‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 169 sur 226 · DE SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

DE SHAKESPEARE

qui s'y trouvent mêlés, s'il avait eu assez de confiance dans ses propres forces.

Shakespeare avait déjà mis sur la scène la vie et la mort de Richard III; mais M. Weisze ne s'en est souvenu que quand son ouvrage était presque terminé. « Il est possible, dit-il, que je perde beaucoup à la comparaison; mais du moins on trouvera que je ne suis pas un plagiaire; peut-être cependant eût-ce été un mérite que de commettre un plagiat envers Shakespeare. »

Il faudrait supposer que ce fût possible. Mais on a dit d'Homère qu'il était plus difficile de lui enlever un vers que d'arracher à Hercule sa massue; et Ton peut en dire autant de Shakespeare. Le moindre trait de son génie porte une empreinte qui crie à tout le monde : « J'appartiens à Shakespeare ! » Et malheur aux beautés étrangères qui ont le courage de se placer à côté de celle-ci!

Il faut étudier Shakespeare et non le piller. Si nous avons du génie, il sera pour nous ce qu'est la chambre obscure pour le peintre de paysage : il faut y regarder pour apprendre comment la nature se projette sur une seule surface; mais il n'y faut rien prendre.

Et réellement je ne vois pas, dans toute la pièce de Shakespeare, une seule scène, une seule tirade, dont M. Weisze eût pu tirer parti en la laissant telle qu'elle est. Tout, jusqu'aux plus petites parties, dans Shakespeare, est taillé suivant les grandes proportions du drame historique; et celui-ci est à la tragédie dans le goût français à peu près comme une large fresque est à une miniature pour bague.

Qu'est-ce que cette dernière peut emprunter à l'autre, si ce n'est peut-être une tête, une seule figure, tout au plus un petit groupe, qu'il faut ensuite traiter comme un tout complet? Ainsi des pensées détachées de Shakespeare deviendraient des scènes entières; et des scènes qu'on lui emprunterait deviendraient des actes. Si l'on enlève la manche de l'habit d'un géant, et qu'on veuille en tirer parti pour un nain, il ne faut pas en faire une manche, mais nu habit tout entier.

3f& QUARANlTB^HiriTfiuK SOIREE.

E£ ceki <fui le ieirait pourrait être^ 6» xtêfù^ éa e6t<^ de Faccusation de plagiat. Peu de gens lecQnmMam&ïd dans k fil la toifioii' d-où ii serait tiré.Ëfi qoiant anit petit non^re des Gonnaisseups, il» ne* tYahiraÎBnA pa» L'artiste, sachasl. qa'un grain d'or px^utr être travaillé assez artbtement pour que le mérke de ki fcorma dépaase' der beaucoup liaa valeEur de la matière.

Je' regrelte réellement, pofuc mas pairt,. q/mr notre peele ait fait si tard connaissance aveerle'iil»eA<!ir6?^de;Shakeâpeare'. Hauraitpu Le connattne suis riei% perdre deaon originalité; Hi auraii pU' esj tirer pavtL â^nsi qu une saule peflâée*«»iipimttr tée le trajhlt.,

ai même ciiose m*était am\ée^ jiô me^ serais sei^i au moins apirès coup> de 1* ouvrage d^ Shakesfpeai^ev, eoxOiOaâ (£un.mi9rQir^ pouireâoieer de. mi9i»oavrage toutes» le&tacàes que mon œiUit'aux^aiit pa^ él^ aiapaibie d'y recooiaaîlid^e immé^ diaÉesnenk — Mai»qaiasaisrjesi Mv Weiszene TapâiS^faât? Et; peuiN|U0ii ne^ l'aiirait^iL p£ffi> faài^

N'est-il paa pfôsfsible! qu'U nepr^SEme pas p^ur des taehes ee' que j'appelle aissi?' Ëli n^'estril pias très^raiiSemblaMs qu'il a raison, plutôt que moi? fe- suis pepsuaidé.qMe l'œil de Fartisieest laplupact du' temps bea^iicoufi plus dBiir- YOjvaiiA que.ceiuidiU plus elaiirvoy.ant.des; observateurs. Sm* vingt: objections que- ceux>ci lui f ont,iL en: reconnaîtra dix^- QieuÊqu>'il s'est faites Hui-méme datis^ Le eours^deson l^ravail, et aiiiX£|uelks iL ai déjà répondu daits; son fior intérieur.

