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CHAPITRE PREMIER

Des terres qui ont besoin d'être drainées

Il est un fait qui a dû frapper tous les esprits.

En Angleterre, le Gouvernement n'a pas l'habitude de se mêler des choses de l'agriculture ; il abandonne toutes les améliorations à l'initiative individuelle ou à Faction d'associations qui , par leur nombre ou par la haute position et la grande fortune de beaucoup de leurs membres, exercent une influence considérable dans le pays.

Pour ce qui concerne l'entreprise des travaux de drainage, une exception a été faite : le Gouvernement anglais est sorti de sa réserve habituelle ; il est venu directement et énergiquement en aide à l'agriculture des trois royaumes par des avances de fonds qui s'élevaient, à la fin de 1850, à 184,250,000 fr. Il faut ajouter que le Gouvernement anglais n'a qu'à se louer des prêts qu'il a faits précédemment, et dont les premiers remontent jusque vers 1841. Le payement des annuités, calculées à raison de G 4/2 pour 100 du montant du prêt, et à l'aide desquelles doivent être acquittées, dans l'espace de vingt-deux ans, les sommes avancées, s'effectue avec une régularité exemplaire, et les pertes seront excessivement faibles. Les résultats ont été immenses. C'est à la fécondité nouvelle

qu'ont trouvée les terres arables drainées sur une grande échelle que l'agriculture anglaise doit d'avoir pu résister à la réforme de la loi des céréales , d'avoir pu supporter la libre entrée des grains étrangers.

En France , l'intervention du Gouvernement dans les améliorations agricoles est la situation normale. On est habitué à croire que rien n'est possible si l'État ne s'en mêle. Pour perfectionner le bétail , introduire de nouvelles cultures, changer son assolement, instruire les enfants, on demande le secours du Gouvernement. Il semble que rien ne soit bien fait si quelque arrêté préfectoral, ministériel, voire un décret ou une loi ayant reçu la sanction de tous les pouvoirs de l'État, n'a passé par là. Eh bien, pour le drainage , on ne demande rien au Gouvernement ; on prétend se passer de son concours, et quelques uns vont même jusqu'à se plaindre de ce qu'il a voulu donner quelques encouragements aux Sociétés ou aux Comices, à l'effet de faire acheter des machines à étirer les tuyaux. — Nous assainirons nos terres si cela nous convient , s'écrient les plus intrépides opposants; l'État a bien autre chose à faire que de nous donner de l'argent pour le drainage.! Il ne s'agit que d'une mode, mode importée d'outre-Manche, excentricité par conséquent que peuvent se permettre des Anglais millionnaires, mais que nous laisserons passer sans l'adopter, nous autres gens raisonnables.

Nous n'avons jamais encouragé cette tendance habituelle des agronomes français à demander les encouragements du Gouvernement pour faire du bien autour d'eux. Nous sommes fort désireux de voir notre agriculture marcher d'elle-même, et se passer du cachet ministériel. Mais il ne faudrait pas que cette nouvelle attitude prise dans la question du drainage n'eût d'autre résultat que d'empêcher des travaux d'une si grande importance de s'effectuer

DES TERRES Qll ONT BESOIN D'ÊTRE DRAINÉES. 93

dans des proportions convenables. Nous souhaitons donc vivement qu'il puisse se former une société financière faisant chez nous ce qu'a fait en Angleterre le Gouvernement, c'est-à-dire prêtant aux propriétaires décidés à faire drainer leurs champs, à la condition de rembourser intérêts et capital par des annuités faciles à payer d'après la plusvalue certaine que prend toute propriété drainée.

Une objection se présente. Ya-t-il en France beaucoup de terrains qui aient besoin d'être drainés? L'Angleterre ne se trouvait-elle pas dans des conditions tout à fait spéciales au point de vue de la géologie et du climat, de telle sorte que le drainage y était nécessaire dans une proportion qui est loin de se présenter en France? C'est le lieu d'examiner à quelles terres doivent être appliqués les travaux de drainage.

A la question ainsi posée, une brochure dont nous avons eu déjà occasion de parler, Instruction sur le Drainage, publiée sous les auspices de la Commission hydraulique du département de la Sarthe, répond dans les termes suivants, que nous croyons devoir reproduire :

« Les terrains auxquels le drainage est appliqué avec l'utilité la plus évidente, dit cette brochure, sont les terres froides et les terres fortes. Dans l'usage ordinaire, ces deux dénominations sont fréquemment employées l'une pour l'autre ; mais nous désignons ici exclusivement sous le nom de terres froides celles qui , sans être imperméables par elles-mêmes , reposent sur un sous-sol imperméable, et sous le nom de terres fortes celles où l'élément argileux domine.

« Les premières sont précisément dans le cas du pot de ikurs dont le fond ne serait pas percé (1). Les eaux qui y arrivent de la surface, et celles qui sourdent très-fréquem- (i) Voir précédemment livre Irr, chap. I"', p. 5.

ment dans cette sorte de'terrains, les maintiennent dans un état constant d'humidité très- défavorable à la végétation.

« Des engrais même abondants ne peuvent leur donner qu'une médiocre fertilité. Il faut, en effet, pour que les engrais agissent utilement, qu'ils subissent dans le sol une fermentation telle que les racines y trouvent toutes les substances nécessaires à leur développement; et cette fermentation ne peut se produire que sous l'influence de l'humidité, de la chaleur, et surtout de l'air.

« Une eau stagnante dans le sol donne lieu à un genre de décomposition qui y fait naître , soit des solutions trop concentrées de matières organiques, soit des principes acides et ferrugineux. Ces éléments ne conviennent qu'à la nutrition de certaines plantes à tissu lâche et spongieux. Si le terrain est en prairie, les joncs, les roseaux, les prêles, les mousses, plusieurs espèces de carex, etc., viennent remplacer peu à peu les espèces utiles, et Ton n'obtient plus qu'un mauvais fourrage, souvent très-nuisible aux bestiaux. Dans les terrains cultivés, les plantes souffrent de cette humidité constante qui en pourrit les racines. La plus légère gelée forme d'ailleurs sur les billons une croûte de glace qui s'attache autour des jeunes plantes, les endommage et les déracine.

« L'eau qui imbibe le terrain , n'ayant pas d'issue inférieure, ne peut se dégager qu'à la surface, par l'effet de Févaporation ; mais l'eau absorbe , pour passer à l'état de vapeur, une quantité considérable de calorique qu'elle rend latent, et toute la chaleur que l'évaporation enlève ainsi est perdue pour la végétation. Les vents du printemps tendent bien à dessécher la couche superficielle ; mais si le terrain est sourceux, ce qui a presque toujours lieu avec un sous-sol imperméable, l'eau souterraine remplace au fur et à mesure celle qui s'évapore ; l'évaporation

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