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CHAPITRE II

De l'étendue des terrains à drainer en France

Nous croyons qu'il est fort difficile d'apprécier avec quelque exactitude, par grande masse, dans une sorte de statistique, l'étendue des terrains qui, en France, réclament le drainage. Cependant la question a été posée; on a même cherché à la résoudre pour certains départements, ou même pour des régions entières. Il y a donc lieu d'en parler. D'un autre côté , ce n'est pas un sujet complètement oiseux. On a prétendu que le drainage ne pouvait avoir en France une importance comparable à celle qu'il a prise en Angleterre. Par les chiffres qu'on va voir, on reconnaîtra que cette prétention n'a aucune espèce de fondement ; elle n'a pu être émise que par des gens incompétents, et étrangers à la question dont ils voulaient s'occuper.

En thèse générale, on peut dire que le drainage doit s'appliquer : 1° à tout terrain ayant un sous-sol imperméable; 2° à tout terrain argileux. Dans ces deux natures de terrains, les eaux ne peuvent pas s egoutter peu à peu; la terre n'est jamais dans l'état de saturation modérée qui convient à une bonne végétation; la pluie coule ou séjourne à la surface sans pénétrer dans le sol et sans y laisser ses principes fécondants.

Ces définitions posées, on comprend pourquoi M. Belgrand, ingénieur des ponts et chaussées, dans un beau

98 LIVRE III. — DES TERRES DRAIÎS'ABLKS.

travail intitulé Hydrologie du bassin de la Seine (i), détermine de la manière suivante les formations géologiques de ce bassin où le drainage est nécessaire :

«Écartons tout d'abord, dit-il, les terrains oolitiques (2;, la craie et les terrains de la Beauce, lorsqu'il n'y existe pas de tourbières ; il est évident que le sous-sol perméable de ces formations produit un drainage naturel bien autrement énergique que celui qu'on pourrait obtenir par un moyen quelconque. Suivant M. de Saint-Venant, la Beauce doit une partie de sa proverbiale fertilité au drainage naturel provenant de la perméabilité de son sous-sol.

« Examinons successivement les autres formations du bassin de la Seine.

« Granités. — Malgré la forte pente des terrains du Morvan , le drainage , sur un grand nombre de points, y serait une opération très-utile. En effet, le sous- sol étant imperméable, et le sol, composé d'arènes grossières, étant, au contraire , très-perméable , les eaux pluviales restent dans la couche d'humus comme dans une éponge; aussi les terres , qui sont très-brùlantes l'été , sont-elles trèsfroides l'hiver; elles sont impropres à la production du blé ; le seigle, plus robuste, résiste à cet excès d'humidité. Cependant, dans les parties les plus froides, que les habitants appellent terres morveuses , les glaçons , qui soulèvent le sol , coupent les racines et détruisent les récoltes ; les terrains granitiques , après une belle gelée, sont, à la lettre, hérissés de petits glaçons de la grosseur d'un tuyau

(1) Annales des Ponts et Chaussées, 3e série, t. III, p. 181.

(5) Terrains oolitiques, c'est-à-dire formés d'un calcaire composé d'une infinité de grains qui lui donnent l'apparence d'une masse d'oeufs de poissons pétrifiés. Ces terrains sont très-perméables, mais ils reposent sur une couche argilo-calcaire qui n'a pas la même propriété. Dans certains cas, quand les terrains oolitiques n'ont qu'une faible épaisseur, le drainage peut y produire de bons effets.

de l'étendue des terrains a drainer en fraNce. 99

de plume. Reste à savoir si la plus-value des terres, après le drainage, suffirait pour couvrir les frais. On ne doit pas perdre de vue que, dans leur état actuel , les terres granitiques ne se louent guère plus de 10 francs l'hectare; il faudrait être sûr de pouvoir doubler au moins les prix de ferme avant d'entreprendre une opération qui coûte rarement moins de 250 fr. l'hectare (1).

« Lias et grès verts. — Le lias et les grès verts ont presque toujours assez de pente pour que les eaux pluviales s'égouttent bien et ne nuisent pas à la végétation; le drainage n'y serait une opération utile qu'autant qu'il serait bien constaté qu'il peut absorber les eaux qui, en s'écoulant à la surface, enlèvent l'humus, les fumiers, et, en général, les parties les plus fertiles du sol. Des essais sur une petite échelle sont donc nécessaires dans ces terrains.

