LES FRERSS, DE ROMANUS
délicatesses qu'il aurait peut-être eu de la peine à découvrir de lui-même.
Je ne connais pas d'ouvrage où un comédien débutant puisse s'instruire plus que dans ce commentaire de Donat sur Tôrence; et, en attendant que le latin soit plus familier à nos comédiens, je souhaiterais qu'on leur^en donnât une bonne traduction. Il va sans dire aue Térence devrait y être joint, et qu'on devrait retrancher du commentaire tout ce qui ne regarde que l'interprétation des mots.* Mme Dacier n'a pas su se servir de Donat à ce point de vue, et la traduction du texte est insipide et empesée^ Une nouvelle traduction allemande que nous possédons a le mérite de l'exactitude tant bien que mal; mais celui du langage comique lui fait entièrement défaut* : on n'y a pas non plus tiré parti de Donat, pas plus que Mme Dacier n'avait jugé à propos de le faire. Le travail que je propose n'est donc pas encore fait; mais qui le fera? Ceux qui ne sont pas capables de faire plus ne sont pas capables de ceci; et ceux qui le sont, s'excuseront.
Mais, pour revenir de Térence à son imitateur allemand, — il est bien étrange que M. Romanus paraisse partager l'idée si fausse de Voltaire. Il a cru aussi qu'une transformation complète survient à la fm dans le caractère de Déméa.Tout au moins c'est ce qui arrive à son Lysimon :
« Eh! mes enfants, s'écrie-t-il; paix donc! Vous m'étouffez de caresses. Fils, frère, cousin, serviteurs, tous me débitent des flatteries, parce qu'on me voit une fois un visage un peu aimable ! Le suîs-je ou ne le suis-je pas? — Je rajeunis, mon frère. — C'est pourtant joli, d'être aimé. Eh bien, je resterai comme cela, soyez-en sûrs. Je ne crois pas avoir jamais goûté une heure de satisfaction pareille.
« — Pour sûr, dit Frontin, le bonhomme ne vivra pas longtemps : le changement est trop brusque. »
i . Voy. à ce sujet VIntrod,de la traduction nouvelle de Térence par M. Talbot (libr. Charpentier, 1860). Nous devons dire que nous n'avons emprunté à personne la traduction des passages cités de Térence. {Trad.)
2. Halle, 1753. — L'auteur cite un passage de cette traduction pour qu'on le compare avec le fragment de traduction qu'il a lui-même donné plus haut. [Trad.)
3li Q0A.RAJrrfi-8SpriKXi: so^rêk.
Sok; mstis le prorerbe «I la croyance p&pniiaiipe qm disent que les transformations imprévues seat ie présage (Tuae mort pnootnine, penvexït-ils justiâer qselqjie Kdiose ici?
{n* iJCKm, itjmnvkr f7€i).--*-La oesieia^on de Bénèa,. dans Tépenfce, est sur >uii toat iaoaitpe ton :
cK S'il n'y a i^pie cela qoi T<»iifi plaise, faites 'oomme vons Teatendrez; pour moi, je ne me aiêîe i^lus deiriea. «
Ce tfest pas kd qui promet de se conduire à la guise des autres, mais bien les autres qui promettent de s'accommo» der à la sienne.
Mais d'où vient cependant, me demandera-^t-^on, «^ue;, dans la pièce allemande, les dernières scèûessant toujours si bien accueillies à la représentation? — C'^st ^uc les rechutes que Lysimon fait à tout moment -dans son îuicien caractère le rendent comique; mais il aurait dû rester fidèle à ce caractère. . . Je réserve le développement de ceci z ce sera pour une autre représentation de la ^èce.
L'Oracle de Saint-Foix, qui .a terminé cette soirée, ^est une pièce généralement connue ^t ^énéraleiûent goûtée.
QUAaill^TE 'SIX&arE S&IRÊE. —Miês Scira 'Stmpaan, de LeasIn^'U
QUARANTE-SEPTIÈME SOTKÉE. - Nanin^, .de VoUakc — Xe mu^intaa
imprévUj Âe Marivaux.
Le quarante-septième soir (mardi, 21 juillet), on a rejoué
i» Voy. la 1 !• 8«lrée, p. «fi 7*
JU V4»y. £7", ^U* (etâr2r««oiné«i, 9^ 4M, AB3., à.TU-
Câlt« |)ièœ il élé same»du jWwo'Amci<ig mnprévu^ «ooipèfe an^un aote, •cfcê Mtarrsvaaix. C'est un de aee 'titres destinés Biein& Àimiionxser le «ujet qu'à prévenir eeitaines^bjeotioBfi fiie Je (poète voit .^s'éle^r dlavBiQoe 'C0iitw son «uj'é^ aa 'Centre la mcnièse dont il fa ^rsité.
