CHAPITRE II
Le drainage chez les anciens
Le drainage nouveau consiste essentiellement dans l'emploi des rigoles couvertes ; nous n'avons donc pas à (1) Voir 3e série, t. I , p. 98 (n° du 20 janvier 1850).
parler des rigoles ouvertes, mode d'assainissement par lequel on a d'abord débarrassé les terres de leur humidité excédante.
L'idée de ne point rendre inutile pour la production agricole le terrain occupé par les surfaces de fossés béants se perd dans la nuit des temps. Les Romains connaissaient l'art d'assécher les terres par ce procédé, et peut-être ils l'avaient appris de peuples plus anciennement civilisés. Cependant, parmi leurs auteurs agricoles, le premier qui parle des rigoles souterraines est Columelle , vivant sous le règne d'Auguste et de Tibère. Caton, Yarron , Virgile, conseillent uniquement les tranchées ouvertes. Voici comment s'exprime Columelle (1) : « Si le sol est humide, il faudra faire des fossés pour le dessécher et donner de l'écoulement aux eaux. On connaît deux sortes de fossés : ceux qui sont cachés et ceux qui sont larges et ouverts... On fera pour les fossés cachés des tranchées de trois pieds d«j profondeur que l'on remplira jusqu'à moitié de petites pierres ou de gravier pur, et l'on recouvrira le tout avec la terre tirée du fossé. Si l'on n'a ni pierre ni gravier, on formera, au moyen de branches liées ensemble , des fascines auxquelles on donnera la grosseur et la capacité du fond
(l) Lih. If, cap. h. — Si humidus erit, abundantia uliginisante siccetur fossis. Earum duo gênera cognovimus, csecarum et pateu- Hum... Opêrtœ nu-sus obcaecari debebunt , sulcis in altitudinem tripedaneam depressis : qui cum parte dimidia lapides minutos vel oudam glaream receperint, œquentur superjecta terra, quaefuerat effossa. Vel si nec lapis erit nec glarea, sarmentis connexus velut funis informabitur in eam crassitudinem , quam solum fossae possit anguste quasi accommodatam coarctatamque capere. Tum per iiiiiim uontendetur, ut super calcatis cupressinis, vel pineis, aut, si ♦■a1 non erunt , aliis frondibus terra contegatur. lu priucipio atque exitu Ions;'.1, more ponticulorum, binis savis tantummodo pilariim vice couslilutis, et singulis superpositis, ut ejusmodi oonstructio ripara Bustineat, ne prscludatur humons illapsus atque exitus.
de la tranchée, et qu'on disposera de manière à remplir ce vide. Lorsque les fascines seront bien enfoncées dans le fond du canal, on les recouvrira de feuilles de cyprès, de pin , ou de tout autre arbre qu'on comprimera fortement, après avoir couvert le tout avec la terre tirée des fossés. Aux deux extrémités, on posera, en forme de contre-forts, comme cela se pratique pour les petits ponts, deux grosses pierres qui en porteront une troisième, le tout pour consolider les bords du fossé et favoriser l'entrée et l'écoulement des eaux. »
Palladius, venu assez longtemps après Columelle, décrit ainsi les fossés souterrains : « Si les terres sont humides, dit-il, on les desséchera en creusant partout des fossés, fi n'y a personne qui ne connaisse les fosses apparentes; mais voici la manière de s'y prendre pour faire des fosses cachées : On creuse à travers le champ des tranchées de trois pieds de profondeur, que l'on remplit ensuite jusqu'à moitié de petites pierres ou de gravier; après quoi on les remplit par-dessus avec la terre que l'on avait enlevée par la fouille. Mais l'extrémité de ces tranchées doit aboutir en pente à un fossé ouvert , dans lequel toute l'humidité se rendra , sans entraîner avec elle la terre du champ. Si l'on n'a pas de pierres, on étendra au fond de ces fossés des sarments, ou de la paille, ou des broussailles, de quelque nature qu'elles soient (1). »
(l) Sihumidus erit, fossarum ductibus ex omni parte siccetur. , Sedapertœ fossa? nota? sunt, caecœ vero hoc génère fiunt. Imprimuntur sulci per agrum transversi altitudine pedum trium ; postea usque ad medietatem lapidibus minutis replentur aut glarea, et super terram, quam egesseramus , aequatur. Sed fossarum capita imam patcntem fossam pétant, ad quam déclives décimant : ita et humor deducetur, etagri spatia non peribunt. Si defuerint lapides, sarmentis vcl stramine subjecto cooperiantur vel quibuscunque virgultis. Lib. VI , cap. ni.