« Terrains tertiaires imperméables. — C'est surtout dans ces terrains que le drainage doit produire d'excellents résultats; ils sont tous disposés en vastes plateaux si peu inclinés que , dans la plupart des cas, les eaux pluviales ne peuvent atteindre les thalwegs (2) qu'elles devraient suivre à la surface du sol. Dans certaines parties de la Puisaye, notamment , il existe de vastes landes nommées gatines , que les eaux stagnantes rendent complètement improductives.

« Dans la Brie, le drainage paraît devoir prendre un développement rapide ; mais dans les parties plus méridionales, surtout dans la Puisaye, aucune tentative n'a encore été faite. C'est cependant là qu'il devrait donner les plus

(1) Nous établirons par de nombreux exemples, pris dans les conditions les plus diverses, les prix de revient du drainage. Nous laissons, pour le moment, à M. Belgrand la responsabilité de ce chiffre.

(2) De deux mots allemands, thaï, vallée, et wey, chemin.

grands bénéfices. L'homme d'affaires d'un propriétaire qui possède J500 hectares de terres dans le canton de Bléneau (Yonne ), me disait que certaines fermes de 100 hectares ne rendaient pas annuellement au propriétaire la valeur de 60 hectolitres de blé, soit environ 1000 francs; en général, on considère comme suffisamment avantageuse une location de 22 fr. par hectare.

a En outre, l'excès d'humidité rend le pays malsain; la population est lourde , peu intelligente , rongée par les fièvres, et par conséquent peu laborieuse.

« La luzerne , qui craint avant tout un sol humide , ne végète que sur les coteaux; et comme les prés sont rares, les fermiers ne peuvent nourrir leur bétail qu'en laissant leurs terres longtemps en pâturage, et en ne les cultivant que tous les cinq ou six ans.

« Voici l'assolement presque improductif adopté dans un pays où les terres fumées et marnées peuvent donner de 20 à 25 hectolitres de blé à l'hectare , c'est-à-dire des récoltes comparables à celles de la bonne Brie :

lre année : Blé.

2e — Avoine avec trèfle.

3e Récolte de trèfle.

4e — 2e récolte de trèfle.

5e , 6e , 7e années : Pâture.

« Si le sol était assez assaini pour que la culture de la luzerne fut possible sur le quart des terres d'une ferme, on pourrait supprimer la dernière récolte du trèfle, qui est presque improductive , et tous les pâturages, et adopter les assolements les plus riches. Alors les prix de ferme atteindraient au moins ceux du lias, qui sont de -40 à 7,v> fr. par hectare, et peut-être ceux de la Brie, qui varient de 80 à 100 francs.

« Le drainage des terres de la Puisaye triplerait donc ,

au moins, le prix des fermages, en même temps qu'il rendrait la population plus saine et plus laborieuse. Ce serait à la fois un acte d'humanité et une excellente opération financière. »

D'après ces détails, on peut calculer assez facilement et avec une approximation suffisante l'étendue des terrains du bassin de la Seine qui, en amont de Paris, ont besoin d'être améliorés par le drainage. On trouve, en effet , que la surface totale des terrains imperméables de cette partie de la vallée de la Seine se décompose ainsi :

hectares.

Granités et porphyres 150,000

Lias et argiles supra-liasiques 150,000

Craie inférieure (grés verts) 310,000

Terrains tertiaires imperméables (Brip, rive droite de l'Yonne, Puisaye, Gàtinais, vallée de Fontainebleau ) 1 ,?G4,000

Total 1,874,000

Le reste du bassin présente l'étendue suivante en terrains perméables où le drainage peut, a priori, être regardé comme inutile :

hectares

Terrains oolitiques 1,1 70,000

Craie proprement dite 680,000

Calcaires de la Beauce 3i6,000

Alluvion 240,000

Total 2,436,000

Ainsi, sur un total de 4,310,000 hectares, nous en trouvons 1,87-4,000 dont la nature est telle que le drainage peut y être regardé comme nécessaire, c'est-à-dire 43 pour 100.

