CHAPITRE IX
Drains en gazon
Dans le cas de pénurie des divers matériaux dont nous venons de parler, on a proposé de construire des drains avec de simples morceaux de gazon enlevés de la surface du sol. On creuse la tranchée en donnant une certaine inclinaison aux parois, et en ménageant deux épaulements quand on approche du fond (fig. 27). On chasse ensuite la
Fig. 27. —Drain construit en gazon.
motte de gazon enlevée de la surface, de manière à l'enfoncer à force jusqu'à ce qu'elle pose sur les épaulements en conservant un vide en dessous; on achève de remplir avec de la terre pilonée, puis avec de la terre simplement extraite par la fouille. Un pareil travail ne revient pas à beaucoup meilleur marché que le drainage en tuyaux de poterie, et il présente évidemment beaucoup moins de chances de durée.
En 1809, Pictet, de Genève -, a décrit de la manière suivante la construction des drains en gazon :
7f. LIVRE II. — DU DRAINAGE SANS TUYAUX.
« Dans le Lancashire, on dessèche les prés tourbeux trèsefficacement par les coulisses nommées Sod-pipes (conduits de gazon). Ce sont des rigoles étroites, pratiquées d'un coup de bêche dans le fond d'un fossé, et recouvertes d'un gazon renversé, que l'on coupe de la grandeur nécessaire. L'effet de ces coulisses dure plusieurs années.
«Dans le Buckinghamshire on fait les conduits de gazon de la manière suivante : Après avoir ouvert le fossé à la profondeur nécessaire, on le termine en prisme, de manière que les côtés se rencontrent à angle aigu. On coupe des gazons en coins tronqués, de manière que l'angle des faces de ces gazons soit le même que celui des côtés du fossé. On place ces gazons à côté les uns des autres dans le fossé, dont ils ne peuvent pas toucher le fond, puisqu'ils ont la forme d'un coin tronqué ; il reste ainsi un vide pour l'écoulement des eaux.
« On voit, dans le rapport sur la province d'Essex, le déta.i d'une invention ingénieuse pour le dessèchement des prés mouilleux. Une roue de fer fondu, de quatre pieds de diamètre (lm. 20), et du poids de quatre quintaux (200 kilogr.), n'a qu'un demi-pouce (0m.017) d'épaisseur à sa circonférence, et cette épaisseur augmente graduellement en se rapprochant de l'axe. Celte roue, en cheminant, coupe, par son poids seul, une tranchée qui, lorsqu'elle a quinze pouces ^0"'..'J8) de profondeur, a quatre pouces (0,n.10) de large en haut, et six lignes (0m.017) en bas. On peut augmenter la profondeur de ces tranchées en chargeant la roue. On jette ensuite immédiatement, dans le fond de la coulisse ouverte, une corde ou tresse en paille, qui y décide et entretient le cours de l'eau. On dit qu'un jour suffit pour ouvrir ainsi le nombre suffisant de coulisses au dessèchement de douze acres (4h.85) de prairies.
« Dans les pâturages destinés aux moutons, on emploie
DRAINS EN GAZON.
encore, pour l'écoulement des eaux de la surface, une méthode plus simple. Une forte charrue ouvre des sillons dans les directions convenables. Un homme détache, du gazon retourné, la terre qui se trouve de trop, en laissant au gazon une épaisseur de trois pouces (0m.076). On replace sur la raie ce gazon ainsi aminci, en laissant l'herbe en dessus. 11 s'y affaisse un peu, mais il laisse cependant un vide pour l'écoulement des eaux. Ces coulisses s'obstruent aisément ; mais on les refait, sans frais , aussi souvent qu'il est nécessaire.
« La durée de l'effet des coulisses de dessèchement doit varier selon les matériaux employés et les précautions prises. Les aqueducs en pierre peuvent durer éternellement. Ceux qui ont été garnis en bois et en paille continuent à couler au bout d'un temps très-long, et même quand les matériaux qui les remplissaient sont totalement décomposés. On a vu des coulisses de cette espèce conduire l'eau au bout de quarante ans comme si elles étaient nouvellement établies. »