Cependant iJ>ne'senaLpas;fâfihé de.'les entendre faii% aiisâi par di'ànxlres;. ear- il es»t bien aâse opm l'on j^giS: soa q^qkwag&:: soliées e<uu frivoles,, jaislies ou faia»x, bianveiUants^ou ifârcastiqiiiesv tous te», juigemenls sonit égalementbons pour lui; nuéme^ le^piu^ frivole,. le plus £au^. la* phis s^oastiqiOie hii parfait pffélërsd»le IL uioi» firoide aidiniH^ulioB. IL en sauça tirer profit de manière^ ou d'kutre; msiis <|iaie* iaàse de Tad^ mirsrt;lon>dpat js. paffle^ U n'est pas povté à mépvi&sr tes bva^es^gens qjuiite^ tienne^l^ akisi poiur un.peedige;; mââft^it ne peuli s'empéeheir de lever tes épaules en pensainit à eux. Il n'est pas vain, mais il a ordinairement de: Mftipieii;. et

BICHARD III, D£ TTBIfiZB.'^ 943

«6f fftNw fiie par orgueil ^ il préiéreraif dhc fois ua blâme :sasis fonabment à une Louange inDinéritéev

Oq va croire qae je prépare une critique, maS» unt erilÀftte !.«. Bu moins ef eât^ce pas à Tauteur que cela s'adresse; mais tioiifi au plus !^ deux ou trois de ses défeofseurs. Je. ne -sais paseù j'ailu^ imprimé dernièrement \ qcief avais loué Amalia aux dépens cks autres pièces de mon amâ. — aux dépens ? Vous m'accord^erez au moins que c'est aux dépens dases piècrs afllérieures. Je vous promets, mon bon monsieur,. (|ui'oA ae prendra jamais ce détour pour blâmer vos anciens ouvrages. Quoil dire que votre dernier ouvra^est le. meilleari Ah 1 la perfide teuange t Le ciel vouiS ea pcé» «orvel

{H^ixxii!, iSijafwier 17^), — Mads à la question! —C'est surtout sur le caractère de Richard que jje voudrais avoir les explieaitiof» de Tauleuv.

Ariâtote aurait absolument éearlé ce caractère. Je laisserais bien. vi£e de côté l'autorité d'Aristote, si j'en pouvais fitire autant de ses raisoiis^

Lax tragédie; doit é!veilfter la pitié et la terrenr,, voilai ce qui est admis par- Ariatote; il en conclut que le héros iran giqite ne doit éire va wi; homme tout à tait vertueux m un parfait scélérat. Car, dans les deux cas, son infortune ne produit pas un effet de ce genire..

— « Ainsi, Richard III est une tragédie qm manque soiL but? » — B'aecoird. — « Alors je «e sais plus ce que c'est qu'une tragédie! » — C'est une auttre question.

Riehaifd lil, tel que M. Weisse^ Ta peint, est bien le monstre le plus épouvantable que la scène ait jamais porté. Je dis, la scène; car, pouir la: terre, je doute* qu'elte ait vu réelkinent rien de pareil.

Quelle pilié hh ehule à' ma pareil monstre peut-elle éiveiL- Bep?

— * (( Mais, astssi ce n'est pas llmipresakKa qu'il dolipro»*

1. Cefa me revient maintenant; c'est dans un éerit dis IV. Schmid: ÀâiKttanê é m TMéHaée tbF&M&y pw 4». (Nbttp de t auteur.)

duire; le poêle n'y a pas songé ; il y a dans la pièce bien d'autres personnages qu'il a destinés à émouvoir notre compassion. Mais la terreur? Le scélérat qui a comblé de cadavres l'abîme qui le séparait du trône, — et de quels cadavres?ceux des personnes qui devaient lui être les plus chères; — ce démon altéré de sang, qui se glorifie de sa soif de sang, qui se délecte dans ses forfaits, n'excite-t-il pas la terreur au plus haut degré?»

— Sans doute, il excite la terreur, si Ton entend par ce mot l'étonneraent qu'inspirent des scélératesses incompréhensibles, l'horreur soulevée par des méchancetés qui dépassent notre entendement; s'il faut entendre par là le frisson qui nous saisit à la vue de forfaits calculés et accomplis avec gaieté. Pour cette terreur-là, Richard III m'en a fait éprouver ma bonne part.

Mais celte terreur n'est nullement l'un des deux objets que se propose la tragédie. Les poêles anciens s'appliquaient bien plutôt à l'adoucir, quand un de leurs personnages devait accomplir quelque grand forfait. Ils aimaient mieux souvent rejeter la faute sur la destinée, ou attribuer le crime à la volonté inévitable d'une divinité vengeresse; ils aimaient mieux transformer l'homme, cet être libre, en une machine, que de nous arrêter sur cette pensée horrible, que l'homme est naturellement capable d'une pareille perversité.

Chez les Français, Crébillon est surnommé le Terrible. Je crains fort qu'il ne doive celle épithète plus à un genre de terreur qui ne devrait pas se rencontrer dans la tragédie, qu'à celle terreur où le philosophe voit une partie de l'essence de la tragédie.

Et quant à celle-ci, on n'aurait pas dû l'appeler terreur. Le mot dont Aristole se sert signifie crainte, « La pitié et la crainte, dit-il, doivent être excitées par la tragédie. » Il ne dit pas, «la pitié et la terreur.» Il est bien vrai que la terreur est une variété de la crainte : c'est une crainte soudaine et qui nous surprend. Mais c'est justement ce caractère de soudaineté, de surprise renfermé dans l'idée

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