Quand nous disons que le drainage serait nécessaire dans les terrains imperméables dont nous venons de parler, nous ne voulons pas faire supposer qu'il y serait tou-

jours économique. A ce point de vue, il faudrait éliminer les terrains plantés en bois, les terrains improductifs, etc., pour ne conserver que les terres arables ; il faudrait ainsi réduire l'étendue calculée aux trois cinquièmes , et nous aurions alors dans le bassin de la Seine , en amont de Paris, 1,118,600 hectares dont le drainage devrait être entrepris, soit 25 à 26 pour 100 de la surface totale.

Ce chiffre démontre à lui seul toute l'importance que le drainage doit prendre en France. D'après les documents statistiques que M. Hervé-Mangon (1 ) a pu compulser et comparer, l'étendue des terres drainées de 1846 à 1850, en Angleterre, sans comprendre l'Ecosse et l'Irlande, ne s'élève guère qu'à 500,000 hectares.

On voit que, dans le bassin de la Seine seul, les travaux de drainage à effectuer monteraient à près du double de ce qui a été fait en Angleterre, avec le concours plus ou moins direct de l'État. Mais nous ne devons pas nous arrêter à cette appréciation, qui paraîtrait peut-être trop locale.

Des estimations basées sur d'autres principes ont été faites pour deux départements du nord-est, la Meuse et la Moselle, par M. Raillard, ingénieur des ponts et chaussées, et par M. Van der Straten Ponthoz, agriculteur à Metz. Nous reproduisons à cet égard un passage d'une brochure intéressante sur le drainage, publiée par M. Van der Straten Ponthoz sous le titre : État , progrès et avenir du drainage en France. De sa pratique et de son application dans le déparlement de la Moselle, Voici comment cet agriculteur distingué, qui a beaucoup fait pour l'introduction du drainage en Lorraine, divise, avec M. Raillard, les terres de la Meuse et de la Moselle :

(1) Études sur le drainage, p. xiv.

de l'étendue des terrains a drainer en France. 103

1° Terres dont le genre de culture ne s'oppose pas au drainage.

Meuse Moselle hectares hectares

Terres labourables 344,661 303,913

Prés 49,426 45,597

lignes 13,250 5,291

Vergers, pépinières et jardins 6,120 ! 1,920

Cultures diverses 12 88

Landes, pâtes et bruyères 10,889 6,591

Totaux 424 ,358 373,400

2° Terrains auxquels le drainage ne peut être appliqué en raison de leur nature actuelle, qui pourrait être modifiée :

Meuse Moselle hectares hectares

Forêts domaniales 34,142 49,899

Bois communaux et particuliers. . . 147,775 92,228 Oseraies, aulnaies, saussaies 158 228

Totaux 182,075 142,355

3° Terrains auxquels le drainage ne peut être appliqué en raison de leur destination.

Meuse Moselle hectares hectares

Rivières et ruisseaux 2,426 2,576

Étangs, mares, abreuvoirs 2,465 564

Routes, chemins, rues, places, etc. . . 9,688 12,232

Carrières et mines 148 »

Bâtiments particuliers 1,639 1 ,477

Cimetières, églises, bâtiments publics. 331 895

Totaux 16,697 17,744

M. Raillard compte, pour la Meuse, 250,000 hectares susceptibles d'être drainés avec un grand avantage.

«Je laisserai aux géologues, dit M. Van der Straten Ponthoz , le soin d'analyser, couche par couche , le département de la Moselle, et aux statisticiens le soin de calculer les diverses natures de son sol; il suffit de répéter ici : « Partout où l'on verra une culture en ados ou billons

élevés, comme est celle de ce pays, on ne risquera pas de se tromper en proclamant le drainage nécessaire. » Ce mode de culture est appliqué à peu près aux 373,400 hectares de terres dont le genre de production ne s'oppose pas au drainage. Nous ne craignons pas de porter à une bonne moitié } ou à 186,000, les hectares susceptibles de recevoir cette amélioration. »

De ces deux appréciations de la surface qui devrait être drainée, on déduit les nombres proportionnels suivants : 33 pour 100 de toute l'étendue de la Meuse, d'après l'estimation de M. Raillard; 35 pour 100 de toute l'étendue de la Moselle, d'après l'estimation de M. Van der Straten Ponthoz.

