‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 192 sur 226 · DIDEROT ET LE THEATRE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DIDEROT ET LE THEATRE FRANÇAIS

ticulé comme des possédés ou des furieux? Les princesses poussent-elles en parlant des sifflements aigus? On suppose que nous avons porté la tragédie à un haut degré de perfection; et moi je tiens presque pour démontré que, de tous les genres d'ouvrages de littérature auxquels les Africains se sont appliqués dans ces derniers siècles, c'est le plus imparfait. »

La favorite en était là de sa sortie contre nos pièces de théâtre, lorsque Mangogul rentra.

— (( Madame, lui dit-il, vous m'obligerez de continuer : j'ai, comme vous voyez, des secrets pour abréger une poétique quand je la trouve longue.

— a Je suppose, continua la favorite, un nouveau débarqué d'Angote, qui n'ait jamais entendu parler de spectacles, mais qui ne manque ni de sens ni d'usage; qui connaisse un peu la cour des princes, les manèges des courtisans, les jalousies des ministres et les tracasseries des femmes; et à qui je dise en confidence : Mon ami, il se fait dans le sérail des mouvements terribles. Le prince mécontent de son fils, en qui il suppose de la passion pour la Manimonibanda, est homme à tirer de tous deux la vengeance la plus cruelle; cette aventure aura selon toutes les apparences des suites fâcheuses. Si vous voulez, je vous rendrai témoin de tout ce qui se passera. Il accepte ma proposition; et je le mène dans une loge grillée, d'où il voit le théâtre, qu'il prend pour le palais du sultan. Croyez-vous que, malgré tout le sérieux que j'affecterais, l'illusion de cet homme durât un instant? Ne conviendrez-vous pas au contraire qu'à la démarche empressée des acteurs, à la bizarrerie de leurs vêtements, à Textravagance de leurs gestes, à l'emphase d'un langage singulier, rimé, cadencé, et à mille autres dissonances qui le frapperont, il doit m'éclater au nez dès la première scène, et me déclarer ou que je me joue de lui, ou que le prince et toute sa cour extravaguent?

— « Je vous avoue, dit Sélim, que cette supposition me frappe : mais ne pourrait-on pas vous observer qu'on se rend au spectacle avec la persuasion que c'est l'imitation d'un événement et non un événement même qu'on y verra?

— « Et cette persuasion, reprit Mirzoza, doit-elle empêcher qu'on n'y représente l'événement de la manière la plus naturelle ^ »

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