‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 166 sur 226 · DB LA MIMFQUB DES ANCIENS · texte numérisé non relu

DB LA MIMFQUB DES ANCIENS

n'étaient pms obfigés d'interrompre le dialogue écrit pair des parenthèses, ce qui donne au poète Tair de se mêler aux personnages qui agiissent. Mais peut-être s'imagine^ t-on que les poètes anciens, pour s'épargner ces parentthèses, cherchaient k indiquer dans le dialogue même ch'aque mouvement, chaque geste, chaque jeu de physionomie, ou chaque changement de ton? C'est une erreur. Dans Térence, on peut citer des passages innombrables où il n'y a pas la moindre trace d'indication de ce genre, et où cependant Ton ne peut saisir le vrai sens qu'en devinant l'action dramatique; et même, dans Beaucoup d'endroits, les paroles semblent dire précisément le contraire de ce que l'acteur doit exprimer.

Bans la scène même où se trouve le prétendu change* ment de caractère de Déméa, il y a des passage» de ctt genre, quie je veux citer, parce que c'est de là qae vient en partie la £ausse interprétatÛMi que je combats.

Déméa sait tout; il a vu de ses propres yeux que c'est pour son honnête homme, son saint homme de fils que la chanteuse a été enlevée. Il sort précipitamment ea pousrsant des cris de désespoir. Il s'en prend au ciel, à la terre et à k Bser ; et, ea ee moment, il se trouve face à face avec Miciouu

Démiêâ. Ah! le voilà, le corrupteur de nos deux enfants!

MiciAif . Allons, modère ton. efApoirteRieBt, reviens à toi.

Béméa. C'est fait, me voilà revenu, je laisse les injures : voyons le fait en lui-m^me. A-t-il été dit entre nous, et sur ta demande, que tu ne te mêlerais pas du mien, ni moi du tien? Réponds*.

Quiconque se tient ici aux paroles, et n'^est pas aussi fin observateur que le poète, peut aisément croire que Déméa se calme trop subitement et prend beaucoup trop vite ce ton radouci. Mais/ après un peu de réflexion, on songera

r. Aet. V, s(r. nr. — Nous retranclMW» t» tette de Tértact ,. cpie Tmilttur dte ici. (Trad.)

que toute passion, quand elle est arrivée à son paroxysme, doit nécessairement se relâcher; que Déméa, sur Tavertissement de son frère, ne peut s'empêcher d'avoir honte de sa fureur.

Tout cela est bien; mais ce n'est pas encore le vrai. Le vrai, Donat nous renseignera : il fait là-dessus deux remarques excellentes. Voici la première :

« H semble se calmer un peu plus vite que ne le demandait la situation, qui est encore incertaine. Mais, c'est un fait d'observation : les gens justement irrités laissent souvent de côté les invectives pour courir aux arguments *. »

Si l'homme en colère croit avoir manifestement raison, s'il s'imagine qu'on n'aura rien à répondre à ses griefs, il ne s'arrêtera pas longtemps à des invectives; mais il courra aux arguments pour accabler son adversaire par une évidence éclatante. Mais il ne peut commander si vite aux bouillonnements de son sang, et la colère qui se tourne en arguments n'en est pas moins la colère. Aussi Donat ajoute-t-ii sa seconde remarque :

« Ne regardez pas aux paroles, mais au geste qui les accompagne; et vous verrez que Déméa n'a pas encore réprimé sa colère et n'est pas encore revenu à lui*. »

Déméa dit bien : « Je me modère; je me possède; » mais son visage, ses gestes, sa voix montrent assez qu'il n'en est rien. Il assiège Micion de questions coup sur coup, et Micion n'a pas trop de tout son sang-froid et de sa belle humeur pour pouvoir seulement retrouver la parole.

(n® lxii, 8 janvier 1768). — Lorsque enfin il la reprend, Déméa est repoussé, mais non persuadé. Il se voit enlever

1. Vidctur paulo citius destomachatus , quam res etiam incertœ poscebaut. Sed et hoc morale : nam juste irati, omissa sœvitia, ad ratiocinaliones sœpe festinant.

2. Non quid dicatur, sed quo gestu dicatur, specta : et Tidebig neque adhuc repressisse iracu*:diaa!, neque ad se rediisse Demeam.

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