Un père vmxi marier ea fille Àtuxi jeune 'honniffie t;ii'<elle ifa j armais vn . Elle est déjà ;à moitié d^aeoa^rd «vec;iaimrtrey nais cela dq>uis si longtemps, «qu ils ne «ont plus ^oène d^acc0rdteii«emble. Cependaint, elle le pnéinrerait «eDcom à un inconnu. Elle suit donc son oonsieii, «ft^fait Hextra^^^ gante pour effrayer le nouveau 'prétendBitt.GdDi^ci seprésente. Bar i)âiiioêttr, il est Ji»en fait et aônsaye; elle oxihhe tout et snfteifian^dégussementet s'^enilendavec lui ad» «premier coup.
<Quan donne à lapièeeun autre îtitre : lecftoEFrs et spee* tateors s'éerieroBit : a Voilà un dénoâment bien im^teArdul Un nœud que Ton a si péniblement formé en dix scènes, le trancher de la sorte -en -une seule! » Mais ce défaut se trouve indiqué dans le litre même, et en quelque sorte justifié par cet avertissement. Car, si réellement un cas de ce genre s'est présenté, pourquoi ne le mettrait-on pas sur la aoèae?Eh .quoil le fait léel aurait Tair d!une comédie; et à cause de cela, il «erah impropre à devenir tme comédie? — .Alairigueur,,oui'.: car les évéuLements qu'on appelle de vraâes B&médies dans la vieréelie paraissent 'dénués* de vérité flans la comédie; et c'est là un défaut caphai.
En Allemagne on joue cette pièce sous ce titre : Plssue imprévue ^.
issue et dénoûmeirt, .rfei^tnee pas une seule et même chose? — Pas tout à fait. A Tissue de la pièce, la jeune Argante épouse Éraste et non Dorante. Or on y est suffisamment préparé; car son amour pour Dorante est bien tièdç, bien fra^le. Elle Taime. parce que, depuis quatre anf^, elle tf.a vu personne .que lui; jelLe Taime tantôt plus, tanfôt
,1.. JiMs ATAus-dû 4(ioulcr icette phswejïour fsii^ nuqiœndcB. oe nu'jine toafluclion littérale ansaiteendu inialelligiUle. ^TradJ)
moins, tantôt pas du tout, comme le temps vient. Quand il y a longtemps qu'elle ne l'a vu, il lui paraît assez aimable; mais le voit-elle tous les jours, il Tennuie; et surtout, de temps en temps, elle rencontre des figures en comparaison desquelles celle de Dorante lui paraît bien nulle, bien fade, bien déplaisante. Ainsi, pour Téloigner de lui, il suffisait qu elle trouvât dans Éraste, que son père lui destine, une de ces physionomies. Elle l'accepte donc; et cela est si peu inattendu, qu'on serait beaucoup plus surpris si elle demeurait attachée à Dorante.
Quant au mot de dénoûment, c'est quelque chose de plus relatif : un dénoûment inattendu suppose une intrigue qui ne produit pas ses conséquences, et d'où l'auteur se tire tout à coup sans s'inquiéter de l'embarras où il laisse une partie de ses personnages. Et c'est ce qui arrive ici. Que Péter s'arrange avec Dorante : l'auteur se recommande à lui.
^41UNTE-HUlTlfeME SOIRÉE. - Richard IIl, de Weisze. Si l'on peut faire des emprunts à Shakespeare. Le vrai poëte et la critique. Du caractère de Bichard III et des principes d'Aristote. Comtnentaire sur la pitié et la terreur au sens d'Aristote : los interprètes de la Poétique , Curtius, Dacier , Corneille, Mendelssohn. De la philanthropie dans Aristote. De la purgation des passions. ' La moralité historique et la moralité tragique. Jugement. général sur la tragédie de Weisze. Pourquoi les Français n'ont pas de thé Aire tragique. En quoi ils se sont écartés des principes d'Aristote : contre Corneille. — Le Duc Michel , de Krueger.
Le 48« soir [mercredi 22 juillet), on a représenté la tragédie de M. Weisze *, Bichard III; et pour terminer, k Duc Michel.
La première pièce est, sans contredit, Tune de nos œuvres originales les plus importantes; elle est remplie de grandes beautés, qui montrent suffisamment qu'il n'aurait pas été au-dessus des forces de l'auteur d'éviter les défauts
* i . Christian-Félix Weisze, d'Annabcrg (1726-1804), poëte tragique médiocre, « mieux réussi dans l'opéra comique. Yoy. p. 101, n. 2. {Tmd.)