Ainsi, le drainage à l'aide de fossés couverts et dans lesquels l'écoulement de l'eau était assuré à l'aide de matériaux perméables , tels que des pierres ou des branchages, est une invention que nul auteur moderne ne peut revendiquer. Quoique le drainage, tel que le décrivent Columelle et Palladius, soit employé dans un grand nombre de localités en France , l'Angleterre a voulu attribuer au capitaine Walter Bligh l'idée de tranchées profondes. Walter Bligh ne nous semble avoir eu que le mérite de reproduire des préceptes appliqués avant lui et parfaitement exposés par notre plus ancien agronome français, Olivier de Serres.
On lit dans l'ouvrage de Walter Bligh (1), dont la 3e édition a été' imprimée en 1652 : « Quant à la tranchée de drainage, tu dois la faire assez profonde pour qu'elle aille au fond de Peau froide qui suinte et qui croupit. — Un yard, ou quatre pieds de profondeur, si tu veux drainer à ta satisfaction. Et, de nouveau, arrivé au fond où repose la source suintante, tu dois aller plus profond d'un fer de bêche, quelque profond que tu sois déjà, si tu veux drainer ta terre à souhait... Mais pour les tranchées ordinaires, que l'on fait souvent à un pied ou deux , je dis que c'est une grande folie et du travail perdu, que je désire éviter au lecteur. »
Certainement ces préceptes sont justes, et ils peuvent encore servir de guide aujourd'hui ; mais on ne doit pas néanmoins en conclure, comme on l'a fait dans quelques écrits récents, que, attendu qu'aucun auteur agricole français ne s'est occupé de ce sujet tout spécialement et
(i) The english improver improved, or the Survey of Husbandnj ntrveyed. (L'Améliorateur anglais amélioré, ou Traité d'agriculture perfectionnée; ouvrage contenant une préface adressée à Cromwell.)
avec des détails suffisants, tout le mérite de la propagation des rigoles couvertes appartient à l'Angleterre. Olivier de Serres, qui vivait avant Walter Bligh, et dont le Théâtre (V Agriculture a été imprimé en 1600, donne une description très-complète des tranchées souterraines, et en recommande vivement l'emploi. Non-seulement il s'occupe de la construction des tranchées isolées , comme Ta fait Columelle, mais il va plus loin : il les considère dans leur ensemble , et il a soin de décrire le fossé-mère , également couvert, et toutes les précautions à prendre pour que l'assainissement soit efficace. Comme, dans l'histoire du drainage, Olivier de Serres a été laissé tout à fait en oubli , et qu'on a attribué à plusieurs auteurs les idées qu'il a trèsbien expliquées , nous croyons devoir reproduire ici dans son entier le passage de l'immortel livre de notre grand agronome (1).
« Pour descharger les terres des eaux nuisibles, dit Olivier de Serres, le plus commun remède est qu'on les vuide par fossés ouverts , principalement es plaines et lieux bas , servans aussi ces fossés à clorre les possessions. On fossoyera donc les terres à l'entour, donnant telle largeur et profondeur aux fossés qu'ils soyent propres à ces deux usages. On les nettoyera une fois, de deux en deux ans , peu de temps devant l'ensemencement des terres, dans lesquelles sera jettée la graisse qu'on prendra au fonds des fossés pour servir d'autant d'amendement. Mais s'il avient que le champ soit par le dedans occupé de fontaines et sources sous-terraines crouppissantes, les seuls fossés aux bords des terres ne suffisent ; ains sera besoin d'autre remède plus particulier, comme sera monstre, pour desgager le milieu de la terre de ces incommodités. Et d'autant que le vice du trop d'eau excède en malice
(l) Second lieu du Théâtre d'Agriculture, t. I, p. 97.