De pareilles appréciations, pour être tout à fait exactes, devraient être faites dans chaque localité par des hommes experts. Les Chambres consultatives d'agriculture des divers arrondissements sont parfaitement placées pour exécuter des enquêtes de cette nature. Nous pouvons leur indiquer comme modèle les indications que contient le Rapport présenté en 1852 par M. de Chastellux , secrétaire de la Chambre consultative d'Avallon, d'après les détails fournis par M. Belgrand. Cet arrondissement est compris dans le bassin supérieur de la Seine, pour lequel nous avons donné plus haut une estimation. M. de Chastellux conclut ainsi :

1° Dans 44,355 hectares de terres sèches, le drainage est absolument inutile ;

2° Dans 10,552 hectares de terrains granitiques, il est incontestablement utile;

3° Dans 18,775 hectares de terres arables, argileuses et imperméables, il peut être appliqué dans une prévision sérieuse de succès;

4° Dans 21,338 hectares de terres granitiques et argi-

leuses, il n'est pas utile, en raison de leur destination actuelle en bois , vignes, prairies, bruyères ou terres arables, dont l'augmentation de production ne couvrirait pas les frais d'amélioration foncière.

Sur un total de 95,000 hectares, on trouve ainsi 29,327 hectares de terres à drainer, soit 31 pour 100.

Ces exemples posés , nous allons essayer une approximation en masse pour toute la France, en prévenant bien que nous pensons qu'il faudrait aller de champ en champ pour décider si le drainage de telle ou telle pièce doit être fructueusement entrepris. Notre but est seulement de déterminer la limite inférieure du nombre d'hectares qui, en France, pourraient recevoir cette amélioration foncière. De cette détermination résultera la démonstration de l'importance de la question du drainage pour notre pays.

D'après les illustres auteurs de la carte géologique de France, MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, le sol de la France se partage ainsi :

hectares.

Terrain primitif 10,400,000

Terrains de Iransition. . 5,200,000

Porphyres 2*22,000

Terrains carbonifères 238,000

Terrains triasiqne et pénéen 2,600,000

Terrain jurassique 10,400,000

Terrains crétacés fi, 400,000

Terrains tertiaires 15, 500,000

Roches volcaniques 520,000

Terrains d'alluvion 520,000

Tolal 52,000,000

On peut dire , en thèse générale :

1° Que le terrain primitif, les terrains de transition, les porphyres, les terrains triasique et pénéen, les roches volcaniques, sont de nature imperméable ;

2° Que les terrains tertiaires sont en majorité imperméables;

3° Que le terrain jurassique et les terrains crétacés sont en majorité perméables ;

4° Que les terrains carbonifères et les terrains d'alluvion sont de nature perméable.

De là on conclut :

Terrains qui, par leur nature géologique, sont hectares.

susceptibles d'être drainés 34,542,000

Terrains qui, par leur nature géologique, ne

sont pas susceptibles d'être drainés 17,458,000

Total 52,000,000

Mais on sait, d'après les statistiques officielles, que, sur ces 52,000,000 d'hectares, il y en a seulement 30,000,000 en terres labourables et en prés, et que les 22,000,000 restants sont en bois, vignes, landes, rivières, etc. Il est certain que ces derniers terrains se trouvent en plus grande quantité parmi ceux de la première classe , de nature imperméable; mais ils n'y sont pas en totalité. Cependant, admettons que nous devions les retrancher en entier de cette première classe; il nous restera, en nombres ronds, 12,000,000 d'hectares de terre qui doivent, en France, recevoir le bienfait du drainage, soit 23 pour 100 de la surface totale, et ce chiffre est certainement une limite inférieure.

M. Hervé -Mangon a donné une estimation plus faible que la nôtre. « J'évalue, dit-il, à plus de 7,000,000 d'hectares Pélendue des terres appelées, dans un avenir plus ou moins prochain, à profiter en France des bénéfices du drainage. » Mais cet ingénieur ne donne pas les bases de son appréciation.

