Voy. la trentième soirée, p. 1 1 1 et suit
2. 11 y a dans le texte domestica faeta. C'est un emprunt fait à Horace , qui Teut louer les Romains pour s'être a£fraachia de l'imitation des irrecs dans la comédie, irlpoe*., ▼. î 87.. (rrod.)
pourtant les ÂDglais voulaient conlester aux Français, même sur ce point, l'honneur de les avoir devancés, ils pourraient à la rigueur citer le Phtlotas de Daniel, tragédie qui parut en 1611, et où Ton croyait trouver, sons des noms d'emprunt, l'histoire et le caractère du comte ^.
Banks semble n avoir connu aucun de ses prédécesseurs français. Il a suivi pas à pas une nouvelle qui porte le titre à! Histoire secrète d^ la reine Elisabeth et du comte d'Fssex\ Il a trouvé toute la matière si bien préparée, qu'il n'a eu qu'à la mettre en dialogue, et à lui donner la forme dramatique. Voici tout le plan, extrait en partie de l'auteur de l'ouvrage cité en note. Peut-être ne sera-t-il pas désagréable à mes lecteurs de pouvoir le comparer à la pièce de Corneille.
Afin d'exciter plus vivement notre pitié pour le malheureux comte et d'excuser la violente inclination que la reine montre pour lui, on lui attribue toutes les plus hautes qualités d'un héros; il ne lui manque, pour être un caractère parfait, que de savoir mieux dominer ses passions. Burleigh, premier ministre de la reine, est très-jaloux de l'honneur de sa souveraine, et porte envie au comte à cause des marques de faveur dont elle Taccable. Aussi s'applique-t-il constamment à le rendre suspect. Il trouve un fidèle allié dans la personne désir Walter Raleigh, qui n'est pas moins ennemi du comte. Tous deux sont encore excités par la méchante comtesse de Nottingham, qui a d'ailleurs aimé le comte; mais ne pouvant espérer d'être payée de retour, elle cherche à perdre celui qu'elle ne peut posséder. Le naturel emporté du comte ne leur donne que trpp beau jeu, et ils arrivent à leur but de la manière suivante.
La reine avait envoyé le comte, comme généralissime, avec une armée très-considérable, contre Tyron, qui avait soulevé en Irlande une révolte redoutable. Après quelques escarmouches peu importantes, le comte s'est vu forcé d'entrer en négociation avec l'ennemi, parce que ses troupes étaient très-affaiblies par les fatigues et les maladies, tandis que Tyron avec ses gens occupait une position très-avantageuse. Comme cette négocia-
i. Cibben' lAvesoftke English PoHs, rot. I, p< 147. (Note de Vouieur.) 2. The Compnnion to the Théâtre, vol. II, p. 99. {Note de l'auteur.)
LB COMTE D'ESSEX, DE BANKS» 29i
tion entre les deux chefs aTait été toute Yertiale et sans témoinSy elle est représentée à la reine comme très-compromettante pour son honneur : nul doute, disait-on, qu'Essex ne soit secrètement d'intelligence ayee les rebelles. Borleigfa et Raleigh, avec quelques autres membres du parlement, demandent à la reine l'autorisation d'accuser le comte de haliie trahison. Mais loin d'y consentir, elle se montre très-irritée d'une semblable démarche. Elle rappelle les anciens serrices rendus par le comte à l'État, et déclare qu'elle a horreur de l'ingratitude et de la méchanceté jalouse de ses accusateurs. Le comte de Southampton, ami sincère d'Essex, prend en même temps de la manière la plus yive sa défeifôe; il loue hautement la justice de la reine, qui ne laisse pas opprimer un tel homme; et pour cette fois ses ennemis sont réduits au silence, (l*»* acte.)
