Lettre à d'Alembert, p. 193. (Note de V auteur J
2. • Ce*n*est pas à une femme, mais aux femmes que je refuse les talens des hommes. • /6i(f., p. 78.
236 QUABANTE-DSUXISMB SOiaSfl.
Chevrier a bien d'au Tes i easeignements secrets pour rabaisser les gens. Ce même abbé, à ce qu'il prétend savoir, a travaillé aussi pour Mme Favart. C'est lui qui a fait Topéra-comique à!Annette et Lubin, et npn pas elle, « cette actrice qui savait à peine lire, » dit Chevrier. Il tire sa preuve d'un pot-pourri sur ce sujet, qui circula dans Paris; et il est absolument vrai que les pots-pourris comptent parmi les documents les plus dignes de foi dans l'histoire de France.
On s'explique encore pourquoi un ecclésiastique se serait servi d'un pse^-^^^nyme pour lancer dans le monde un opéra rempli d'an our. Mais pourquoi n'aurait-il pas reconnu Cénie, que peu de sermons valent, à mon avis? Cela est difficile à comprendi^e. Cet abbé a d'ailleurs fait représenter et imprimer, plus d'une pièce, dont tout le monde sait qu'il est l'auteur, et dont pas une n'approche de Cénie. S'il voulait faire une galanterie à une dame de cinquantequatre ans, croît-on qu'il ne pouvait rien trouver à lui offrir, si ce n'est son meilleur ouvrage?
QUABilNTE-DEUXlfeME SOIRÉE. - L'École des Femmes , de Molière. Réponse à une critique de Voltaire sur celte comédie.
Le quarante-deuxième soir (lundi, 13 juillet), on a représenté r Ecole des FemmeSy de Molière.
Molière avait déjà donné l'Ecok des Maris, lorsqu'il donna V Ecole des Femmes, en 1662. Ceux qui ne connaissent pas ces deux pièces se tromperaient bien, s'ils croyaient qu'on y prêche aux maris et aux femmes leurs devoirs. Ce ne sont que deux farces spirituelles, où deux jeunes filles, dont Tune est élevée avec rigidité et l'autre maintenue dans une simplicité extrême, attrapent deux vieux benêts^. Les deux pièces devraient également s'ap-
1. Est-il nécessaire de montrer rinexactitude de cette «aalyse? Ce qui suit ne protiTera que trop combien les lotentioos de Molière oat échappé à la sagacité du critique allemand. {Trad.)
L'ECOLE DJSS VKHlIks. 257
peler rffeokdes Maris, si Molière s'est borné à voaloir enseigner que la fitle la plus solte a toujours assez d'esprit pour tromper, et qu'on gagne encore moins par la contrainte et par la^ surveillance que par l'indulgence et le laisser faire. En réalité, il n'y a pas grand'chose à apprendre pour le sexe féminin dans tEcde de$ Femmes, à moins que Molière, en donnant ce titre à sa pièce, n'ait eu en vue les règles du mariage qu'on trouve dans la scène ii de Tacte III; et encore les devoirs des femmes y sont-ils plutôt tournés en ridicule.
« Les deux sujets les plus heureux de tragédie et de comédie, dit Trublet*, c'est le Cid et f École des Femmes. Mais l'un et l'autre ont été traités par Corneille et par Molière, lorsque ces auteurs n'étoient pas encore dans touie leur forée. Je tiens, ftjoiite-t-il, cette observation de M. de FonteneUe. »
Trublet aurait au moins àù. demander à M. de FonteneUe comment il l'entendait. Ou, si cette parole était parfaitement claire pour lui, il aurait dû au moins ajouter deux mots pour l'expliquer à ses lecteurs. Pour moi, je reconnais que je ne vois pas du tout le sens de cette énigme. Je crois que FonteneUe n'a pas su ce qu'il disait ou que Trublet l'a entendu de travers.
Admettons cependant, selon l'opinion de ces messieurs, •que le sujet de V Ecole des Femmes est on ne peut plus heureux et que Molière est resté au-dessous dans l'exécuiion : alors celui-ci n'aurait pas grand'chose à s'attribuer •dans toute la pièce. Car le sujet n'est pas de lui : il est tiré en partie d'rn conte espagnol, qu'on trouve dansScarron, sous ce iitre : La Précaution inutile; et en partie des /<ie^'- /Âni«e5 niaVis de Straparole % où on amoureux confie tous les jours à un de ses amis les progrès qu'il a faits auprès de sa maîtresse, sans se douter que cet ami est son nval.
1. Essais de Littérature et de Morale, t. lY, p. 295. (AT. de Vaut,) — P. 372 de la ▼!« édUioB, 1760. {Trad.)
t . Traduites en framçaii par J . Lonvean et P. de Luivcy. PaiSe, Jeanot, 1857. {Trad.)
VÈcole des Femmes était, dit M. de Voltaire, « une pièce d'un genre tout nouveau, laquelle, quoique toute en récits, est ménagée avec tant d'art, que tout paraît être en action*. »
Si c'est en cela que consistait la nouveauté, on a bien fait de laisser tomber ce nouveau genre. Qu'on y mette plus ou moins d'art, un récit est toujours un récit, et nous voulons voir sur le théâtre des actions réelles. — Mais estil bien vrai que tout y est en récit et « paraît» seulement y être en action? — Voltaire n'aurait pas dû ressusciter cette vieille objection; ou, au lieu de l'envelopper dans une louange apparente, il aurait dû au moins y ajouter la réponse que Molière y a faite lui-même, et qui est trèsjuste. C'est que, grâce à la constitution intime du sujet, les récits y sont des actions réelles; on y trouve tout ce qu'on doit demander à une action comique, et ce n'est qu'une dispute de mots que de leur contester ce litre*. Car il s'agit bien moins des faits qui sont rapportés que de rimpression qu'ils font sur le vieillard trompé, quand il les apprend. C'était surtout le travers de ce vieillard que Molière voulait représenter; il faut donc que nous voyions comment il se comporte en présence du malheur qui le menace; et c'est ce que nous n'aurions pas vu aussi bien si le poêle avait mis sous nos yeux les choses qu'il met en récit, et en récit celles qu'il met sous nos yeux. Le déplaisir qu'Arnolphe éprouve, la contrainte qu'il s'impose pour le cacher; le Ion sarcastique qu'il prend, quand il croit avoir mis obstacle aux progrès d'Horace; la stupéfaction, la rage silencieuse où nous le voyons quand il apprend qu'Horace a néanmoins heureusement poursuivi son dessein: ce sont là des actions, et des actions beaucoup plus comiques que tout ce qui se passe derrière la scène. Mémo quand Agnès raconte comment elle a fait connaissance avec Horace, il y a beaucoup plus d'action dans ce récit
< . Vie de Molière^ avec des fragments sur ses ouvrages; Paris , 1 739. (Trad,) 2. Critique de l'École des Femmee. — Dorante : ■ Les récits eux-mêmes y sont des actions suivant la constitution du sujet, i [Note de l'auteur.)