n'aura que des briques plates , quand bien même elles seraient irrégulières ou en morceaux brisés; toutes les fois que les pierres abondantes seront un embarras pour le laboureur, le drainage perfectionné par le mortier hydraulique peut permettre, avec succès certain , l'emploi de la mauvaise briqueterie ou de l'empierrement. Or, les pierres ne font pas défaut dans le voisinage du sol imperméable, provenant des terrains primitifs, des grès secondaires , des marnes intercalées dans le calcaire. Ce n'est que dans une certaine partie du sol imperméable, tertiaire et d'alluvion, dans les terrains tourbeux, que les pierres peuvent manquer. Les drainages par empierrement peuvent donc s'appliquer à plus des deux tiers des grands travaux d'assainissement. Pour les terrains coulants , où les parois des fossés de drainage ne peuvent se soutenir, on doit absolument recourir aux tuyaux. On peut les établir en béton hydraulique coulé sur mandrin et séché quarante-huit heures avant l'emploi, quand le ciment ou la chaux hydraulique sont communs et que la poterie est rare.
« Le remarquable exemple de durée offert par le drainage des Prés Saint-Gervais est fait pour inspirer confiance dans les drainages par empierrement bien exécutés : à plus forte raison devra-t-on être assuré d'un succès durable , alors qu'on y ajoutera l'influence d'une couverture hydraulique.
« Dans les cas très-nombreux où le fond des fossés de drainage pourrait empâter les matériaux, ou lorsque les eaux filtrées devront être complètement conservées pour former des sources artificielles , la couche inférieure du mortier hydraulique , faisant fonction de radier, de-
vra être employée; elle sera nécessaire même lorsqu'on fera usage de tuyaux pour traverser des terrains qui, devenant absorbants pendant une partie de l'année, arrêteraient les eaux à utiliser .
« Les profondes érosions que causent, dans les sols argileux imperméables et fortement inclinés , les averses caractéristiques du climat méditerranéen , ont depuis longtemps amené l'usage de multiplier dans cette région les terrassements soutenus par des murailles ou des empierrements. Ce système peut être régularisé, et servir à former des sources artificielles. On atteindra ce but en donnant des pentes soigneusement tracées aux fossés qui supportent la base du muraillement, et les faisant aboutir sur une ligne servant de récipient commun aux eaux, que l'on contiendra avec un enduit hydraulique établi au fond des fossés.
« Encore une réflexion suggérée par les judicieux travaux de M. Mary. En France, le morcellement de la propriété, douze fois plus grand que celui du domaine anglais, donne un mérite sérieux et un à-propos spécial aux évacuations par puits absorbants ; on est par là dispensé de la nécessité de prolonger les canaux d'évacuation jusque dans les propriétés appartenant à des tiers qui refusent de subir cette servitude.
« Les explorations géologiques qui éclairent la recherche des évacuants souterrains à l'aide des failles, des cavernes et des couches perméables sous-jacentes , sont donc , en France plus qu'ailleurs > d'utiles auxiliaires des procédés de drainage.
« Que l'on songe que les assainissements des vallées d'Aubagne et de Gemenas, dans les Bouches-du-Rhône, sont fondés sur la mise à profit des puits absorbants fonctionnant encore bien depuis six siècles , et l'on concevra
DRAINS EN BRIQUKS. 03
tout ce que la recherche des absorbants souterrains offre de ressources au drainage français.
« En résumé, mettre en usage dans le drainage perfectionné les pierres embarrassant les travaux superficiels; assurer l'efficacité et la durée du drainage par empierrement à l'aide du mortier hydraulique, dont la fabrication devient chaque jour plus économique; perfectionner aussi la conservation des eaux de drainage comme sources artificielles, ou rendre leur évacuation moins embarrassante à l'aide des absorbants souterrains, voilà les considérations importantes qui me paraissent se rattacher aux détails descriptifs précédents : puissent-ils servir à étendre le drainage jusqu'aux plus minces héritages ! »