et celai des ombrages, et celui des pierres, ainsi qu'a esté dict , plus qu'à ceux-ci faut-il aussi employer de labeur pour y remédier : dont finalement le profit, pour récompense , en sort plus grand que de nulle autre réparation qu'on puisse faire à la terre, tant fructueuse est celle qui la despestre des eaux malignes : car non-seulement par là les terres trop humides sont amendées, ains les marécages et palus sont convertis en exquis labourages. Les exemples nous servent de bons maistres à faire nos besongnes. nui est le mesnager. considérant les beaux blés que produisent les estangs desséchés, ne désire, par émulation , d'imiter tel profitable mesnage? La cause de cela provient de l'eau , qui a engardé la terre estant sous elle de travailler aucunement de plusieurs années, au bout desquelles se trouvant reposée , et par telle oisiveté avoir fait amas de fertilité, la rapporte avec admiration et profit. Et combien plus d'espérance aurés-vous de ceste-ci, qui par l'antique importunité des sources n'a jamais rien peu faire, dont vous la lreuverés toute neufve et remplie de graisse, par telle découverte? Outre lequel revenu, l'apparence est grande que des eaux nuisibles, esparses par-ci par-là en vostre terre, ramassées en un lieu, s'en pourra former une source de fontaine, selon les lieux, tellement grande et abondante en eau, qu'elle suffira pour l'arrousement des prairies que ferés à telle occasion au dessous des quartiers desséchés , voire pour y dresser des moulins, si l'assiette et autres qualités requises sont favorables.
a Est nécessaire le fonds que voulés dessécher avoir p<nte . petite ou grande, sans laquelle les eaux n'en pourroieiit vuider. Cela présupposé, un grand fossé sera faict depuis un bout du lieu jusques à l'autre, de long en long, commenceant tous-jours par le plus bas endroit, et par où
remarqueras des sources et humidités ; dans lequel fossé, plusieurs autres, mais petits, pendans en plume, des deux costés se joindront, pour y descharger leurs eaux, qu'ils ramasseront de toutes les parties du terroir. Par ce moyen, en contribuant chacun sa portion au grand fossé, icelui, les recueillant toutes, les rapportera assemblées à son issue. Le grand fossé à telle cause est appelle mère, et tous ensemble pied-de-géline, pour la conformité qu'ils ont, ainsi disposés, à la figure du pied de cest animal, dont les griffes tendent au tronc de la jambe. La contenue et l'assiete du lieu donnent la forme aux fossés , car tant plus longs et larges les convient faire que plus grande et plus platte est la terre que voulés dessécher, et, au contraire , est requis demeurer plus courts et plus estroits, tant plus elle est petite et pendante ; d'autant qu'en un petit lieu, communément, ne se ramasse tant d'eau qu'en un grand, et qu'autant ou plus en vuide un fossé étroit, fort pendant, qu'un large ayant petite pente. De la profondeur des fossés n'est pas ainsi : pour qu'en quelque part qu'on les creuse, faut y aller jusques à quatre pieds ou environ, pour bien coupper les racines des sources, but de ce négoce. Aussi est du naturel du lieu que la disposition des fossés. « S'il est en vallon enfoncé , y ayant terrain eslevé des deux costés, la mère se fera au milieu et plus enfoncé du champ, de long en long , comme a esté dict, dans laquelle tumberont les autres fossés des deux mains, dressés en plume. Mais n'ayant à dessécher qu'une pente de coustau seulement , en ce quartier-là y aura des petits fossés se rendans à la mère , disposés selon qu'on avisera pour le mieux, l'ouvrage guidant l'ouvrier ; comme aussi la longueur de tous les fossés dépend de l'œuvre qui en faict l'ordonnance, selon l'assiete et le pian du lieu. Ayant le plan, raisonnable pente et estendue, raisonnablement lar-
ges seront aussi les petits fossés, de trois pieds, et la mère de cinq; moyennant laquelle mesure satisferont à vostre intention. Et à ce qu'on ne se déceoive, faut faire tant de fossés, en tant d'endroits, si longs et si amples, sans crainte d'excéder en cest endroit, que source et fontenelle aucune ne soit oubliée, afin de parfaitement bien dessécher le terroir par le général ramas des eaux d'icelui. Ces fossés, et grands et petits, seront à demi remplis de menues pierres, et le demeurant achevé de combler de la terre qui en aura esté tirée auparavant, dont on le réunira par le dessus avec le plan, si bien que la trace mesme n'y paroisse, pour la commodité du labourage ; lequel s'y fera très-bien, y trouvant le soc de terre à suffisance avant que toucher aux pierres, à travers desquelles ayant l'eau son libre passage , s'escoulera au lieu que lui aurés destiné, laissant la superficie de la terre vuide de toute nuisible humidité, pour n'estre rendue propre à porter gaiement toutes sortes de blés. Mesnage communicable à toutes possessions, vignobles, prairies, vergers, et autres, par n'y avoir fruict aucun , ne haïr le trop d'humeur. Si n'avés sur les lieux que de grandes pierres plates pour la fourniture de vos fossés, avant que les y mettre les ferés briser pour les rendre plus propres à ce service , les posans au fossé de bout et non de plat, et autrement les agenceanssidextrement que, pour ne s'entre-toucher, elles n'empeschent le chemin de l'eau. Et à ce que la besongne s'achève bien, il la faut bien commencer, c'est-à-dire artistement et par ordre, dont à Taise et sans confusion en viendrés très-bien à bout. Pour première main, sera facile la trace de tous vos fossés , remarquant curieusement les endroits par où ils doivent passer ; puis commencerés à les faire creuser par les plus bas endroits et issues, jettant la terre qui en sortira toute d'un costé, et au dessous du
fossé; laissant l'autre costé libre, pour y pouvoir aisément porter les pierres, lesquelles tout aussi-tost y seront jettées, de peur que, tardant, le fossé ne se recomblast deluimesme, par les vents, par le passage des bestes, et autres événements.