Cependant la reine n'est rien moins que satisfaite de la conduite du comte; elle lui fait donner Tordre de réparer ses fautes et de ne pas quitter l'Irlande avant d'avoir chassé jusqu'au dernier des rebelles et rétabli la tranquillité dans le pays. Mais Essex, qui n'est pas resté sans savoir les accusations dont ses ennemis ont essaye de le noircir auprès d'elle, est trop impatient de se justifier ; et, après avoir contraint Tyron à déposer les armes, il arrive, malgré la défense exfjpesse de la reine, en Angleterre. Cette démarche irréfléchie cause autant de joie à ses ennemis que d'inquiétude à ses amis. Les suites qu'elle peut avoir font surtout trembler la comtesse deRutland, avec qui il est secrètement marié. Mais la reine en est plus troublée que personne ; car cette imprudence lui ôte tout prétexte pour défendre le comte, à moins de trahir une tendresse qu'elle voudrait cacher au monde entier. Le sentiment de sa dignité, auquel se joint son orgueil naturel, et l'amour secret qu'elle lui porte soulèvent dans son cœur le combat le plus cruel. Elle lutte longtemps avec elle-même : enverra-t-elle le téméraire à la Tour, ou bien fera-t-elle venir le cher coupable et lui permettra-t-elle de se justifier en sa présence? Enfin, elle se résout à ce dernier parti, mais non sans faire ses réserves. Elle le verra, mais elle le recevra de manière à lui faire perdre l'espoir d'obtenir de sitôt le pardon de sa désobéissance. Bnrieigh, Raleigh et Nottingham assistent à l'entrevue. La reine s'appuie sur cette dernière et semble absorbée dans sa conversation, sans regarder une seule fois le comte. Après l'avoir laissé un moment agenouillé devant elle, elle quitte
brusquement Tappartement et ordonne à tous ceux qui lui sont dévoués de la suivre et de laisser le traître seul. Personne n'ose lui désobéir; Southampton lui-même se retire avec elle; mais il revient bientôt avec la désolée Rutland, pour plaindre son ami dans sa disgrâce. Immédiatement après, la reine envoie Burleigh et Raleigh redemander au comte son bâton de commandement; mais il se refuse à le déposer dans d'autres mains que celles de la reine, et les deux ministres sont traités par lui et par Southampton avec beaucoup de mépris. (î* acte.)
La reine, à qui la conduite d'Essex est aussitôt rapportée, se montre extrêmement irritée; mais son esprit demeure encore indécis. Elle ne peut supporter ni les insultes auxquelles Nottingham ose s'emporter contre lui, ni son élog^ que l'imprudente Rutland fait d'abondance, parce que son cœur est trop plein. Elle est même encore plus blessée des louanges *que des insultes, parce qu'elle y voit la preuve de l'amour de Rutland pour le comte. Cependant, elle ordonne enfin qu'il soit amené devant elle. 11 vient et cherche à défendre sa conduite. Mais les motifs quUl fait valoir paraissent trop faibles à la reine ; sa raison n'est pas convaincue. Elle lui pardonne, pour donner satisfaction au sentiment secret qu'elle nourrit pour lui ; mais en même temps elle le dépouille de toutes ses dignités, en raison de ce qu'elle croit se devoir comme reine. Alors le comte ne peut plus se contenir; sa violence éclate; il jette le bâton de commandement aux pieds de la reine, et se sert d'expressions qui sentent trop le reproche pour ne pas porter au plus haut degré le courroux d'Elisabeth. Aussi lui répond-elle comme il est naturel de le faire dans la colère : sans s'inquiéter des convenances ni de sa dignité, sans songer aux suites, pour toute réponse, elle lui donne un soufflet. Le comte porte sa main à son épée, et s'il ne se rappelait que c'est une reine et non un roi qui l'a frappé, en un mot, que c'est de la main d'une femme qu'il a reçu un soufflet, rien ne l'empêcherait de se porter à un attentat contre l'auteur de l'insulte. En vain Southampton le conjure de se contenir. Il rappelle encore les services qu'il a rendus à la reine et à l'État; il reproche à Burleigh et à Raleigh leur indigne jalousie et à la reine son ingratitude. Celleci se retire en proie à la plus extrême fureur; et personne ne reste avec lui que Southampton, qui lui demeure assez fidèle pour se laisser moins que jamais en ce moment séparer de lui. (3eacte.)