DE LA TRAGI-COMÉDIE
gnerpar là un genre particulier; aussi ce mot ne lui a-t-il été emprunté dans ce sens par personne, jusqu'à ce qu'au seizième siècle les poètes espagnols et italiens se soient avisés de nommer ainsi certaines de leurs productions dramatiques^
Et quand Plaute aurait parlé sérieusement en nommant ainsi son Amphitryon, ce ne serait pas pour le motif que Voltaire lui attribue. Ce n'est pas parce que la part que Sosie prend à l'action, est comique et que celle qu'Amphitryon y prend est tragique, que Plaute aurait préféré appeler sa pièce une tragi-comédie. Car cette pièce est entièrement comique, et nous rions tout autant de l'embarras d'Amphitryon que de celui de Sosie. Mais c'est parce que cette action comique se passe pour la plus grande partie entre personnages plus considérables que ceux qu'on est habitué à voir dans la comédie. Plaute lui-même s'explique là-dessus assez clairement :
Faciam ut commixta sit tragico-comœdia : Nam me perpetuo facere ut sit comœdia, Reges quo veniant et di, non par arbitrer. Quidigitur? quoniamhic servus quoque partes habet, Faciam hanc, proinde ut dixi, tragico-comœdiam*.
1. Je ne sais pas, il est yrai, qui a précisément le premier employé ce nom ; mais je sais d'ane manière positive que ce n'est pas Garnier. Hédelin dit : « Je ne sçai si Garnier fut le premier qui s'en servit ; mais il a fait porter ce titre à sa Bradamante, ce que depuis plusieurs ont imité. ■ {Prat, du Théâtre , liv. il, ch. X.) Ceux qui ont écrit l'histoire du théâtre français auraient dû s'en tenir là et ne rien affirmer de plus. Mais ils transforment la simple supposition d'Hédelin en certitude, et ils félicitent leur compatriote d'une si belle invention. « Yoici la première ti-agi-comédie , ou , pour mieux dire , le premier poëme du théâtre qui a porté ce titre... Garnier ne connoissoit pas assez les finesses de l'art qu'il professoit; tenons-lui cependant compte d'avoir le premier, et sans le secours des anciens, ni de ses contemporains, fait entrevoir une idée qui n'a pas été inutile à beaucoup d'auteurs du dernier siècle. » La Bradamante de Garnier est de 1682, et je connais une foule de pièces espagnoles et italiennes beaucoup plus ancienne^ qui portent ce titre. (Note de l'auteur.)
2. • J'en ferai une pièce hybride, une tragi-comédie. Car, pour faire que ce soit d'un bout à l'autre une comédie , quand on y voit paraître des princes et des dieux, cela ne me parait pas juste. — Mais quoi? un esclave aussi y joue son rôle? — Eh bien , j*en ferai , comme je Tait dit , une tragi-comédie. » (Amphitryon , prologue.)
aies QUARANTB-QUATRièME SOIRÉE.
(n® lti, 13 ncfvembre 1767). — ^^Mais revenons-en au soufflet, — Il est donc établi qu'un soufflet, qu'un homme d'honneuT reçoit d'un égal ou d'un supérieur, est une offense si déshonorante, que toute la satisfaction que les lois peuvent lui accorder est inutile. Cette offense ne peut pas être punie par un tiers, elle veut être vengée par l'offensé même, et d'une manière aussi personnelle qu'elle a été commise. Est-ce le vrai ou le faux honneur qui le commande? ce n'est pas ici la question. Comme nous l'avons dit, c'est une chose ainsi établie.
Et si cela se passe ainsi dans le monde, pourquoi n'en serait-il pas de même sur la scène? Si les soufflets ont cours dans la société, pourquoi n'auraient-ils pas cours sur le théâtre?
« Les acteurs même, dit M. de Voltaire, sont très-embarrassés à'donner le soufflet. » Ils ne seraient pas embarrassés à le donner; mais personne n'aime à recevoir un soufflet, même sous un nom d'emprunt. Le soufflet les met en feu. C'est le personnage qui le reçoit; mais c'est eux qui le sentent. Le sentiment qu'ils éprouvent fait évanouir la fiction; ils perdent contenance; la honte et la confusion s'expriment malgré eux sur leur visage. Ils devraient paraître irrités et ils paraissent ridicules; car tout acteur dont les émotions personnelles luttent avec son rôle nous fait rire.
Ce n'est pas le seul cas où l'on pourrait regretter la suppression du masque. Il n'est pas douteux qu'il est plus aisé à l'acteur, sous le masque, de garder sa contenance : sa personnalité trouve moins d'occasions d'éclater, et, si elle éclate, nous nous en apercevons moins.
Mais que l'acteur se comporte comme il l'entendra en recevant le soufflet. S'il est vrai que le poète dramatique travaille pour l'acteur, il ne doit pourtant pas s'interdire tout ce que celui-ci trouve peu commode à représenter. Un acteur ne peut pas rougir à volonté, et cependant le poêle peut le lui prescrire; il peut faire dire à l'un qu'il voit l'autre rougir. L'acteur ne veut pas se laisser frapper