«Ainsi voslre entreprinse s'achèvera par Pun des bouts, à mesure qu'on la commencera, en la continuant jusques au plus haut endroit du lieu. Cependant Peau prendra son cours voire dès aussitost que Pouverture de son chemin en aura esté faicte, ce qui n'adviendroit, commenceant la besongne par le plus haut endroit, à faute de n'avoir Peau quelque issue : mesme détourneroit-elle Pœuvre, en s'y deschargeant. Aviserés aussi que les issues de l'eau soyent si bien accommodées qu'elles ne se puissent boucher par le temps, de peur qu'à faute de passage Peau, rétrogradant, rendist inutile vostre peine. A cela sera pourveu avec de bonnes pierres maçonnées de bonne main et à profit, pour durer longuement, principalement en l'endroit auquel la mère ou grand-fossé, réceptacle des autres , rend les eaux pour y servir ou engarder de nuire. Finalement serés avertis que les extrémités et bouts de vos petits fossés, es parties plus hautes, de nécessité ne doivent estre si larges qu'es basses, par n'estre contraints recueillir là tant d'eau qu'en bas, demeurant, néantmoins, cela à vostre discrétion; car trop larges ne pourroient-ils estre en aucun endroit pour recevoir non-seulement les eaux naissantes au fonds, ains les survenantes des pluies, ce qui est nécessaire de prévoir. Geste réparation a plusieurs usages, puis qu'à la fois et les eaux et les pierres importunes d'un terroir sont ostées, et ces eaux là de nuisibles converties en serviables, pour prairies, pour moulins, mesme pour fontaines, leur naturel le voulant. Pour lesquelles utilités elle se rend recommandable :
aussi telles réparations sont recherchables de tous mesnagers. D'ailleurs, en ce mesnage rien ne se perd : car par estre les fossés remplis de terre en leur superficie, toute leur terre se met en évidence, pour servir en labourage, jusques à un pouce ; ce qu'on ne peut dire des fossés demeurons ouverts, qui occupent beaucoup de place , et, pour les post-poser à ceux-là, sont sujets à réparer de temps à autre, comme a esté dict.