Nous devons aussi lever une objection que pourraient présenter certaines personnes. La Statistique officielle de

France, acceptant le plan projeté et exécuté en partie par Arthur Young en 1788 (1), donne, en effet, la division suivante du sol de l'empire (2) :

hectares.

Pays de montagnes 4,268,750

Pays de bruyères ou de landes. . 5,676,089

Sol de riche terreau 7,276,369

— de craie ou calcaire 9,788,197

— de gravier 3,417,893

— pierreux 6,612,348

— sablonneux 5,921,377

— argileux 2,232,885

— limoneux ou marécageux . . 284,454

— de différentes sortes 7,290,238

Surface totale 52,768,600

A en croire ce tableau, les 2,232,885 hectares de sol argileux seraient seuls susceptibles d'être améliorés par le drainage. Mais en consultant les chiffres détaillés par département, dont le tableau précédent n'est que le résumé, on constate que le département de Seine-et-Marne, par exemple, est porté à peu près tout entier au compte du sol crayeux, et on n'en classe pas la moindre parcelle dans le sol argileux; la Haute-Vienne est tout entière placée dans le sol pierreux ou de gravier, etc. Une pareille classification n'a absolument aucune valeur. La dénomination terrains de différentes sortes est, de son côté, par trop vague.

Mais il existe en France un certain nombre de contrées agricoles bien définies, qu'il est possible de classer d'une manière certaine d'après les propriétés connues de leur sol. Ainsi, on peut ranger parmi les régions à terres froides ou à terres fortes, c'est-à-dire argileuses ou à sous-sol argileux , le pays de Bray, la Brie, l'Ardenne, la Bresse, la

(1) Voyage en France, t. XVII du Cultivateur anglais.

(2) T. IV, Territoire et Population , p. 95.

Dombes, le Gatinais, le Morvan, la Sologne, la Brenne, le Bocage, les Landes, la Grau , la Camargue, la presqu'île de la Bretagne, le plateau central de la France au sous-sol granitique, la Lorraine, etc. Mais une étude attentive de chaque localité , monographique pour ainsi dire, devrait être exécutée pour qu'on put supputer, pareelle par parcelle, l'étendue des terrains à drainer. Les études de quelques départements , incomplètement faites par les inspecteurs généraux de l'agriculture, laissent par trop à désirer sous ce rapport comme sur presque tous les autres objets (1). Espérons que les cartes agronomiques, dont l'exécution est aujourd'hui en projet, combleront une lacune fâcheuse. N'est-il pas aussi important de connaître l'étendue et la valeur de chaque nature de sol que le gîte d'une mine? Le sol arable ne renferme-t-il pas plus de richesses que la mine la plus puissante et la plus féconde 1 Dans l'un comme dans l'autre cas, on ne peut obtenir les trésors recelés dans le sein de la terre qu'à l'aide de grandes dépenses.

De la discussion à laquelle nous venons de nous hvrer il résulte que, au plus bas mot, il y a en France 12,000,000 d'hectares à drainer, qui, au taux deSOOfr. par hectare, ne seront améliorés qu'au prix d'une dépense de deux milliards quatre cents millions de francs.

On voit que la somme en vaut la peine, et que le drai-

(1) La collection qui, sous le titre d'Agriculture française, par

MM. les inspecteurs de t' agriculture, devait fournir une étude agricole approfondie de toutes les parties de notre territoire, a été arrêtée; on n'a public que sept volumes relatifs aux sept départements de l'Aude, des Côtes-du-Nord, de la Haute-Garonne, de l'Isère, du Nord, des Hautes-Pyrénées et du Tarn. Il est fâcheux que ce travail n'ait pas été dirigé de manière à être plus exactement fait. Il eût alors été plus utile, et l'opinion publique en eût demandé la continuation.

de l'étendue des terrains a drainer en France. 109

nage, en France, ne peut pas être considéré comme une petite affaire. — Mais l'augmentation du produit couvrira-telle l'avance faite au sol? Nous résoudrons la question dans un autre livre de cet ouvrage. Posons seulement ce fait, aujourd'hui trop oublié, que les améliorations foncières présentent une importance non moins capitale que les embellissements des villes et les constructions d'édifices, qui ont eu jusqu'à présent le privilège presque exclusif d'attirer l'attention des gouvernements de notre pays.

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