CHAPITRE XXI
Machine de Randell et Saunders
A l'exposition universelle de Londres, en 1851, il y avait une machine fort remarquable , à mouvement continu
produit par deux vis sans fin; elle avait été construite par MM. Randell etSaunders, de Bath; elle était exposée sous le titre de presse à vis et à couteau, à action continue, pour fabriquer les briques, les tuiles, les tuyaux de drainage, etc. Les constructeurs se sont proposé de remplir deux conditions : d'avoir une presse qui forçat l'argile à s'engager et à s'avancer constamment à travers une filière , tant qu'on fournit de la matière à l'appareil, et d'avoir un couteau coupant cette argile, sans l'intervention de la main, à mesure que l'argile est moulée et qu'elle chemine. La figure 86 représente une vue en élévation de la ma-
Fi£- 86. — Élévation de la machine de Randell el Saunders, dans le sens
de sa longueur.
chine suivant sa longueur, et en partie en coupe, pour montrer l'effet des vis dans le cylindre à pétrir.
La figure 87 donne le plan correspondant dans son entier.
La figure 88 fournit l'élévation de la machine vue par devant, et sans l'appareil continu de coupage.
MACIlINi; DF RANDKLL KT SAUNDERS.
La figure 89 représente la section verticale et transversale du cylindre à pétrir, avec les engrenages moteurs de a boite.
Fi?. 87. — Plan de la machine de Rande',1 el Saunders, dan* le sens de la longueur.
Fig. 88. — Élévation de la Fig. £9. — Section du cylindre machine de Randell et à pélrir de la machine de
Saunders, vue par devant. Randi 11 et Sauniers.
Enfin la figure 90 donne l'élévation complète de la machine, du côté du moule.
Le moteur communique le mouvement à la machine par une poulie A (fig. 80). Quand on veut arrêter le mouvement , on fait passer la courroie sur une poulie folle placée à côté. La poulie A est montée sur le même axe qu'un pignon B (fig. 87 ', qui commande une grande roue dentée C; l'arbre du pignon se prolonge tout le long de la machine, comme on le voit en D, jusqu'à son extrémité
opposée, pour faire marcher l'appareil de coupage. La roue C est calée sur un long arbre horizontal E, qui porte aussi un pignon F; ce dernier conduit un autre pignon
Fia- 90. — Élévation complète rie la machine de Rantlell et Saunders du côté du moule.
semblable G, établi sur un second arbre H, parallèle au premier. Les arbres E et H portent chacun une vis J, J, qui sert à pétrir et à faire cheminer l'argile en avant. Le filet de chaque vis, d'une hauteur convenable, a été coulé d'une seule pièce sur un noyau ou manchon creux qu'on enfile sur les arbres moteurs. Ces arbres reposent à leurs extrémités opposées sur des appuis fixes K (fig, 86), placés à l'intérieur des cylindres. Les filets des vis courent l'un à droite et l'autre à gauche, et sont disposés de manière à se pénétrer l'un l'autre presque jusqu'au noyau, comme on le voit dans la fig. 87.
La chambre L (fig. 89), sur les parois de laquelle les deux filets de vis s'adaptent exactement, peut êlre consi-
MACHINE DE RANDELL RT SAUNDRBS. 191
dérée comme composée de deux cylindres qui se coupent réciproquement. Elle est formée de deux portions cylindriques moulées d'un seul jet et d'un couvercle correspondant, boulonné sur les côtés. On jette la terre dans une trémie M (fig. 80) ; de là elle descend par une ouverture percée dans la paroi supérieure de la chambre L , et elle est alors charriée en avant dans les cylindres par l'action combinée des vis à droite et à gauche, jusqu'au moment où elle en sort en filet continu par la filière ou buse N, qui lui donne la forme convenable.
Le filet continu d'argile sortant de la filière passe sur une toile sans fin tendue sur les rouleaux 0, qui se mettent à tourner sous la seule pression de l'argile. On met à profit ce mouvement pour gouverner le mécanisme du coupage par le cône des poulies P (fig. 86 et 90), monté sur l'axe du premier de ces rouleaux. De ce cône part une corde sans fin croisée, qui s'élève sur un cône de poulies Q placé au-dessus et porté par un bout d'arbre horizontal R (fig. 90). Cet arbre est armé d'un levier S, pour relever à certains intervalles le marteau T, articulé librement sur ce même bout d'arbre. Lorsque le levier a franchi ce marteau, celui-ci tombe et vient frapper le levier U, en rendant libre le barillet V (fig. 87). Ce barillet renferme un ressort spiral maintenu constamment bandé par l'action du levier à manivelle W, placé à l'extrémité du prolongement du premier arbre moteur D, et par l'action de la roue à rochet X, que fait marcher un cliquet à l'extrémité supérieure de la bielle Y.
On aperçoit le fil coupeur en Z (fig. 88), attaché à son châssis-guide vertical. Lorsque le barillet à ressort V est rendu libre, il exécute un demi-tour, et le levier «, ainsi que la bielle b, contraignent ce fil à descendre et à couper la longueur de tuyau sortie de la filière. La roue à ro-
chet motrice X peut être divisée en un nombre quelconque départies, dont l'une doit être plus longue que les autres, et la bielle Y agit sur cette roue pour remonter le ressort, jusqu'à ce que la longue division se présente : sur cette division, le cliquet n'a pas de prise. La roue à rochet et le ressort, qui sont montés sur le même arbre, attendent donc pour agir jusqu'à ce que le barillet V ait exécuté une demi-révolution.
Dans ce mouvement, le barillet fait marcher, au moyen du doigt c, un bras d, monté sur le même arbr^ que la roue à rochet. C'est par ce moyen que le cliquet est poussé en avant, et que le levier passe sur la longue division et met la roue à rochet Z en mouvement comme auparavant. En déplaçant la corde sans fin sur les cônes de poulie, l'argile moulée en tuyaux ou en briques peut être coupée de diverses longueurs.
Lorsqu'on veut que les extrémités des tuyaux aient une forme cannelée , on attache au barillet à ressort un couteau de cette forme , et ce couteau , en tournant avec le barillet, pénètre dans la pâte, à laquelle il donne dans sa section la forme voulue. La machine est ainsi automotrice, et les ouvriers n'ont rien à faire qu'à lui fournir la terre et à enlever les pièces moulées.
Quand cette machine fonctionne avec une force de deux chevaux, elle produit 1,800 tuyaux de 5 centimètres de diamètre par heure. La terre est en outre employée encore sèche, ce qui cause une économie dans les frais de cuisson; mais son prix est en Angleterre de près de 1,000 francs. Elle a été importée en Belgique, mais nous ne croyons pas qu'on l'ait construite ailleurs qu'à Bath. Elle ne nous paraît pouvoir être employée avantageusement que dans une très-grande fabrique.
MACIIISK DK CHAMPION.