«S'il avient que pour le remplage des fossés la pierre défaille, ne vous mettes en peine d'en faire porler de loin avec grands frais : mais en lieu d'icelle servés-vous de la paille , ce que pourrés utilement faire en ceste sorte. La paille, pour la force, sera plustost choisie de seigle que d'autre espèce , et à son défaut sera employée celle de froment. On en fera un plancher dans le jossé, pour, su<pendu , causer un vuide en bas pour le passage de Veau, et, an-dessus d'icelui plancher, y entre mise deux pieds de terre. Le vuide sera d'un pied de haut, l'espesseur du plancher d'un autre pied, et les deux autres de terre , feront les quatre donnés à la profondeur des fossés. De deux pieds et demi sera leur largeur, plus estroits de demipied que les précédents, pour la sujection de la paille, de peur de boucher le vuide en bas, par s'affaisser, à cause de la pesanteur de la terre mise au-dessus. La mère, réceptacle des eaux, n'excédera telle mesure, attendu la considération de la paille ; mais, pour pourvoir à ce dont est question, au lieu d'une mère deux en seront faictes,ou une seule si profonde qu'elle suffise à recueillir toutes les eaux qu'on lui adressera. La paille s'accommodera en faisseaux longs de deux pieds et demi, espès d'un pied, liés de la mesine matière en trois divers endroits, équidistamment. Pour lesquels faire tenir où et comme il appartient, faudra à cela assujétir le fossé, en le façonnant plus
eslroît par bas que par haut , non en pente et talussant , ains à plomb et droicte ligne, se rétractant en quarré en l'endroit que poserés le plancher, pour, comme sur des murailles, demeurer ferme et asseuré. Le rétractement de chacun costé sera de demi-pied; par ainsi restera en bas, et au lieu plus estroit du fossé, un pied et demi, et en haut, au plus large, les deux et demi susdits. Si doutés de la petitesse de vos fossés et vuidanges, le remède est, non d'en augmenter la largeur, attendu la sujection de la paille, ains le nombre; car, comme j'ai dict, ne pduvés excéder un tel article, par trop bien ne se pouvoir vuider Peau d'un terroir marescageux ou inondé. Par quoi aviserés d'en faire à suffisance, et si bien qu'ils se deschargent les uns sur les autres par branches s'entretenans ensemble, pour rendre toute l'eau du terroir à la mère, afin de la vuider au lieu destiné. La paille ainsi employée servira longuement ; car on tient, comme cabale, qu'enfermée dans terre sans sentir l'aer, demeure saine plus de cent ans. Je suis témoin oculaire de certaine paille treuvée saine et entière au milieu d'une vieille masure, et si marquoit la muraille estre ouvrage de plusieurs siècles. Parquoi sans scrupule servés-vous-en , à la charge qu'estant pourrie au bout de cent ans, ceux qui viendront après la renouvelleront, si bon leur semble. »
A l'occasion de cet emploi de la paille pour former le fond des tranchées que conseille Olivier de Serres, Victor Yvart dit, dans une note de l'édition des œuvres de l'illustre agronome publiée par la Société d'Agriculture lu département de la Seine en 1804 : « Il serait plus prudent et plus économique , dans le cas dont il est ici question, d'employer des bourrées d'aune, qui se conservent très-bien dans l'eau , et, à leur défaut, d'autres branchages qui, placés au fond du fossé, laissent, par leur entre-
lacement, un libre cours à l'eau , et ont tous les avantages de la paille sans avoir aucun de ses inconvénients. »
On voit, par l'importante citation que nous venons de faire, que l'invention des rigoles souterraines pour l'assainissement des terres arables ne peut pas être regardée comme appartenant à un auteur anglais, pas plus à WalterBligh qu'à Elkington. Ce dernier était un fermier du Warwickshire, doué d'un bon esprit d'observation et d'une grande persévérance, qui s'occupa, à la fin du siècle dernier, du drainage de terrains infestés de sources , et obtint des succès qui attirèrent sur lui l'attention du parlement et lui firent décerner de nombreuses récompenses. Mais la méthode qu'il a suivie ne diffère pas sensiblement du procédé d'empierrement décrit par Olivier de Serres. Seulement , dans la méthode d'Elkington , on ne conduit pas les eaux à l'aide des fossés-mères en dehors des champs, de manière à les utiliser à divers usages. Dans cette méthode on opère de trois manières :
1° Ou bien on perd les eaux dans des couches perméables inférieures, à l'aide d'un puits rempli de pierres sèches (fig. 1 .) ;
2° Ou bien , lorsque la profondeur du puits devrait excéder 4 mètres ou 4ra.50, on le remplace par un simple forage exécuté avec la sonde à la main , comme le représente la figure 2, et s'enfonçant jusqu'au terrain absorbant ;
3° Ou bien on laisse les eaux remonter, comme font les eaux jaillissantes des fontaines artésiennes, à l'aide de sondages ou de puits convenablement placés , et on les conduit dans des tuyaux de décharge.
Cette méthode, dite d'Elkington, qui consiste dans l'emploi simultané des fossés couverts et des puits, exige qu'on prenne des dispositions spéciales auxquelles on ne peut se
décider que d'après la configuration du terrain. Elle est une combinaison des drains empierrés , des boitouts et des
Fi}.'. I. — Perte des eaux du drainage à l'aide d'un puits rempli de pierres sèches.
Fig. 2. — Perte des eaux du drainage à l'aide d'un trou de sonde.
puits artésiens. Nous n'y voyons pas encore le drainage tel que nous l'avons défini, et tel qu'il nous semble qu'on doit le considérer aujourd'hui.