CHAPITRE XX
Machine de Thackeray
Les perfectionnements que M. Thackeray a apportés à la machine à cylindres d'Ainslie, et qu'il a fait breveter, consistent : 1° dans une sorte de cannelure dont il dit (pie peuvent être armés les cylindres, pour mordre sur certaines argiles ; 2° dans un nouveau découpoir, composé de quatre montants, dont deux tixés au bâti antérieur et deux au bâti postérieur ; ces montants servent de guide à un cadre tenu en équilibre par un contre-poids, et dont les différentes parties sont disposées comme les arêtes d'un * cube. Les tiges verticales du cadre glissent dans les guides, et montent ou descendent de façon à faire couper les tuyaux par des fils de cuivre quand on agit par la main sur le cadre. L'écartement des fils coupeurs est réglé à volonté par rallongement ou le raccourcissement du cadre.
M. Thackeray fait construire par M. Laurent deux modèles de sa machine. Le petit modèle (fig. 83), avec deux moules, coûte net 000 fr.; chaque moule supplémentaire coûte 12 fr. ; il fait par heure de 400 à 500 tuyaux, selon les dimensions; il exige un ouvrier et deux enfants. Le grand modèle de la machine de M. Thackeray (fig. 84) coûte net 1,000 fr., avec un moule; chaque moule de plus
machi.ne: de thackeray
coûte 18 fr. Il fait do 700 à 1 ,500 tuyaux par heure, selon les dimensions. 11 exige au moins un homme et trois entants. Mais dans le cas eu il s'agirait d'une grande fabri-
Fig. 83. — Petite machine de Thackeray
cation, un seul homme ne pourrait pas tourner la manivelle sans une fatigue extrême; il faudrait au moins deux ouvriers pour cette besogne, un autre ouvrier en plus pour apprêter la terre ; ce qui porterait à six le nombre des hommes nécessaires pour desservir la machine. Dès 1853,
MACHIKE DE THACKERAY. 18.)
M. Thackeray avait livré en France plus do trente machines, dont quatre pour l'Association agricole de Drainage de Seine-et-Oise.
Le principal avantage que l'on ait indiqué dans les machines à cylindres lamineurs est la continuité de leur action. En effet, dans les machines à piston que nous avons décrites précédemment, on est obligé de rendre le travail intermittent, c'est-à-dire que, chaque fois que le piston est arrive à l'extrémité de l'un des réservoirs contenant l'argile, il faut qu'il retourne à l'autre extrémité avant de recommencer à agir. Pour lui faire faire ce contre-chemin, on est obligé de tourner la manivelle en sens contraire. Ce second travail n'est pas perdu dans toutes les machines, par exemple dans celles de Scragg, de Whitehead, de Brodie, etc.; mais un manège ordinaire, dans lequel le moteur tourne toujours dans le même sens, n'est pas propre à l'effectuer. Aucune difficulté ne se présente, au contraire, dans l'emploi des machines à cylindres, où le travail peut avoir lieu sans intermittence. Ainsi l'on peut voir (fig. 85) un manège, mù à volonté par un cheval ou par deux chevaux, qui, à l'aide de deux communications de mouvement très-simples, fait fonctionner d'un côté la machine de M. Thackeray à faire les tuyaux de drainage, et de l'autre un moulin à triturer l'argile. Cette même figure montre le séchoir des tuyaux et les fours destinés à en opérer la cuisson.
Nous avons vu au Charme] (Aisne), dans la propriété de M. de Rongé, un manège à deux chevaux très-bien installé. Ce manège, du genre de celui de Garrett, conduit deux cylindres broyeurs, un tonneau malaxeur et une petite machine Thackeray. M. de Rougé se loue de l'emploi de cette machine. Les cylindres broyeurs sont placés au-dessus du tonneau malaxeur, ce qui offre une disposition meilleure que celle adoptée par M . Clayton, et que nous avons indiquée
se
MACHINE Dl'. THACKRRAY. 187
précédemment (fig. 51, p. 134). M. de Rongé fait, faire sa pâte avec denx tiers d'argile et nn tiers de terre franche ; le tout, après avoir été humecté de la quantité d'eau nécessaire, est versé dans une trémie placée au-dessus des cylindres. De là la pâte tombe dans le tonneau malaxeur, à la sortie duquel un ouvrier la prend pour la placer sur le plan incliné de la machine à étirer. C'est certainement à la bonne préparation qu'il a su faire donner à sa pâte que M. de Rongé doit d'avoir pu fabriquer d'une manière continue de bons tuyaux avec la machine de M. Thackeray. L'établissement du manège ; des cylindres broyeurs, du tonneau malaxeur et de tous les organes nécessaires pour les faire marcher ensemble, en même temps que la machine, par les mêmes moteurs, n'a coûté à M. de Rougé que 2,300 fr.
Le brevet pris par M. Thackeray a empêché les inventeurs de machines à faire les tuyaux de drainage de le suivre dans la voie ouverte par M. Ainslie; aussi la plupart des autres machines à action continue que nous aurons à mentionner sont-elles à pétrin , c'est-à-dire qu'elles fonctionnent, soit comme les anciennes machines à faire les briques, soit comme les tines à malaxer ou les tonneaux broyeurs que nous avons décrits précédemment; mais, au lieu d'être poussée dans des moules à briques ou dans de simples récipients , l'argile est forcée de pénétrer dans des filières ou moules à tuyaux.