‹ Drainage des terres arablesChapitre 36 sur 166 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Drains forés

Depuis bien longtemps on sait dessécher les terrains humides qui n'offrent pas de pente, et qui reposent sur des couches imperméables au-dessous desquelles il y a des couches poreuses , en construisant des puits absorbants. Nous décrirons dans un livre spécial, relatif au drainage des sources, les divers instruments de sondage à l'aide desquels on perce ou fore les trous qui donnent lieu à l'écoulement des eaux de la surface. Ici nous ne mentionnerons que l'application des trous de sonde qu'on peut faire dans certains cas pour obtenir un effet tout aussi certain que celui obtenu à l'aide de conduits souterrains ayant une pente assez faible. 11 s'agit de remplacer les conduits inclinés par de véritables conduits verticaux. On a récemment présenté cette substitution comme une innovation très-importante , et on a même pris à cet égard un brevet d'invention. Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que ce drainage, dit par perf orage , ne saurait présenter d'efficacité réelle que dans les terrains où la couche imperméable est trèspeu épaisse, et où nécessairement le sol est presque plat. Dans tous les autres cas, des trous de sonde deviendraient trop coûteux, s'ils avaient besoin d'être forés à de grandes profondeurs. En outre, pour les terrains à relief variable , les trous de sonde ne sauraient être actifs qu'en de certains points, et ils ne dispenseraient pas des conduits souterrains ordinaires, pour l'assainissement du reste du sol. Depuis longtemps on fait usage dans ces limites d'une certaine forme de drainage par perforage. Voici comment en parle Pictet, de Genève (1) : « Dans le Herefordshire, il n'est

(1) Loco c'Uato, p. 379,

pas rare de creuser des carrières de pierres à chaux jusqu'à quarante pieds (42 mètres), au travers d'une glaise rouge qui retient les eaux. Ces carrières, remplies ensuite avec des pierres, servent d'égout à toutes les terres environnantes, et on y fait aboutir les fossés de dessèchement.

« Lorsqu'on forme un puits perdu, dans le but d'écouler les eaux qui sont à la surface , on est exposé à produire un effet tout contraire à celui qu'on attend. Si, après avoir percé la couche de glaise qui retient les eaux à la surface du sol, on trouve une couche sablonneuse qui serve de réservoir à cette eau comprimée, celle-ci sort par le puits, et le terrain, au lieu d'être desséché, est plus inondé qu'auparavant. Le seul moyen d'éviter cet inconvénient , ou du moins de l'affaiblir, paraît être de percer toujours à la sonde avant de creuser un puits, afin que, dans le cas où l'eau monterait au lieu de descendre, on fût à temps de boucher le trou de la sonde.

« Le docteur Nudgent, dans ses Voyages en Allemagne, publiés en 1768, fait mention d'une manière de dessécher les marais basée sur les mêmes principes qu'il a vu mettre en pratique dans le Herefordshire, et qu'il donne comme applicable aux lacs. «Il est, dit cet auteur, de la nature des terrains tourbeux d'avoir, au-dessous de la tourbe , une couche de glaise qui ne laisse pas pénétrer l'eau ; mais cette couche n'a pas ordinairement une épaisseur considérable, et l'on trouve le sable et le gravier au-dessous. Le bon sens indique donc qu'en perçant la glaise on se débarrasse de l'eau. Pour cela, on choisit l'endroit le plus bas de ce marais, et on y creuse un puits qui pénètre jusqu'à la couche perméable. De grands fossés de dégorgement conduisent à ce puits, et, lorsque le marais est à peu près desséché, on remplit de pierres le puits perdu

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et les fossés qui y mènent. De cette manière , la pièce a un égout permanent, qu'on n'aperçoit que par ses bons effets. »

« L'auteur du rapport sur l'agriculture du comté de Roxburgh dit avoir adopté pour lui-même et avec succès cette manière de dessécher. Les terres qui ont besoin de dessèchement, dans ce comté, ont, à une profondeur qui varie depuis un jusqu'à six pieds (0m.30 à lm.80), une couche de substance semblable à une ardoise noire, qui n'a pas une fissure, et qui est impénétrable à l'eau ; cette couche d'ardoise noire a de vingt à vingt-cinq pieds (6 mètres à 7m.5) d'épaisseur. Au-dessous de cette couche, on trouve une couche feuilletée, d'une profondeur énorme, et qui donne aisément passage à l'eau. Les couches supérieures du sol sont d'une terre légère et tourbeuse. En hiver, l'inondation y est générale. Lorsque le vent et le soleil du printemps ont agi sur cette surface , elle devient passablement solide, et donne une herbe de mauvaise qualité. En 1784-, l'auteur du rapport fit labourer vingt acres (8 hectares) de ce terrain. Tout ce qui se trouvait sur le même niveau fut labouré en billons. Au printemps de l'année suivante, on fit passer et repasser le bétail pour affermir le terrain. A la fin de juillet, on relaboura en billons, et, pour se débarrasser de l'eau qui séjournait dans les raies, on fit percer de plus, avec une sonde, au travers de la pierre schisteuse. On maintint les trous ouverts en plaçant à l'orifice des paniers avec des pierres dedans. On les ôtait ou on les remettait, selon que le temps était humide ou sec. Au printemps de 1786, le terrain se trouva aussi promptement en état de recevoir la charrue qu'aucune autre pièce de la ferme. Les eaux s'étaient écoulées jusque dans la couche perméable. Ce terrain devint d'un grand rapport.»

C'est la méthode dont on vient de lire la description qui est

proposée pour remplacer le drainage artériel; on n'y a fait qu'une modification en ce qui concerne la conservation des trous de sonde. Si l'on borne la nouvelle méthode à Passé chement de quelques contrées très plates, comme certains districts des Pays-Bas, elle mérite toute considération. Elle consiste à forer un très-grand nombre de trous par hectare, 6,000, par exemple, et à enfoncer des pieux le long desquels Peau continue à descendre indéfiniment pour se rendre dans la couche perméable sous-jacente. Dans la Gueldre hollandaise, 100 trous coûtent lf .06, et 100 pieux reviennent à 2f.12. Les outils nécessaires sont deux sondes, coûtant 10f.60. A raison de 6,000 trous par hectare, le prix du drainage est de 190 fr. Dans les limites que nous avons indiquées, ce système peut rendre des services; mais il y aura lieu d'examiner si, dans les mêmes circonstances, le drainage artériel par lignes de tuyaux inclinées vers un seul puits perdu ou vers un fossé évacuateur ne produirait pas plus d'effet sans coûter plus cher.

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