TERENCE ET DONAT
a Dans toute la pièce, Micion conserve sa douceur, Déméa sa dureté, le trafiquant d'esclaves son avarice, etc. *. »
— « Que m'importe Donat?» pourrait répliquer M. de Voltaire. —Gomme il vous plaira; mais qu'il nous soit permis, à nous autres Allemands, de croire que Donat a mieux lu et mieux entendu Térence que vous. D'ailleurs, il ne s'agit pas d'une pièce perdue; l'ouvrage est là; qu'on le lise.
Micion, après avoir essayé d'adoucir Déméa par les raisons les plus persuasives, le prie de déposer sa mauvaise humeur au moins pour un jour, et d'être gai ce jour-là. Enfin, il l'y décide : pour aujourd'hui, Déméa consent à trouver tout bien ; mais demain, de bon matin, son fils retournera avec lui à la campagne. Là, il le tiendra aussi rigoureusement que par le passé; il reprendra les choses où il les a laissées aujourd'hui. Il emmènera, il est vrai, avec son fils la chanteuse que son cousin lui a achetée : car c'est toujours une esclave de plus, et une esclave qui ne lui coûte rien; mais elle n'aura guère le loisir de chanter : elle travaillera à la cuisine ou à la boulangerie.
Dans la scène suivante (qui est la quatrième de l'acte V) où Déméa est seul, il semble, il est vrai, si l'on prend ses paroles superficiellement, vouloir abandonner entièrement ses principes pour suivre ceux de Micion *. Mais la suite montre qu'il faut l'entendre seulement de la contrainte que Déméa doit se faire pour la journée présente. Car il sait même tirer avantage de cette contrainte pour bafouer de la façon la plus complète et la plus mordanle la complaisance de son frère. Il se fait gai pour donner aux autres l'occasion de faire des extravagances et de véritables sottises; il débite du ton le plus obligeant les plus amers reproches; il ne devient pas libéral, mais il fait le
i . a Servatur autem per totam fabulam mitis Micio , sœTus Demea , leno ava • rus, etc. •
2 Nam ego vitam duram, quam vixi usque adhue,
Propc jam excurso spatio, mitlo.
S3i QnARANTB-<:iN<3UI£MS 1»OIRÉE.
prodigue, et, remar<|uez-le, ce n'est pas de son ibien; et il n'agit ainsi que pour rendre ridicule ce qu'il appelle la prodigalité de son frère. Gela ressort incontestablement die la réponse qu'il adresse à Micion, qui se laisise tromper pu* l'apparenoe, <et le croit réeUemenit (transformé '.
« Téreuce mointre ici, dit Donat, que Déméa n'a pas changé de caractère, mais qu'il a .secdemeot feint d'en changer'. »
M. de Voltaire ne prétendra pas, je pense, que ce déguisement même est contraire au caractère de Déméa, qui n'a fait jusque-là que gronder et tempêter; et qu'un pareil déguisement demande plus de calme et de sang-froid qu'on n'en peut attribuer à ce personnage. Ici encore Térence est à Tabri du reproche : il a si bien motivé tout; il a si exactement suivi la nature et la vérité pas h. pas; il a si finement observé les moindres nuances, qu'on ne cesse de Fad mirer.
Mais il est souvent nécessaire, pour saisir toutes les finesses de Térence, de savoir se représenter le jeu de l'acteur : car les anciens ne récrivent pas. La déclamation Jiarmait un art particulier; et le poëte pouvait, sans aucun doute, s'en remettre à la sagacité des acteurs qui faisaient une étude très-sérieuse de leur profession. Les poètes eux-mêmes étaient souvent parmi les acteurs; ils disaient comment ils avaient entendu tel passage.; et comme ils ne livraient pas leurs pièces à la publicité avant la représentation, avant qu'elles eussent été vues et entendues, ils